L’histoire du royaume d’Abomey est traversée par une violente crise qui commence à sérieusement fatiguer les princes. Pour cela, ils ont décidé de mettre un terme à l’imbroglio qui fait de la capitale historique du Bénin une ville bicéphale, caractérisée par un monstre à deux têtes. Désormais donc deux rois ne règneront plus sur Abomey. Houédogni Béhanzin et Agoli-Agbo Dédjalagni sont départagés par les membres du comité de conciliation. Ce comité dirigé par sa majesté Dada Kpannan Adoukonou et composé des douze lignées du royaume et des représentants des cinq cantons a rendu son verdict après environ trois mois de dûr labeur. Il faut signaler que pendant les travaux les lignées Béhanzin et Mêlé Glélé avait démissionné. Il va donc de soit que la contestation des résultats des travaux soit éffective. En effet, juste après la publication du verdict, le roi Houédogni Béhanzin et toute sa cour ont réagit de façon énergique rejetant la décision des 15 membres qui ont siégé pendant 90 jours. Cette réaction de la famille Béhanzin qui n’est pas la première s’explique selon les tenants par le fait que le roi Agoli-Agbo ne serait pas un roi authentique du royaume de Danxomè. Mais à y voir de près, et en consultant l’histoire on se rend facilement compte que c’est la confusion dans la relation de l’histoire qui est à la base de la situation qui prévaut actuellement à Abomey. L’histoire est biaisée exprès et on tente de détourner les choses à son profit. Sinon selon les archives, c’est lorsqu’un roi meurt qu’un autre prend le trône. Et celui qui doit prendre le trône est désigné par le roi défunt. Et c’est ce qui s’est passé pour que le roi Agoli-Agbo 1er arrive au trône. D’ailleurs l’histoire le reconnaît comme le douzième roi d’Abomey et ceci de façon officielle. Normalement donc c’est à la lignée Agoli-Agbo qu’il revient de pourvoir à la succession au trône. Mais à la faveur d’une mascarade, le roi Langanfin Glélé de Zogbodomey a pris en otage le trône et a fait naître une logique nouvelle selon laquelle il fallait régner par rotation pour un mandat de cinq ans. C’est là que tous les problèmes ont commencé. Après le premier mandat, le roi Langanfin a refusé de céder le trône. C’est alors que les Béhanzin ont commencé à grimper le mûr pour occuper le trône de Danxomè au grand dam de la réglementation. C’est alors que les Houégbadjavis ont décidé de ramener l’ordre. Une élection a donc été organisée et a porté au trône le roi Dédjalagni. Depuis ce temps les Béhanzin n’ont cessé de troubler le royaume comme c’est encore le cas actuellement. Il faut donc dire que c’est une mauvaise interprétation de l’histoire qui est à la base des problèmes que traverse Abomey. Et cette même interprétation a fait omettre des pans importants de l’histoire tels que les règnes du roi Adandozan et de la reine Hangbé. Les historiens doivent orienter leurs recherches pour faire la lumière sur ces aspects. Mais en attendant, Abomey doit saluer son nouveau roi et le vénérer pour arrêter d’être une ville bicéphale.
Mathieu Dahandé

