Une enquête-maison, menée au pas de charge (question-réponse à lava-vite) au niveau d’une centaine d’étudiants avant d’entrer dans le vif du cours, a donné le résultat suivant, quand on a eu ramené l’ensemble des réponses obtenues à une formulation commune : le Bénin, pour les Béninois, est un plat à manger et non un pays à développer. On ne dira pas grand-chose ici des trésors amassés en matière de culture de la consommation sans scrupule. Voici toutefois deux exemples de consommateurs édifiants dans leur insouciance. C’est l’oncle qui regarde tristement son neveu, brillant professeur d’université, à qui il finit par demander pourquoi il ne s’est pas fait douanier et s’il lui est encore possible de le devenir, auquel cas il faudrait qu’il se dépêche de quitter l’impasse où il est allé se fourvoyer. C’est la toute jeune femme, diplômée sans emploi depuis deux ans et qui, de guerre lasse, cède finalement à un douanier entreprenant et accepte de devenir sa onzième maîtresse. Elle ne l’aime pas du tout, mais avec lui, elle est à l’abri du besoin à vie. L’oncle et la jeune femme savent comment les douaniers font fortune. Mais, pensent-ils, c’est Dieu qui leur a permis de se retrouver de ce côté du plat où il y a possibilité d’enrichissement illicite et rapide, et quiconque peut s’accrocher à l’un d’eux pour tirer son épingle du jeu est béni de Dieu. Pas de souci à se faire ni de scrupule à avoir. Si tu n’y vas pas, dégage le chemin pour que j’y aille.
L’enquête a eu lieu au matin de la célébration de la journée mondiale de l’abolition de l’esclavage, qui s’est retrouvée à la Une de certains quotidiens comme célébration de la journée mondiale de l’esclavage. L’erreur est humaine. On ne la releva même pas, mais l’on profita de la coïncidence pour retourner au XVIe siècle afin de rappeler qu’il a suffi de quelque liqueur forte, de quelque tissu chatoyant et de quelque miroir réfléchissant pour que nous laissions embarquer dans une douleur inouïe les nôtres pour un pays inconnu. Une étudiante survoltée parla d’ignominie. On saisit la balle au bond pour expliquer à tous, afin qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, que s’il est ignoble celui qui a proposé chrétiennement le marché atroce, il est plus ignoble encore celui qui a accepté goulûment le marché atroce.
L’enquête a eu lieu au moment où se déroulait encore sur la télévision nationale le premier hommage au professeur Samson Dossoumon dont la disparition venait d’être annoncée. On profita de la coïncidence pour rappeler deux ou trois des principes qui ont fait de lui un exemple pour les idéalistes chercheurs de lumière. L’honnêteté toujours et partout : ‘‘J’ai appris à dire le droit et je dirai le droit’’, répétait-il à ceux qui essayaient, à la Cour Suprême, de le détourner de son devoir, et dont il refusait toutes les tentatives de corruption à coups de billets de banque et autres. Ne jamais s’estimer assez fort pour résister à la tentation, d’où sa veille permanente pour la ‘‘culture de l’aristocratie morale’’. Ne jamais considérer la culture dont on a hérité comme le nec plus ultra, d’où la nécessaire ‘‘clarification culturelle’’ pour dessoucher de la culture toute ivraie et y transplanter tout bon grain d’ici et d’ailleurs.
Et cela permit d’embrayer respectueusement sur le général de Gaulle : ‘‘Toute ma vie je me suis fait une certaine idée de la France…la France ne peut être la France sans la grandeur’’. Et c’est cette idée de la France qui le fit désobéir au grand maréchal Pétain pour faire de sa France à lui, de Gaulle, la France de la résistance à l’ignominie, et faire de lui-même encore aujourd’hui le repère de toute la France, toutes tendances politiques confondues. La France de de Gaulle n’était pas camembert à savourer mais devoir à accomplir.
L’idée que l’on se fait de soi et des choses est primordiale. Parce que nous avons fait du Bénin un plat à manger et non un pays à développer, chacun voit où nous en sommes aujourd’hui, partis de 2.500.000 habitants en 1960 pour être à plus de 8.000.000 d’habitants en 2010. Bientôt il n’y aura plus grand-chose à manger ni pour les douaniers ni pour ceux qui s’agrippent à eux. Pour faire coïncider France et grandeur, de Gaulle a dû aimer profondément la France. Est-il un Béninois qui aime le Bénin ? Il faut l’espérer. Mais en cas de désespérance, travaillons d’arrache-pied pour qu’il y ait des Béninois qui aiment le Bénin.
3 commentaires
URL TrackBackGBEGNONVI ROGER doit comprendre qu’il est temps qu’il colle la paix aux béninois avec ses éditoriaux inutiles. on ne dirait pas un professeur d’université; il suffit de lire ses éditoriaux avant son entrée au gouvernement, pendant qu’il était au gouvenement et après sa sortie. il ne peut donner de leçon à qui que ce soit; il n’a qu’à prendre exemple sur BAKO ARIFARI. un professeur d’université incarne après tout le savoir et le savoir vivre assez !!!!!!!!!!!!
Je tiens à rassurer mon ami Roger Gbégnonvi qu’il existe bel et bien de nos compatriotes qui aiment leur pays, notre pays. Mais où les chercher ou plus précisément les trouver ?
Nous sommes d’un pays où des gens n’avaient pas hésité à donner leur femme à Cissé pour devenir ministres du temps du PRPB. Il en existe encore à l’heure du renouveau démocratique. D’autres sont prêts à vendre la tête de leur mère pour entrer au gouvernement. C’est à se demander si ceux-là aiment vraiment leur pays ? Car ministre vient du mot latin « servus » qui signifie serviteur mais dont le sens premier est esclave. Dans ces conditions, est-il normal qu’un homme libre cherche de son plein gré à devenir esclave, s’il n’a pas une idée bien précise derrière la tête (s’en mettre plein les poches)?
Je dois avouer que nous étions et sommes toujours mal partis cinquante ans après l’indépendance de notre pays. C’est le lieu de rappeler que tout au début des 1960, l’auteur du premier détournement de déniers publics a été protégé par les gens de son coin et n’a jamais été sanctionné. C’est ainsi que la boîte de pandore a été ouverte. Et ça contune aujourd’hui, puisqu’ils se servent désormais de louche pour se remplir la panse.
Cependant, il n’y a pas lieu de désespérer. Nous connaissons deux compatriotes bombardés ministres sous le PRPB qui n’ont jamais siégé au gouvernement. Personnellement, je connais un compatriote qui a préfé s’octoyer 72 heures de réflexion alors qu’un membre du gouvernement du renouveau le sommait illico de produire son C.V en vue d’une nomination à la tête d’une importante structure de l’Etat. C’était un mardi 17 … Le lendemain, c’est quelqu’un d’autre qui a été nommé. Depuis, le ministre en question le prend pour un extra-terrestre.
Pour ma part, je crois comprendre qu’il y a urgence à nous trouver un modèle. C’est ce qui nous a toujours fait et continue de nous faire cruellement défaut après dix décennies d’indépendance. Grâce à ce modèle, nous découvrirons des compatriotes qui aiment vraiment leur pays, notre pays.
Alors AD LUCEM !
E. d’ALMEIDA.



Professeur,
Vous n’aviez pas encore compris que vos leçons de morale par presse interposée n’intéresse personne?. Où est ce que nous a amené vos campagnes médiatiques pour rechercher les saints qui vont nous diriger? A yayi boni et sa bande de voleurs escrocs faux placeurs d’argent. Au lieur chaque fois de vous lancer dans des diatribes contre une partie de vos compatriotes vous deviez travailler à lever leur conscience. Cette posture d’éternel donneur de leçons à montrer ses limites. Parce qu’il vous met à la merci de tout hypocrite capable de vous montrer qu’il peut porter vos illusions.
Vous saviez par Blaise Pascal que l’Homme n’est ni ange ni bête. Mais malheureusement qui veut faire l’ange fait la bête.
Merci