Mine de rien, la réélection de Faure Gnassingbé est en train d’être consommée. Proclamés dans un premier temps par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de Taffa Tabiou, les résultats ont été avalisés par la Cour Constitutionnelle d’Aboudou Assouma. Depuis lors, l’« heureux élu » ne fait que recevoir les félicitations de ses pairs africains ou occidentaux, de responsables d’institutions internationales diverses, ce qui est conçu dans les arcanes du pouvoir comme une reconnaissance de la Communauté internationale. Mais il faut faire remarquer que cette réélection du candidat « indépendant » du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) est entachée de scenarii rocambolesques, de péripéties singulières à la limite du ridicule qui ternissent sa « victoire éclatante » et poussent d’ailleurs à en douter.
Amulettes = objets compromettants
Des jeunes militants de l’Union des Forces de Changement (UFC) de la diaspora, revenus au pays dans le cadre du scrutin du 4 mars ont été appréhendés la veille du scrutin et croupissent depuis lors en prison. On leur reproche d’avoir sur eux des « objets compromettants » et ils sont accusés d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Un ressortissant d’un pays « civilisé » de la sous-région attendait de s’entendre dire par exemple qu’ils transportaient une arme de destruction massive venant d’Iran ou qu’une certaine quantité de haschich a été trouvée dans leurs bagages. Il est tombé des nues lorsqu’il a entendu le patron de la Force Sécurité Election Présidentielle (FOSEP) Yark Damehane parler d’« amulettes » qui auraient pour vertu de les faire disparaître. C’est donc cela que notre Lieutenant-colonel prenait pour des objets compromettants.
Entre nous, il faut avouer que si une amulette devrait être assimilée à un objet suspect et compromettant et induire l’arrestation de son porteur les premiers clients de la prison civile de Lomé et du « Guantanamo paradisiaque » de Kara–allez demander explication auprès de M. Mussa Gassama, le patron du HCDH-Togo- devraient être ces gros bonnets et barons du pouvoir. S’il faut faire abstraction de la masse de talismans que ces mecs portent sur eux, certains ne pèseraient même pas un moustique de pays sahélien. Se sachant rouler dans une aisance indue, ils sont obligés de se barricader derrière une muraille d’« objets compromettants », que dis-je, d’amulettes. Et ceux-là, Yark Damehane ne les voit pas pour les arrêter. Et si le Togo était un cirque géant ?
VSAT, pas question !
Ce système satellitaire de transmission des données est l’une des innovations du processus électoral. Il est censé assurer une certaine intégrité des résultats. Autant le pouvoir que l’opposition ont accepté son utilisation et c’est grâce à ce consensus que le VSAT a été financé par l’Union Européenne et l’installation confiée au Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Le système n’avait ressorti aucun problème majeur, sauf quelques attaques virales de routine qui ont été aussitôt maîtrisées par l’installation d’un antivirus, à en croire l’expert. Tout était censé marcher. Mais patatra, le VSAT est tombé en panne au moment même où on en avait le plus besoin, c’est-à-dire ce samedi 6 mars pour la centralisation des résultats des CELI vers la CENI pour leur proclamation.
Taffa Tabiou et Pascal Bodjona ont mis leurs dix doigts au feu ce jour-là et juré que c’était une panne technique pour ainsi justifier la comédie de Togo 2000 qui a vu débarquer à Lomé les présidents des CELI pour proclamer en direct sur les écrans les résultats mon authentifiés. Mais quelques jours plus tard, on saura que c’était plutôt une panne diplomatico-stratégique pour se soustraire à la transparence. Le concepteur du système, le Sénégalais Yoro Thiam s’est dit il y a quelques jours « surpris » de la panne alléguée. L’expert a même déclaré qu’il était ce 6 mars à 18 heures sur le point de transmettre à la CENI la presque totalité des procès-verbaux de dépouillements. De là à conclure qu’il n’y a jamais eu réellement panne et qu’elle était juste avancée pour créer une situation de floue devant favoriser les manipulations des résultats en faveur du candidat du pouvoir, le pas est vire franchi.
Dans toute cette histoire, le régime en place aura grugé et l’opposition, et l’Union Européenne qui a financé le système à coups de centaines de millions de F CFA, et le PNUD qui a assuré l’installation. Tout ce beau monde a été donc mené en bateau par le pouvoir Faure Gnassingbé. Et cela, il n’y a pas un autre terme pour le désigner, c’est du gangstérisme d’Etat. De tels comportements ne sont pas de nature à enjoliver l’image du pays et de ses habitants. Cela, le « Leader nouveau » et sa suite s’en moquent éperdument. L’essentiel c’est de conserver le pouvoir.
Faure a gagné, un point c’est tout !
On ne brûle pas la case d’un menteur, on la dépièce, dit un adage. Le candidat du Front Républicain pour l’Alternance et le Changement (FRAC) n’a pas attendu la proclamation officielle des résultats avant de s’autoproclamer vainqueur du scrutin. Agbéyomé Kodjo a avoué publiquement la victoire de Jean-Pierre Fabre avec plus de 400 mille voix sur Faure, et de citer des sources témoins. Il fallait donc pour le Secrétaire général de l’UFC, prouver ses allégations. Les porte-voix du régime n’ont d’ailleurs de cesse de réclamer des preuves à Jean-Pierre Fabre. C’est ce que son Etat-major s’occupait à faire ce mardi 09 mars au CESAL. Un centre de compilation des données y était installé à cette fin. Mais la FOSEP – encore elle- est intervenue pour arrêter le personnel et saisir le matériel informatique et surtout les procès-verbaux, sous prétexte que le FRAC était en opération de traficotage des résultats, de falsification des procès-verbaux. Au lendemain de l’assaut, le procureur de la République est monté en scène pour trouver l’habillage juridique : faux et usage de faux. Mais quelques jours plus tard, il a ravalé son vomis et libéré les personnes appréhendées. Mais jusqu’à ce jour, l’équipement informatique et les procès-verbaux sont toujours gardés.
Quel est donc ce pays sérieux où on arrête des gens sur la base de simples soupçons, en ce 21ème siècle de modernité ? Le bon sens ne saurait s’expliquer qu’on demande des preuves, mais qu’on empêche en même temps l’intéressé d’y arriver. Il faut donc y voir une volonté d’étouffer la manifestation de la vérité, éviter que Jean-Pierre Fabre démasque le hold-up et prouve sa victoire.
Au demeurant, on a la conviction que c’est une victoire « sculptée » que cette élection de Faure Gnassingbé. Les dés ont été piqués en amont, les suffrages du peuple détournés et on oblige l’opinion à consommer le hold-up en mettant à contribution les forces de l’ordre. Tout porte à croire que le « Leader nouveau » est accro des victoires scandaleuses. Son accession au pouvoir en 2005 a été unique. Après la première tentative avilissante, il a marché dans le sang et sur les crânes d’un millier de ses compatriotes pour accéder au pouvoir. A l’époque, un « mon pays » a été aussi filmé en train de détaler avec une urne sur l’épaule et l’image a fait le tour du monde.
Tino Kossi
Liberte hebdo


