D’où est partie l’idée de création de la compagnie ?
- C’était en 1989 alors que j’étais encore membre de la troupe «Taba», troupe artistique dirigée par Orphée Challa, un ainé à moi. Je militais dans cette troupe où nous menions notre activité artistique au sein du centre culturel américain. Il s’est fait qu’à la veille d’une représentation, le directeur d’alors nous avait demandé de lui proposer des rythmes béninois en lieu et place des pièces en français, pour lui permettre de tisser un lien avec ses origines. Malgré l’insistance du directeur d’alors, notre directeur artistique n’a pas voulu céder. C’est de là que je suis parti de la troupe «Taba ». Déjà, j’étais membre d’une association théâtrale dans ma paroisse St Thérèse de l’enfant Jésus sur la route de Porto-Novo. Alors j’ai eu la paroisse l’idée de créer, de redynamiser cette association. Et nous avons élargie les activités théâtrales à celles de danse. C’est ainsi qu’est née la compagnie. Chemin faisant j’ai compris également que sur la paroisse, il fallait passer toute création à la censure avant de pouvoir sortir. A un certain moment, je ne me suis plus retrouvé la géniale en adéquation avec le curé de la paroisse. J’ai déménagé. Je me suis installé en ville. La troupe qui appartenait initialement à la paroisse, est devenue «Compagnie art Yêkê yêkê » en 1989. Cette compagnie ne faisait que du ballet et du théâtre. En 1995, après sa refondation, «art yêkê yêkê» est devenue «espace Ashakata».
La troupe était connue sous l’appellation «yêkê yêkê», aujourd’hui c’est «Ashakata ». Pourquoi cette modification ?
- Gérer la vie d’une troupe n’est pas facile. En 1995 j’ai eu à essuyer un certain nombre de revers, dus au fait d’avoir fait confiance à certains individus de la compagnie. A un certain moment j’ai dit, qu’il faudrait que je change d’appellation pour redonner de nouveaux espoirs à la compagnie et surtout à la nouvelle vision que je me faisais pour elle. C’est ainsi que de «Yêkê yêkê» nous sommes devenus «Ashakata».
«Ashakata» signifie en langue haoussa «au plaisir». Pourquoi ce choix ?
- Nous avons choisi «au plaisir » parce que nous convions le public à une partie du plaisir avec les créations d’Ashakata. Nous avons hérité l’espace Ashakata de quelqu’un. Après mon passage dans la troupe Taba, j’ai milité dans le théâtre Ashakata de mon doyen Gratien Zossou. Nous nous étions Tellement engagés à travailler dans la compagnie, mais elle n’a pas subsisté. Vu tout ce que nous avons capitalisé, je me suis dit que ce serait mieux de reprendre l’appellation avec la bénédiction de son initiateur. Sous son autorisation nous sommes aujourd’hui connus sous cette appellation.
Quelle est aujourd’hui la constitution de la compagnie ?
- La compagnie est constituée de trois entités. La première c’est le théâtre qui nous a fait connaitre les planches, la deuxième c’est le ballet qui inclut la danse et la percussion et la troisième entité est la musique. Les membres d’Ashakata sont polyvalents. Ils sont à la fois danseurs, percussionnistes, musiciens, comédiens selon les circonstances.
Quel est le profil de chacun des membres ?
- A l’instar de toutes les compagnies que nous connaissons au Bénin, il est rare de ne pas trouver les gens qui ont d’autres activités pour accompagner l’art. Les membres d’Ashakata sont des gens de métiers qui se retrouvent les soirs pour s’adonner à une passion qui est l’art. Dans la compagnie il y a des maçons, des plombiers, des imprimeurs, des dessinateurs, des couturières, des danseurs, des musiciens de carrière, des étudiants et des élèves. Ensemble nous aspirons au professionnalisme pour pouvoir bénéficier à l’avenir de notre art.
L’artiste arrive-t-il à se nourrit de son art ?
- Je suis très embarrassé quand on me pose cette question ; mais je peux dire que l’art nourrit son homme. Si l’art est considéré comme une profession et vous y adonné du jour comme de nuit, tous les jours de la semaine, il n’y a pas de raison pour que l’art ne puisse pas nourrir pas son homme. Au Bénin l’artiste est sous-payé par rapport au travail qu’il fait. Il est contraint de faire quelque chose d’autre pour s’en sortir. A la suite d’une création si l’artiste peut passer une année sans fournir d’autres efforts pour rentrer dans la dynamique d’une nouvelle création, et se contenter de ce qu’il aura gagné, je crois que l’art peut nourrir son homme. Il y a de petits paramètres qui font qu’au Bénin on pense que l’art ne nourrit pas son homme.
Selon des sources, les artistes ont leur part de responsabilité dans cette situation, parce qu’il y a certains qui ne pensent qu’au lucre, au lieu de penser à fournir un bon produit au public. Etes-vous de cet avis ?
- Il n’y a que ces artistes qui ne savent pas pourquoi ils se disent artistes, qui pensent en premier au lucre. Voilà ce à quoi nous assistons, des œuvres qui ne sont bien mûres ni bien profilées qu’on met sur le marché, parce qu’on veut essayer pour voir les résultats. Pour certains artistes qui travaillent véritablement, le lucre n’est pas au premier plan. C’est d’abord le travail bien fait, une œuvre artistique bien fignolée. Le problème qui se pose aujourd’hui est celui de subsistance. Quand l’artiste arrive à survivre et qu’il sort une œuvre bien manufacturée, il n’y a de raison pour que l’argent ne suive pas.
Comment vous-organisez-vous au sein du groupe pour satisfaire le public ?
- A l’instar des autres troupes nous avons des problèmes, tels que la gestion des humeurs des membres du groupe. Mais cela n’empiète pas sur le travail. Lorsque nous avons des objectifs à atteindre nous travaillons. Notre travail est basé sur les recherches du point de vue patrimonial, parce que nous abordons davantage le patrimoine immatériel où nous tirons la plupart des éléments de notre répertoire. Lorsque l’un d’entre nous sent le besoin de faire connaitre un rythme ou une danse, il partage son avis et s’il cela nécessite des recherches complémentaires nous les faisons. S’il faut aller à la source. Nous travaillons dans une ambiance de convivialité. Nous essayons de partager nos expériences et nos connaissances.
Que faites-vous pour la promotion des rythmes béninois ?
- Pour la promotion de notre patrimoine, nous créons des spectacles de musique, de danse, de théâtre. Aussi nous n’hésitons pas à saisir les opportunités d’animation qui s’offrent à nous pour parler de notre culture. Partout où nous sommes invités, nous essayons aux mieux de faire la promotion des rythmes béninois que ce soit ici ou ailleurs. Notre répertoire est basé sur la promotion du «vodoun ».La promotion de notre culture passe également par la sortie prochaine de notre album de six titres qui va consacrer le groupe et qui va faire découvrir dix rythmes béninois dont «atinhoun», «ninhoun», «azè», «massè». Depuis quatre mois Ashakata band est en studio. Dans nos chansons nous abordons tous les thèmes qui parlent de la vie. Entre autres l’amour, la patience, le cultuel. Nous n’avons pas de restrictions.
Le dimanche 21 février dernier vous étiez au festival «Sèkanami». Que pensez-vous de l’accueil du public d’Adjarra ?
- Nous étions très satisfaits de l’accueil du public d’Adjarra. Il est sorti massivement pour accueillir le festival. Nous sommes contents de l’organisation. Quand vous faites quelque chose, les gens n’hésitent pas à vous critiquer. Les critiques ont été dans les deux sens pour nous. Dans le sens de l’amélioration de notre art et dans celui de la continuation. Certains ont même dit qu’Ashakata band a été le seul a donné plus d’enthousiasme au public. Cela prouve que notre travail est bien suivi par les populations. Quand nous jouons les gens accueillent toujours favorablement ce que nous faisons et nous encouragent à aller de l’avant. Pour que le groupe soit connu, il nous faut multiplier les spectacles. Actuellement nous sommes en pleine création.
Actuellement le téléchargement illégal appelé «piraterie» est en vogue. Quelle est votre position par rapport à cela ?
- Tant que les produits sont réalisés il y a toujours les pirates à côtés pour gagner de façon déloyale leur pain. Par rapport à la sortie de notre album, on ne peut que souhaiter que les pirates nous laissent souffler, pour que nous bénéficiions de notre art. On ne peut qu’encourager les bureaux béninois des droits d’auteurs qui sont montés un peu partout pour lutter contre le phénomène.
Propos recueillis par Janvier AHISSOU(Stag)

