Vingt ans après la tenue de la Conférence des Forces Vives de la Nation de février 1990, il n’est pas superflu de jeter un coup d’œil furtif sur la marche des choses dans le pays. A moin d’un an des prochaines joutes oratoires, il est bon de se faire à froid, une idée globale de la situation, pour une meilleure intelligence des grandes tendances de l’heure. C’est à cela que voudrait contribuer modestement cet article.
Il faut dire d’entrée de jeu que la situation politique nationale est très préoccupante. Tout est sens dessus dessous. Les normes ont déserté les lieux. Nul ne peut indiquer de façon certaine l’orientation que suit la conduite des affaires de la cité. Mais, à coup sûr, pour l’administration en place, l’heure du Jugement dernier approche.
Le peuple béninois quant à lui regrette amèrement d’avoir donné un coup d’épée dans l’eau à la présidentielle de 2006. Les objectifs fondamentaux qu’il visait à ce scrutin et qu’il résumait dans le vocable Changement étaient de tourner les pages politiques, économiques, sociales et morales hideuses de notre histoire et d’aborder une nouvelle ère d’envol économique, de prospérité, de paix, d’équité et de cohésion sociale renforcée.
Malheureusement, bien avant la fin de l’année 2006, les observateurs politiques les plus optimistes de notre pays étaient déjà dans le doute quant à la prise en compte de ces objectifs par ce régime. Aujourd’hui, neuf béninois sur dix n’attendent plus de miracles. Les monts et merveilles promis ici et là ne se réaliseront pas, hélas ! La désillusion est totale. De toute évidence, les carottes sont cuites !
Quant aux chantiers ouverts par le régime populiste, aucun n’a abouti à bon port. Inutile d’en égrener le chapelet. Au reste, le lecteur n’a nul besoin qu’on lui rappelle ici le projet mort-né de développement de la production du palmier à huile, les vicissitudes de la filière coton, les turbulences du programme de mécanisation de la production agricole, etc. Et comme si ça ne suffit pas, les acquis de la Conférence des Forces Vives de la Nation et du Renouveau Démocratique subissent de graves revers. C’est ainsi qu’entre autres choses, la démocratie traverse des temps difficiles. Pour tout résumer, le pays tout entier vit sous la peur du retour en force des temps noirs de son histoire.
Pendant ce temps, le rêve sordide qu’on caresse à la cime de l’Etat est de régner en maître absolu pour toujours. Pour ce faire aucune disposition politique ou pratique n’est négligée. Par exemple, les instruments électoraux fondamentaux sont prévus pour être taillés sur mesure.
Mais, le peuple béninois refuse qu’on fasse du pays une coupe réglée. Il résiste et lutte. Cela crée des remous sur la scène politique où se dessinent actuellement trois forces majeures au sein du camp opposé à celui du peuple.
L’une de ces forces est le tandem Forces Cauris pour un Bénin Emergent (Fcbe) – Union de la Majorité présidentielle plurielle (Umpp). Son point fort est que le pouvoir d’Etat est en ses mains. Par contre, son point faible fondamental est que d’une part, sa gestion des affaires publiques est calamiteuse, d’autre part, il ne repose pas sur des acteurs politiques et troupes opiniâtres. Toutefois, il voudrait conserver le pouvoir d’Etat à l’issue des consultations populaires de 2011. La vérité est que les populations sont déçues et lui jetteront certainement au visage le carton rouge le moment venu.
Un autre groupe est l’Union fait la Nation (Un). Il rassemble essentiellement d’anciens politiciens. Son atout est que les organisations qui le composent sont plus fortement présentes sur une partie du territoire qui peut se réclamer environ 65% de l’électorat national. Sa faiblesse majeure réside dans son passé politique peu convaincant et l’instabilité prévisible de sa structure interne. Néanmoins, il entend conquérir le pouvoir d’Etat en 2011. Même s’il parvient éventuellement à se maintenir en bloc jusqu’au bout, il est peu probable qu’il atteigne seul son objectif.
Enfin, le troisième groupe organisé et visible sur la scène politique à ce jour est celui connu sous l’appellation de Abt 2011 ; du nom de l’actuel président de la Banque ouest africaine de développement (Boad), Abdoulaye Bio Tchané. Visiblement, c’est le groupe vers lequel les masses vont spontanément. Cela est dû à l’absence de perspectives claires pour elles aujourd’hui. Son atout majeur réside dans le fait que le tournant politique de 2006 qui n’a pas abouti, tente de resurgir par lui. Mais l’un des défis importants pour ce groupe est l’encadrement adéquat et la fidélisation de larges secteurs de l’électorat méfiant des anciens politiciens et déçus par le régime corrompu du changement. Ce groupe veut accéder à la tête de l’Etat en 2011. Les conditions politiques actuelles lui étant relativement favorables, la sincérité des acteurs et la capacité d’organisation du groupe pour la mobilisation de l’électorat décideront du reste.
Voilà les forces politiques majeures en présence aujourd’hui dans le camp opposé à celui du peuple.
Peut-être faut-il noter que les organisations constituant l’Union fait la Nation ont pris conscience de la nécessité de se fondre à terme en une seule grande organisation politique. Elles manifestèrent cette volonté à la face du monde lors de leur Convention du début de cette année à Cotonou. Cette prise de conscience est un élément subjectif significatif dans l’évolution de la situation politique nationale. La question n’est pas de savoir si elles y arriveront ou pas. Ce fait constitue en soi un challenge pour le camp du peuple dont les représentants se doivent de relever le défi pour offrir de brillantes perspectives aux masses.
Sur le plan économique, la situation est visiblement catastrophique. Pendant quatre ans, le régime n’a pas fait le nécessaire pour mettre en œuvre le moindre programme porteur de stimulation de la création de richesses pour la nation et d’emplois pour la jeunesse. Du fait de sa vision étriquée et simpliste des questions de développement, l’économie du pays régresse. La production fléchit de façon générale, entre autres choses, en conséquence de la préférence affichée du régime pour la politique politicienne au détriment de la politique de développement. Le Bénin a grossi le rang des parents pauvres de l’Uemoa (Union économique et monétaire ouest africaine.) Les marchandises ont du mal à se réaliser. Aucun programme ambitieux et cohérent n’est envisagé par cette Administration de la honte pour assumer notre autonomie économique relative par rapport à nos voisins et partenaires. Le pays va de mal en pis.
Sur le plan social, la paupérisation gagne du terrain. L’insécurité grandit et menace dangereusement la stabilité politique tant vantée du pays. Les maisons d’arrêt n’en peuvent plus. Les lieux de culte débordent d’adeptes qui ne savent plus où donner de la tête. Les marches folkloriques de soutien au régime cèdent de plus en plus le pas aux marches de protestation contre sa politique ruineuse pour le pays en général, les conditions de vie et de travail des masses en particulier. Des visées électoralistes et le désir maladif de conserver coûte que coûte le pouvoir en 2011 ont conduit, dans presque toutes les communes du pays, à l’opposition grave de villes entre elles, de villages entre eux, de quartiers d’une même agglomération entre eux, de familles d’un même territoire entre elles et de cadres corégionnaires entre eux.
Les bases de la paix sociale et de la cohésion nationale sont dangereusement menacées. Les grèves sont perpétuelles dans la plupart des services publics. La visite des vieux démons des années 80 n’est plus qu’une question de temps si la donne persiste.
Sur le plan moral, le pays ne s’est jamais aussi mal porté. Chacun en est conscient, mais tient au prestige dont jouit le Bénin dans la sous région et sur le plan international. La distribution à tous vents d’argent finit par reléguer le travail de côté, en tant que facteur fondamental de création de richesses. Cela met la jeunesse à mauvaise école, avec les conséquences qui en découlent, surtout dans les zones rurales. Le doute et l’incertitude de l’avenir est partout dans les esprits.
Pourtant, l’avenir du Bénin est radieux ! La situation actuelle est passagère. A coup sûr, le peuple béninois arrivera à prendre son destin en main. Il réalisera alors ses légitimes aspirations sous la direction de ses filles et fils véritablement patriotes. Il faut avoir foi en l’avenir !
Dr Jean Odjo
In La Croix du Bénin
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