En temps de crise ouverte, comme en ce moment en Côte d’Ivoire, ou de tension perceptible, comme en ce moment au Bénin, le mot de paix se retrouve soudain sur toutes les lèvres et s’entend partout. Les gens au pouvoir en deviennent friands. Pour faire fort et crédible, l’on convoque dans le box des colombes la fine fleur des prophètes de Dieu, au rang desquels dans nos pays africains, Jésus-Christ et Mahomet. Et l’on oublie volontiers que l’un et l’autre n’ont jamais envisagé la paix sans la justice. ‘‘Cherchez la justice, et la paix vous sera donnée par surcroît’’, semblent-ils dire à l’unisson. L’on oublie que c’est à coup de bâton que Jésus a chassé du temple les marchands, fauteurs d’injustice traités par lui de brigands. L’on oublie le quatrième pilier de l’Islam, la Zakat, qui n’est pas l’aumône apitoyée mais l’obligation de partager pour que soient équité et justice entre les hommes que Dieu a créés.
Le problème avec l’équité et la justice, c’est qu’il faut y aller, se mettre en marche, au risque parfois de sa vie, comme un Mandela ou un Martin Luther King, dont le prix Nobel de la Paix s’appelle en vérité le prix Nobel de la Justice. Le Mahatma Gandhi, qui a beaucoup marché pour la justice, est mort trop tôt, a été trop tôt assassiné, sinon il se serait vu attribuer le prix Nobel de la Paix, c’est-à-dire de la Justice. Il est donc fort malhonnête d’écrire le mot de paix sur les murs et le macadam, de le marteler dans tous les discours à la télévision en temps de crise ou de tension en croyant ou en laissant croire que la paix c’est l’inaction, le statu quo, la résignation, l’acceptation du sort dont nous aurait accablés Dieu, Lui qui a voulu la Zakat et laissé son Fils accabler les professionnels de l’injustice attroupés dans son Temple.
Le Président Houphouët-Boigny avait tout compris lorsque, de son vivant, il répétait cette formule heureuse devenue le logo de Fraternité-Matin, le quotidien gouvernemental ivoirien : ‘‘La paix n’est pas un mot, c’est un comportement’’. Oui, tout à fait. Se comporter, agir l’action de la justice pour la paix, sinon c’est la guerre qui s’installe. Et la guerre n’est pas le contraire de la paix, c’est la résultante de l’injustice. Qui veut la guerre promeut l’injustice, et qui veut la paix promeut la justice. Sortir donc des sentiers battus pour se demander ce qu’a promu Houphouët-Boigny pendant plus de trente ans de règne sans partage pour qu’après lui soit le déluge de la division et de la guerre. A-t-il vraiment, pendant plus de trente ans, acheté le silence des mécontents à coup de coupures de banque et étouffé parfois quelque révolte dans une violence elle-même étouffée ?
Si nous faisons de la paix un mot d’inaction pour inviter les spoliés á s’en aller dormir tranquilles, c’est la guerre qui peut s’ensuivre et se révéler à nous comme une action dévastatrice, fracassant tout sur son passage y compris la justice qu’elle veut rétablir. Car la guerre pour la justice est un leurre et un contre-sens, et c’est pourquoi un leader conscient et responsable ne doit jamais prêter le flanc à l’injustice au risque de pousser á la guerre son peuple en quête de justice. Car alors, à côté des charniers de Yopougon et d’ailleurs, toute Basilique pieusement dédiée à Notre-Dame de la Paix devient grotesque et cynique.
Comme peut être objectivement grotesque et cynique la grève sans service minimum des centres de santé béninois. Qu’a-t-on fait du serment d’Hippocrate ? Est-on infirmier ou médecin pour laisser souffrir et mourir les malades ? Certes non ! Mais quand on le rappelle à l’infirmier béninois en grève sans service minimum, il vous parle de l’injustice de son salaire qui ne lui sert plus qu’à vivoter et il vous informe gravement : ‘‘Telle personne, que vous connaissez et qui ne travaille pas, vient de s’acheter une villa à 350 millions f CFA. Son seul mérite est d’être proche du pouvoir’’. Légende ou vérité ? Que lui conseiller s’il le croit ?
Les hommes et les femmes sont humains, et notre terre n’est pas une jungle. Mais l’injustice peut les transformer en bêtes féroces et rendre notre terre infernale. Il est à Rome, au Vatican, un Dicastère dont feu cardinal Bernardin Gantin fut le Préfet : il s’appelle Justice et Paix. Et tout est là dans notre quête de la paix, tout est là dans cette conjonction : la justice d’abord, et la paix nous sera nécessairement donnée, comme par surcroît.



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Qui veut la paix évite l’injustice
Une fois encore merci