Gilbert Fossoun Houngbo était vendredi avec son équipe à l’Assemblée nationale. Conformément à la Constitution du Togo en son article 78 alinéas 1 & 2, le Premier ministre a soumis au vote des députés sa déclaration de politique générale. Après plus de deux heures de séance, le programme a été voté à raison de cinquante-sept (57) voix pour- 49 du groupe parlementaire RPT, et 08 de députés UFC, le reste de ce groupe ayant boycotté la séance, conformément à la décision officielle- ; les quatre (04) élus du Comité d’action pour le renouveau (Car) présents se sont abstenus de voter. Le programme est articulé autour de quatre (04) axes fondamentaux : le renforcement de la cohésion nationale et de la bonne gouvernance, les leviers économiques, le développement solidaire et une diplomatie nouvelle.
Quels en sont alors les grands traits ?
Le renforcement de la cohésion nationale et de la bonne gouvernance
Le Premier ministre entend recoudre le tissu social par une politique de réconciliation hardie et des actions concrètes, bâtir une nation unie en renforçant les capacités de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation. L’élaboration du statut de l’opposition parlementaire, la promotion des libertés individuelles et publiques, des droits de l’Homme, de l’équité et de la Justice sont aussi au menu.
Gilbert Houngbo veut également poursuivre les réformes politiques et institutionnelles recommandées par l’Accord politique global (Apg), qui devront toucher la Constitution, le Code électoral, le découpage électoral etc. Est également annoncée, la poursuite de la modernisation de la Justice et de la réforme administrative, l’audit de onze (11) ministères et de quelques institutions.
Les leviers économiques
Le gouvernement entend prendre à bras-le-corps le problème des infrastructures. Il est annoncé justement la réhabilitation des rues bitumées, celle de la nationale n°1, le renforcement des axes routiers et urbains par la création d’une autoroute et d’une ligne de chemin de fer reliant le Port autonome de Lomé et la frontière avec le Burkina. Sur le Port justement, le gouvernement veut augmenter sa capacité d’accueil. Il est aussi planifié l’extension de l’aéroport Gnassingbé Eyadéma, la création d’un nouvel aéroport de classe internationale et la mise en place d’un bureau national d’études pour superviser les travaux publics.
Les secteurs des télécommunications, des mines et de l’énergie seront aussi renforcés. Il est prévu un plan régional d’interconnexion électrique, l’investissement de quatre-vingt (80) milliards FCFA dans le secteur des Phosphates pour porter la production à 2,5 millions de tonnes en 2012 voire 3 millions en 2013, l’octroi d’un second permis d’exploitation à Cimtogo. La Zone Franche, le secteur privé, le tourisme devront être redynamisés.
Le gouvernement entend aussi promouvoir l’urbanisation et les logements sociaux, entreprendre la réforme du foncier, poursuivre l’assainissement des finances publiques, la mobilisation des ressources internes, assurer la maîtrise des dépenses, renforcer la bonne gouvernance. Gilbert Houngbo et son équipe veulent porter le secteur agricole à la participation réelle et effective à la création de la richesse nationale et à la génération de revenus substantiels pour les agriculteurs et éleveurs et développer et pérenniser une industrie nationale.
Le développement solidaire
Le Premier ministre veut promouvoir la décentralisation et la démocratie participative, en complétant le cadre juridique sur l’organisation et le fonctionnement du Fonds d’Appui aux Collectivités territoriales, le transfert des compétences et des ressources, le statut des préfets, la consolidation des cantons, la création des communes rurales. Il est justement annoncé l’organisation des élections locales au plus tard en 2011.
Le système éducatif devra aussi subir des réformes. Le gouvernement entend ainsi, entre autres, poursuivre l’intégration progressive des enseignants volontaires, engager des réformes dans les universités de Lomé et de Kara pour une meilleure application du système LMD, développer la recherche universitaire, réglementer davantage les écoles privées d’enseignement supérieur. Il sera redonné à l’éducation civique toute sa valeur.
Sont également au menu, le développement à la base, et l’emploi des jeunes. Il est annoncé ici le renforcement de la politique du gouvernement en la matière, la promotion de l’adéquation formation/emploi et l’adaptation du système éducatif et de formation aux mutations et aux réalités du marché du travail et de l’emploi. Le secteur de la santé n’est pas oublié ; le processus de gratification de la césarienne sera effectif à partir de 2010.
Le gouvernement entend doter toutes les grandes agglomérations en eau potable et réaliser d’ici en 2012, dans toutes les régions environ 1300 forages équipés à motricité humaine et 25 adductions d’eau villageoises. Pour renforcer la solidarité nationale, Gilbert Houngbo projette assurer une protection sociale à la majorité des Togolais, surtout les plus démunis et les plus vulnérables, notamment les personnes âgées, les handicapés et les enfants. La promotion de la femme devra être poursuivie. Il est annoncé un ensemble de mesures hardies pour une meilleure gestion de l’environnement et des catastrophes naturelles. Les arts, la culture, les sports et les loisirs devront également être promus.
La diplomatie
Il est annoncé la mise en œuvre d’une diplomatie à même de faire redorer le blason au Togo et le faire entrer dans le concert des nations, une diplomatie à retombées positives pour le développement national et engagée dans le processus d’intégration africaine. Ainsi il est prévu d’élargir le cercle de la coopération à de nouveaux partenaires, de la renforcer avec les pays émergents, d’orienter davantage la diplomatie togolaise vers des partenariats commerciaux et économiques, d’augmenter le nombre des représentations diplomatiques au Moyen Orient et en Asie, de consolider la place et le rôle du Togo dans les organisations internationales et sous-régionales telles que le Conseil de l’Entente, l’UEMOA, la CEDEAO et l’Union Africaine.
Du rechauffé du programme Houngbo I
Il est loisible de constater que le programme présenté par le Premier ministre vendredi est assez alléchant, et on peut être tenté de jeter des lauriers au Technocrate reconduit. Mais on est obligé de tempérer ses ardeurs quand on fait une petite comparaison avec celui présenté par Gilbert Fossoun Houngbo le mardi 16 septembre 2008 à l’entame de son premier mandat. Ce n’est qu’une réactualisation habile du programme d’alors. L’ossature y est. Les mêmes réformes annoncées à l’époque sont encore remises, comme s’il s’agissait de nouveautés.
Le Keynesien fraîchement nommé à la Primature avait promis la matérialisation des réformes institutionnelles et constitutionnelles recommandées par l’Apg du 20 août 2006 qui devraient concourir à l’apaisement du climat politique et favoriser une élection présidentielle démocratique et crédible. Mais cela n’a pas été fait. Sur le plan de la relance économique, Houngbo avait inscrit son action dans le cadre du Programme Intérimaire d’Actions Prioritaires (PIAP) 2008-2010 qui retenait huit (08) secteurs prioritaires : éducation, agriculture, eau et assainissement, santé, énergie, infrastructures, bonne gouvernance et action sociale. Presque deux (02) ans après, rien n’est fait et ce sont les mêmes chantiers qui sont repris comme priorités. Sur la plan socio-économique aussi, ce sont les mêmes actions qui sont annoncées, sauf que cette fois-ci le Premier ministre ne parle plus de « programmes d’urgence » ou de « Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté (DSRP) » -Ah, qu’on en a rebattu les oreilles des Togolais ! Le refrain de la bonne gouvernance, de la protection sociale et autre a été chanté en septembre 2008. Mais il n’en a rien été dans les faits, et les mêmes thèmes sont réintroduits dans le nouveau programme, comme du neuf.
Tout comme la composition de l’équipe, le programme du gouvernement actuel n’est qu’un réchauffé de celui de 2008. Il n’y a là pas moins une volonté de tromper la vigilance des Togolais. Cet aspect de la chose, nos « illustrissimes » députés présents à la séance vendredi dernier devraient le relever. Ils devraient surtout demander au Premier ministre des explications au sujet de sa promesse, non tenue, de révolutionner le quotidien des Togolais dans un délai de six (06) mois. C’est un devoir d’élu du peuple. Mais nos députés étaient plutôt préoccupés par la contestation du Front républicain pour l’alternance et le changement (FRAC). L’un a même assimilé ces manifestations à des troubles à l’ordre public et demandé leur interdiction. C’est cela aussi le Togo.
Tino Kossi, Togosite

