Aux dernières nouvelles, le ‘‘Manifeste du cinquantenaire’’ serait allé faire un petit tour à la Sorbonne, comme pour confirmer le baptême de l’érudition qui caractérise ses cinquante paragraphes, lesquels se déploient sous le parapluie d’Aimé Césaire. L’une des communications, faite en anglais par un francophone avéré, a porté sur l’éthique, et l’orateur a cru devoir ramener l’auditoire à l’origine grecque du mot pour faire précis et juste. Et c’était sans doute la moindre des audaces pour les têtes chevronnées penchées à Cotonou du 16 au 20 novembre 2010 sur le thème ‘‘L’audace, unique défi pour une Afrique nouvelle’’. Le Manifeste clame son élitisme, pourrait-on dire, lorsqu’en son paragraphe 42 il dit son ‘‘immense gratitude à des penseurs de grande envergure’’ et cite, entre autres, Cheikh Anta Diop, Frantz Fanon, Kwame Nkrumah, Gamal Abdel Nasser, Mongo Beti. Elitisme/érudition.
Après cinquante ans de tâtonnements infructueux, l’Afrique va tellement mal (§7) qu’elle en oublie d’avoir l’audace de proposer catalogue et calendrier (un timing, diraient les Américains) pour les défis de toutes sortes à relever. Il est vrai que tous sont à relever à la fois. Mais à supposer que ce Manifeste, qui ferme la dernière page du livre de cinquante années de sur-place ou de recul pour ouvrir la première page du livre des avancées, à supposer qu’il propose enfin et vraiment l’énoncé vrai et la clé véridique de la solution, comment le faire savoir en dehors du cercle fermé de l’intelligentsia, dont la fine fleur réunie à Cotonou est l’auteur des cinquante paragraphes ? Cette intelligentsia n’est-elle pas précisément celle dont le paragraphe 4 dit sobrement que, pendant cinquante ans, elle n’a pas toujours été au rendez-vous de l’émancipation des hommes et des femmes ? Qu’elle a maintenu l’Afrique emmurée ? Comment pourrait-elle l’émanciper pendant les cinquante ans à venir ? Il est fort probable que la plupart des érudits présents au symposium de Cotonou auront disparu dans vingt-cinq ans et que la question des cinquante ans à venir ne les concerne pas. Mais ils ne se seront pas retirés sans avoir énoncé à Cotonou le sésame-ouvre-toi. C’est le paragraphe 28 et c’est fort : ‘‘Les langues africaines constituent le socle du patrimoine humain de l’Afrique. Nous voulons qu’elles soient systématiquement inscrites dans les programmes scolaires et enseignées dans tous les cycles scolaires et qu’elles servent de vecteur dans les technologies de l’information et de la communication. De leur appropriation par les Africains dépend aussi le rayonnement de l’Afrique dans le monde.’’ Qui dit mieux ? Personne ! Car personne ne saurait mieux dire la vérité une fois qu’elle est dite. Qui aura l’audace de l’accomplissement de la vérité ? Personne ! Car la vérité susdite nous l’avons dite pendant cinquante ans, de séminaires en forums et de forums en symposiums en prenant soin de ne rien faire ou de ne faire que du saupoudrage pour feindre de faire quelque chose. Des feignants. ‘‘Paroles, paroles, paroles’’, chantait Dalida pour éconduire ses prétendus amoureux bavards et creux.
L’intelligentsia africaine des cinquante ans d’indépendance fut bavarde et creuse, si l’on s’en réfère au paragraphe 4 du précieux Manifeste, qui apparaît d’ailleurs comme son testament. Ce qui est dit au paragraphe 28 tombe sous le sens. Mais comment l’accomplir pour extraire l’Afrique du village mental où ses élites bavardes et inopérantes l’ont enfermée pendant cinquante ans de vraie fausse indépendance ? Sur la base de ce qu’ils observent de la pratique quotidienne de leurs élites, les Africains veulent savoir lire et écrire dans l’une des quatre langues coloniales. Si en notre âme et conscience, nous pensons que c’est la solution, allons-y vite et donnons-nous un temps fixe pour y arriver. Mais si la raison et le simple bon sens nous disent que la langue maternelle est toujours le chemin le plus court et le plus facile pour avoir accès par l’écriture et la lecture à toutes langues et à toutes cultures du monde, alors n’hésitons pas. ‘‘Cessons le discours pour entamer le parcours.’’
Sinon le Manifeste de Cotonou (comme le NEPAD tout près) mourra de n’être que référence et vivier de références pour étudiants en fin de deuxième et troisième cycle ou pour conférenciers savants tenant à faire montre de son érudition, par exemple à la Sorbonne.
Chronique de Roger Gbégnonvi : Manifeste savant pour une Afrique emmurée ?
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1 décembre, 2010
Dans Manchette
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A la Sorbonne? Que ne fera-t-on pas quand l’opportunisme caractérisé, la vanité, la volonté têtue et la ruse pour se remplir les poches manipulent aussi le gouvernail de l’Etat du CHANGEMENT, dût-on être au pied de la tombe?
L’audace, c’est de s’indigner sans barguigner quand la saloperie d’Etat a donné comme une estocade dans la jarre du roi GHÉZO; l’audace quand on n’est pas une chiffe, c’est de dénoncer le gâchis qu’avec la complicité de certains chefs d’Etat africains la coterie Françafrique fait des indépendances africaines. J’ai eu cette audace au salon du livre de Paris quand monsieur Toubon inaugurait le cinquantenaire devenu la manne des thuriféraires prébendés.
Largement octogénaire, descendant du prince Agbloglofa Anikokou Azanmado HOUENOU, Cabécère et ministre du commerce du roi GHEZO à Gléxwé (Ouidah),je ne baisserai jamais les bras. Le très regretté Cardinal Bernardin GANTIN le savait, me l’a rappelé et il en sera ainsi.
A bon entendeur , salut!
Olympe BHÊLY-QUENUM