Déclaration du Creuset de Réflexion des jeunes pour le Bénin de Demain.
Mesdames et messieurs les journalistes,
Notre pays vit, depuis quelques mois, des situations délicates qui, parait-il, témoignent de la vitalité d’une démocratie : langages politiques déplacés, blocages du fonctionnement régulier des administrations de l’Etat pour raisons de grèves, attaques directes et sans voiles contre diverses autorités étatiques dont la personne même du Président de la République, bruyantes manifestations de rue, soupçons et accusations diverses suite à la disparition du cadre du ministère des Finances et de l’Economie, Pierre Urbain Dangnivo. Le comble, c’est que ces situations qui auraient eu sans doute d’autres lectures ou dénouements en des circonstances autres que celles que vit notre pays, prennent des tournures inquiétantes, justement parce que nous nous approchons à grands pas de la présidentielle de 2011 et les camps opposés au gouvernement font feu de tous bois pour exploiter en leur faveur toutes situations qui surviennent.
Sinon comment comprendre qu’on puisse directement mettre en cause un Président de la République qui n’a jamais eu de contact, ni d’antécédents de quelque nature que ce soit avec le Disparu ? Nous ne comprenons pas, nous qu’on puisse penser que le nommé Dangnivo disposerait d’informations tellement compromettantes contre le régime du changement qu’il faille le faire disparaître.
De telles accusations ou insinuations nous paraissent d’autant plus absurdes que l’intéressé n’occupait avant sa disparition, aucune position devant le mettre en contact avec des documents supposés compromettants pour le gouvernement, comme certains ont pu le véhiculer dans l’opinion. Aussi nous est il parvenu qu’il serait un militant du Parti Social Démocrate notamment de la Commune de Houéyogbé, qu’il serait par ricochet un « membre influent de l’Union fait La Nation ». Mais cela suffit-il pour qu’il devienne une cible privilégiée des adversaires de l’Union fait la Nation ?
Maintes analyses nous permettent de constater qu’aucun mobile sérieux ne saurait conduire à l’incrimination du gouvernement dans une telle disparition. Alors nous nous sommes convaincus que l’exploitation de la disparition de Pierre Urbain Dangnivo aussi bien par les politiques que par les centrales syndicales participent d’un plan bien ficelé, visant à diaboliser la personne du chef de l’Etat, à jeter le doute et l’opprobre sur l’exécutif, à semer le trouble dans les esprits et à rendre le pays ingouvernable.
D’ailleurs, la nature et la succession des manifestations nous ont renforcés dans notre doute. Ce doute s’est transformé en colère lorsque, pour diverses raisons, des syndicalistes et avocats conseils de la famille Dangnivo ont systématiquement rejeté le test ADN, même réalisé par des techniciens étrangers, sous prétexte que le cadavre exhumé le lundi 27 septembre ne serait pas celui de Dangnivo. Ce rejet de la seule solution scientifique irréfutable, suivi des déclarations péremptoires de type « Libérez Dangnivo » apparait pour nous comme le comble de l’aberration.
Mais bon, nous n’allons pas refaire l’histoire. Les temps ont évolué. Et c’est le lieu de féliciter tous ceux qui, directement ou indirectement, ont œuvré pour le dégel de la situation. Nous leur disons la reconnaissance de la jeunesse militante et déterminée.
Beaucoup d’entre vous pourraient alors se demander pour quelles raisons nous avons jugé bon revenir sur cette affaire, alors qu’un dénouement est en cours. Et vous aurez parfaitement raison de vous interroger. Mais vous nous permettrez de vous répondre en quelques points :
1- Les événements des 12 et 13 octobre nous ont interpellés, et nous ont fait réfléchir. On s’est demandé en quoi l’interdiction de manifestations de rue dans une affaire aux mains de la justice constitue une menace pour la démocratie, au point de conduire les forces politiques à s’allier avec les groupes syndicaux et des organisations de la société civile pour créer un front dit de défense de la démocratie ?
Pour nous, une telle initiative est l’aveu même d’une machination bien orchestrée par les responsables de l’Union fait la Nation dans leur quête effrénée du pouvoir absolu. Nous avons compris que depuis le début, les dés étaient pipés ; car il y avait une volonté manifeste de livrer l’Exécutif et son Chef à la vindicte populaire, en les faisant passer pour des « pyromanes », des « kidnappeurs de fillette », des « escrocs ». Et dire que des affirmations du genre sont faites même dans l’enceinte du Parlement par des députés ! Tout était ainsi monté pour rendre l’atmosphère invivable. D’où la précipitation avec laquelle ils ont annoncé que la démocratie serait en danger ; ce qui leur ouvre la voie à la création de leur Front de défense de la démocratie.
Heureusement la sagesse nationale légendaire a eu raison de l’opportunisme politique aveugle. La concertation du vendredi 15 octobre dernier au palais de la République et les sages décisions qui en sont issues ont battu en brèche cette idée d’une démocratie qui serait en danger et dépouillé les récupérateurs de situations de leur fonds de commerce politique.
C’est déjà là une victoire pour les forces positives et patriotiques nationales de tous bords qui doivent l’apprécier à sa juste valeur et surtout se préparer à déjouer d’éventuels pièges que n’hésiteront pas à tendre ceux qui n’ont aucun intérêt à ce que la paix et la quiétude prévalent dans le pays, en cette veille d’échéances électorales inédites.
2- Comme chacun a pu s’en rendre compte, le Président de la République est resté fidèle à sa logique de gouvernance apaisée. La spontanéité avec laquelle il a accepté de rencontrer les différents groupes qui ont permis de dénouer la crise ; sa compréhension de leur doléance et la levée immédiate de l’interdiction de manifestation liée à l’affaire Dangnivo sont, s’il en est encore besoin, une preuve tangible et irréfutable de l’attachement du Dr. Boni YAYI aux valeurs cardinales de dialogue et de concertation. Toute la classe sociopolitique doit pouvoir prendre exemple sur lui et apprendre à cultiver les vertus de la paix. Aussi voudrions-nous particulièrement inviter certaines personnalités de la mouvance à mesurer des propos qu’ils tiennent, afin de ne pas annihiler les efforts de paix fournis chaque jour par le Président de la République. Car des déclarations du genre « l’opposition a payé des mercenaires pour attenter à la sureté de l’Etat » faites tout récemment par un député FCBE, et certaines autres tenues dans le même style d’autres proches politiques notamment concernant une supposée récurrence des pertes de personnes dans la famille Dangnivo ne nous ont pas plus. Certes la plupart répondaient à des accusations péremptoires à l’encontre du gouvernement. Mais faut-il toujours répondre à la violence par la violence ? Pour notre part, nous estimons que parfois, il faut laisser le peuple juger, et surtout les proches du président de la République doivent apprendre à peser leurs propos, car tout ce qu’ils disent est attribué au Président de la République ; et l’amalgame est vite fait. Les élections à venir ne sont pas aussi capitales que la paix et la tranquillité des populations, déjà soumises quotidiennement aux dures réalités de l’existence
3- L’union Fait la Nation et ses alliés politiques ont organisé une marche contre l’insécurité dans le pays dès les premiers jours de la disparition du cadre Dangnivo. Notre creuset s’en réjouit, car il s’agit d’une situation qui nous concerne tous. Mais au même moment lorsqu’on écoute les personnalités qui composent l’Union fait la Nation, ainsi que leurs alliés, on n’entend pas de propositions. Et c’est là que nous sommes un peu déçus. Pour nous le gouvernement fait des efforts en matière de sécurité dans le pays et notre pays est loin d’être un ghetto. Inutile de céder à la sinistrose ! Nous saluons l’action des forces de l’ordre qui font des efforts. Mais puisque le fait est là qu’il y a des situations qu’on n’arrive pas encore à élucider, nous demanderons mieux du gouvernement. Nous attendons que les autorités en charge de la sécurité prennent des dispositions plus hardies pour décourager ceux qui troublent la quiétude des populations. Mais la sécurité étant l’affaire de tous, nous attendons aussi les propositions de l’opposition. Car ce serait irresponsable que les leaders politiques et leurs alliés de toutes catégories se limitent aux seules critiques. Le pays a besoin de toutes ses forces vives et la sécurité n’a pas de couleurs. Alors nous invitons tous les camps politiques à imaginer des stratégies et proposer des actions contre l’insécurité dans le pays. Cela ne doit pas être la seule affaire du gouvernement.
4- Depuis le 09 Septembre 2010 et l’entrée en grève cyclique des travailleurs, l’administration centrale des Finances a connu pas moins de quinze jours d’arrêt de travail. Un manque à gagner énorme pour notre pays, dans un contexte de crise internationale. Au moment où la plupart des pays développés réfléchissent aux voies et moyens pour juguler cette crise qui perdure malgré une relance en demi teinte, il nous apparait curieux et inopportun qu’on se permette de bloquer ainsi les régies financières, principales pourvoyeuses de fonds pour le trésor public.
Dans la même logique, aucune centrale n’accepte le principe de défalcation pour fait de grève qui est, pourtant, une logique et une des dispositions du code de travail. Comment l’Etat peut-il faire face à ses charges sans ressources ?
Aucun pays ne se bâtit à coup de grèves à répétitions. Sans prétendre faire la leçon à quiconque, nous voudrions interpeller directement les travailleurs pour qu’ils apprécient le sens de notre démarche. Pour revendiquer des fruits de la richesse, il convient d’abord de produire cette richesse. Notre pays est un pays pauvre dont l’essentiel des ressources internes provient de la fiscalité. Nous n’avons donc pas d’autre choix que de travailler. La grève, dans ces conditions ne doit être que l’arme ultime, le dernier recours pour défendre ses droits.
Or nous avons l’impression qu’ici, la grève est automatiquement décrétée face à chaque situation conflictuelle, même lors de conflits virtuels. La devise de notre pays évoque le Travail : nous souhaiterions que tous les travailleurs s’en inspirent pour changer de comportement, afin que les biens et les services susceptibles d’être produits le soient effectivement pour le bien du pays.
5- L’organisation des élections libres et pacifiques est une attente et une espérance de tous, et principalement de la jeunesse qui se posent des questions sur son avenir.
Tout le monde connaît les récurrentes difficultés liées à l’acceptation des listes électorales pourtant confectionnées par la CENA, en présence des représentants de tous les candidats. A chaque élection depuis 1990, les contestations annihilent les efforts fournis et tendent à tout remettre en cause. Du coup, la mise en place d’une véritable liste électorale permanente informatisée est apparue pour tous comme une nécessité. Une loi a été votée dans ce sens et le processus a démarré tant bien que mal.
Ce qui nous dérange, c’est qu’à chaque fois, le gouvernement a fait confiance à des députés de l’opposition pour diriger la Commission Politique de Supervision pour la réalisation de la Lépi (CPS/Lépi). Nous pensons aux députés Epiphane QUENUM et Arifari BAKO. Et à chaque fois l’opposition semble trouver des poux sur le crâne d’un chauve. Qu’il y ait des difficultés et quelques situations déplorables sur le terrain, nous estimons que tout le monde doit se mobiliser pour les corriger. Mais considérer la Lépi comme une affaire du gouvernement uniquement ou le fruit d’un quelconque entêtement du Président de la République relèverait d’une mauvaise foi que nous ne saurions accepter. C’est pourquoi nous déplorons les manifestations de rue organisées hier à Porto-Novo et à Sèmé par l’Union Fait La Nation et ses Alliés ; ainsi que les insinuations faites à l’encontre du Chef de l’Etat et de son gouvernement. Nous avons peur que ces mouvements intempestifs ne nous conduisent à l’impasse. Si l’objectif est le Bénin comme tous semblent le dire, pourquoi ne pas procéder autrement ?
La Lépi est aujourd’hui une nécessité. L’honorable Arifari BAKO, Président de la CPS Lépi, a la ferme volonté, malgré les difficultés, d’aller au bout des objectifs que la loi sur la LEPI lui assigne. Tout le pays doit le soutenir, à moins d’être mû par des préoccupations autres que celles des élections libres, transparentes, pacifiques et acceptables pour tous. Et nous commençons à nous demander si vraiment l’Union fait La Nation ne joue pas avec le destin du peuple, dans le but de rendre impopulaire le Président Yayi. En tout cas nous les jeunes, nous avons peur ; et nous le clamons haut et fort !
6- Nous voulons à présent nous adresser à la famille Dangnivo et lui dire toute notre compassion. Certes rien n’est encore fait pour l’identification du cadavre exhumé à Womé. Mais nous savons depuis le début de l’affaire que cette famille fait l’objet de toutes sortes de pressions : pressions morales et psychologiques, pressions sociales, pressions des politiques, pressions institutionnelles pour ne citer que celles-là. C’est trop pour une famille privée d’un de ses plus importants membres, dont le sort se joue sur un cadavre présumé être le sien. Mais comment la vérité peut-elle éclater si on n’identifiait pas ce cadavre de Womé ? C’est pourquoi nous pensons que la famille Dangnivo doit aider à la manifestation de la vérité. Nous comprenons sa douleur ; mais nous lui demandons de bien vouloir accepter de collaborer en acceptant la réalisation du test d’ADN. Bien entendu elle pourrait évoquer ses conditions pour s’assurer de la régularité et de la fiabilité des résultats.
Notre souhait est qu’avec l’intervention des sages et des partenaires sociaux, la vérité éclate finalement pour le plus grand bien de la famille. Et s’il s’avère que le corps exhumé n’était pas celui de Dangnivo, nous mettrons toutes les pressions nécessaires sur les différentes composantes de l’Etat susceptibles de jouer un quelconque rôle pour le retrouver.
7- Enfin nous voudrions vous prendre à témoin pour constater les vertus du dialogue et de la concertation. Le comité des sages qui a travaillé avec l’appui de l’Archevêque de Cotonou et du Médiateur de la République a comblé nos attentes et nos espoirs. Du coup nous ne voudrions pas que son action s’arrête en si bon chemin. Compte tenu de la politisation de toutes situations dans le pays, de la volonté manifeste de certains de dénigrer les institutions de la République et de voir partout le danger, nous voudrions suggérer que ce comité reste comme une cellule de veille à la disposition de tous citoyens, pour connaître de toutes situations susceptibles de constituer des menaces pour le processus électoral en cours.
Ce comité demeurera bien évidemment informel ; mais il importe qu’il soit un arbitre impartial du jeu afin de mettre à nu les complots contre la paix et la cohésion nationale. C’est à cette mission de sauvetage de la nation que nous voulons convier nos sages. Notre pays ne peut que bénéficier de leurs conseils avisés. Et par ces temps qui courent, il en a bien besoin.
Mesdames et messieurs les journalistes,
« La paix n’est pas un mot, c’est un comportement », disait le Président Félix Houphouët-Boigny dont le pays était considéré, de son vivant, comme un havre de paix. Mais une fois que la paix est devenue plus un chapelet récité mécaniquement par des hommes politiques avides de pouvoirs qu’un comportement de sagesse, le pays a connu une partition qui dure depuis plus de dix ans.
Nous espérons que la classe politique béninoise saura, une fois de plus, être au rendez-vous de l’histoire. Pour ce faire, il importe que chaque composante de notre société joue effectivement sa partition, et, surtout, que la sagesse reprenne le dessus.
En ce qui nous concerne, nous resterons toujours en éveil, prêts à monter au créneau, faire ce que nous jugerons utile pour accompagner le processus et contribuer à la pérennisation de la démocratie dans notre pays.
Fait à Cotonou, le 20 Octobre 2010


