S’il est un défaut qui semble coller à la peau des Béninois, qui les désole eux-mêmes, qui ressemble à une seconde nature devenue, un fait culturel béninois, c’est le retard comme point nodal et fait saillant de leur indiscipline notoire, donnée elle-même comme appartenant à leur nature de Béninois. Fadaise, bien entendu car, en dehors du bégaiement, de l’épilepsie et quelques autres malheurs, le mensonge, la paresse, le larcin, etc., sont des défauts acquis. Et à propos du retard béninois, c’est bien de seconde nature devenue qu’il s’agit, à combattre donc pour revenir à l’originelle nature de la parole donnée et respectée.
A la campagne, où le temps n’est ni compté ni mesuré, nos parents en sont toujours à la précision de l’ombre portée des arbres et des cases à l’aune de ‘‘quand le soleil sera arrivé à tel endroit’’. Cette précision ne devient pas seulement aléatoire mais inexistante quand il pleut ou que les nuages recouvrent l’horloge de Dieu. De toute façon, elle n’est pas fonctionnelle la nuit. Mais ce qui est à retenir essentiellement, c’est l’élan initial de nos parents à la précision.
Elan que l’on retrouve chez nous-.mêmes, sortis des villages, et qui avons toutes sortes de montres pour être à l’heure de jour et de nuit, parce que l’homme a tôt compris que s’il n’organise et n’apprivoise l’informel du temps, ses entreprises sont vouées à l’échec. L’on se souvient qu’au lendemain immédiat de l’indépendance, le Dahoméen, fonctionnaire, savait être à l’heure, comme s’il le tenait du maître colonisateur qui venait de lui remettre les clés de la maison. Le marxisme militarisé du PRPB, avant de se transformer en bamboula pour apparatchiks et de se terminer en eau de boudin pour le peuple, aura renoué avec quelque chose de la ponctualité coloniale ou, tout simplement militaire. Aujourd’hui encore, au temps du retard devenu fait culturel, les parents conduisent leurs tout petits rigoureusement à l’heure à l’école, c’est-à-dire avant l’heure, parce que à 8 h 00, la Sœur directrice ferme le grand portail d’entrée pour ne le rouvrir qu’au son de la cloche à midi. De même, les Béninois et Béninoises candidats à voyager outre-mer sont à l’aéroport deux heures avant l’envol comme il est exigé ; si l’avion peut se permettre quelque retard au décollage, c’est son affaire et pas la leur, vu qu’il ne les attendra pas au cas où eux se le permettraient.
Voilà pourquoi il est mensonger et injurieux que le Béninois se présente lui-même ou qu’on le présente comme congénitalement non ponctuel. Sa non ponctualité devenue comme un fait culturel n’a rien de naturel et n’est que faussement culturelle, occasionnellement, voire ponctuellement culturelle. Car, si par charité faussement chrétienne, la Sœur directrice avait décidé de ‘‘comprendre les gens’’ en laissant le grand portail ouvert en permanence, elle recevrait jusqu’à 11 h 45 des enfants poussés par leurs parents en retard pour des raisons qui feraient pleurer la Sainte Vierge Marie elle-même à cause de leur infinie tristesse. Et les avions attendraient, pour voler, que Papa et Maman aient fini de ‘‘saluer rapidement’’ leur belle-fille sous perfusion à cause d’un palu détecté la veille de leur voyage.
La morale de l’histoire :- Comme les Allemands, les Américains et les Japonais, les Béninois sont prêts à toute discipline, à toute ponctualité et à tout développement dès qu’ils auront à leur tête des dirigeants qui ne se prélasseront point en voitures climatisées, gyrophares en fête et sirènes liesse, ignorant superbement et paresseusement la discipline irradiante de la Sœur directrice. Car toute habitude se prend. Surtout les bonnes. Elles se prennent chez les autres. Et la Sœur directrice a bien raison d’inculquer dès la base la ponctualité aux tout petits par le biais de leurs parents qui savent les conduire à l’heure à l’école à cause de sa tranquille fermeté. C’est plus tard, à l’âge adulte, que les choses se gâtent, parce que les gens n’ont plus de vrais chefs et oublient de se transformer eux-mêmes en vrais chefs pour l’honneur de l’homme. Les professeurs d’université qui commencent leur cours avec dix minutes de retard au maximum, ont toujours leurs étudiants à l’heure parce qu’ils se disent que ‘‘celui-là, on ne le comprend pas, mais il est sérieux, il commence ses cours à l’heure’’. Sérieux et ponctuel comme la Sœur directrice avec sa discipline irradiante.



Merci Professeur!, suis-je tenté de dire! C’est en effet le nom d’une émission de purisme qui passe sur l’une des chaînes francophones où on voit le Prof tout sérieux qui explique les sens passés et actuels des mots ou expressions sans oublier leur origine.
Parlant de purisme, voici que passe en ce moment même et sur la même chaîne dont je parlais plus haut, une émission dénommée « Monsieur le Dictionnaire! » l’expression du jour est: »avoir le beguin ».
j’en conclus donc, Monsieur le Prof que vous avez le beguin du Bénin; pardon, celui des bonnes habitudes qui sont loin des béninois. A moins plutôt que ce soit l’inverse et puis de toute façon, le résultat est le même( Blanc bonnet, bonnet blanc!)
que chacun de nous se crée sa « soeur directrice » dans sa propre tête.
Merci professeur!!!!