En creux et en relief, en filigrane et en explicite, le Mondial 2010 dira de bout en bout Nelson Mandela. Et l’écho, d’appel en rappel et de bond en rebond, dira Nelson Mandela, il le dira et le fera s’épanouir à chaque fois en point d’orgue puissant et lumineux, telle l’étoile que l’on allume au bout de la fête pour dire la pérennité de la fête. Chaque but en terme de goal, chaque arbitre, central et latéral, chaque drapeau et chaque fanion, chaque maillot et chaque crampon, tous disent et diront Nelson Mandela.
Parce que Nelson Mandela a fait œuvre christique. Le Christ, c’est le concept de Lumière éternelle. Elle se traduit ou plutôt s’incarne périodiquement en tel être de chair et de lumière, pour rassembler les peuples et leur montrer la voie de leur délivrance et de leur épanouissement. L’accomplissement de cette mission amène toujours le Christ devenu en chair et lumière à se sacrifier pour le peuple de son incarnation, à sacrifier la richesse, l’empire et le pouvoir, qui sont handicaps pour le rayonnement, mais qui peuvent lui être donnés par surcroît seulement, si le Seigneur de sa Foi et de son Espérance en décide ainsi. Siddhârta Gautama, dit le Bouddha, l’Eveillé, Moïse, qui traversa la mer et le désert à la tête du peuple en route vers la liberté, Jésus dit le Christ, qui mourut sur la croix, Nelson Mandela, dit le prisonnier le plus célèbre de la planète, ce sont Christ pour leur peuple et pour le monde. Car il en est toujours ainsi : le Christ éternel est de rayonnement universel.
Seul Nelson Mandela, parce qu’il a fait œuvre Christique, lui seul, seize ans seulement après avoir libéré son peuple, non pas après trente ans ou cinquante ans, mais seulement après seize ans, lui seul était capable de faire jouer en Afrique la Coupe du Monde, de domicilier en Afrique la Fête arc-en-ciel de la Fraternité du Monde. Lui seul. Car lui seul s’est sacrifié en Afrique pour la libération et l’épanouissement de son peuple. Lui seul. Les autres ? Robert Mugabe à côté de lui, Houphouët-Boigny plus loin, et Sékou Touré à côté d’Houphouët. Regardez-les bien. Vous verrez des monstres d’égoïsme, parfois sanguinaires, rutilants d’or et des rutilances de l’empire et du pouvoir, mais sans une once d’autorité morale à laquelle puisse s’éclairer le monde en quête de lumière et de paix. Ils ne sont pas Mandela. Ils ne se sont pas sacrifiés pour la libération et l’épanouissement de leur peuple. Ils ne sont pas Christ.
Et le Christ n’est pas, si l’on ose dire, une fatalité, un fatum, un Destin tyrannique. Celui que le Christ investit peut refuser l’onction et la mission, refuser le sacrifice, préférer la richesse, l’empire et le pouvoir. Le prince Siddhârta Gautama eût pu vivre et mourir dans les fastes du palais royal, Moïse passer sa vie auprès du Pharaon qui l’avait adopté comme fils, Nelson Mandela, de rang princier, préférer les hosannas de sa tribu aux crachats de la prison à perpétuité. Ils connurent tous la tentation de Jésus le Christ : »Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! ». Mais tous dirent stoïquement oui à la mission et au sacrifice, comme Jésus le Christ : »Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux. »
L’être que le christ investit et qui accepte l’onction et la mission, veut, tout naturellement, aller vite. Et le voilà, de ce fait, tenté par la voie facile et rapide de la violence. Au moment ultime, se sentant pris au piège de l’adversaire et paniqué à l’idée de l’échec de sa mission, Jésus le Christ ordonne aux siens : »Que celui qui n’a pas d’épée en achète une ». Dans la même situation que Jésus le Christ, Nelson Mandela explique lors de son procès, au nom de l’ANC : »Toutes les voies permettant d’exprimer notre opposition dans la légalité nous étant désormais interdites, nous nous sommes trouvés devant une alternative : soit accepter d’être perpétuellement dominés, soit défier les autorités de ce pays. » La violence donc. Mais celui que le Christ investit et qui accepte la mission finit toujours par rejeter la violence parce qu’elle est la voie facile et rapide de la richesse, de l’empire et du pouvoir.
Celui que le Christ investit et qui accepte l’onction et la mission est serviteur de la lumière et prince de la paix. Et chaque pays d’Afrique noire attend, suscite et appelle son Nelson Mandela, figure du Christ, serviteur de la lumière et prince de la paix.


