Une visite de courtoisie et d’assistance. C’est la démarche du ministre Ganiou Soglo à l’endroit du célèbre artiste ‘’le gentleman GG Vikey’’ qui est dans un coma depuis peu. En effet, le ministre n’a pas pu dialoguer avec celui-ci puisqu’il ne parlait pas ni ne bougeait. En un mot Gustave Gbénou Vikey, qui chantait bien avant l’accession du Bénin à l’indépendance, est aujourd’hui insensible à tout mais vit toujours. Ganiou Soglo donne de fermes instructions à la directrice du fond d’aide à la culture afin que GG Vikey ne manque de rien jusqu’à son rétablissement. Le ministre est profondément attristé par l’état de santé de ce musicien cher pour le Bénin et même pour l’Afrique. Selon les témoignages, c’est suite à une crise cardiaque que le chanteur GG Vikey est admis dans ce coma.
La carrière de ‘’gentleman GG Vikey’’
Sur le disque, figurent quatre chansons : « Sur le lac Ahémé », « Le Mal du pays », « Ma petite Jeanne », « Laisse-moi t’embrasser ». Mais de tous ces morceaux, c’est « Sur le lac Ahémé » qui est plébiscité. L’accueil au Dahomey et dans la communauté noire de Paris est enthousiaste. L’année qui suit, c’est-à-dire en 1964, la jeune vedette passe à la vitesse supérieure avec un super 45 tour, l’inoubliable disque « gentleman Vikey », l’album de tous les records.
En fait, « gentleman Vikey » est une composition d’un musicien nigérian Bobby Benson intitulé « gentleman Bobby ». Bobby était à l’époque un grand musicien, chef d’orchestre (Bobby Benson and his Combo) qui a imposé le high life nigérian.
En reprenant le morceau fétiche « gentleman Bobby », Vikey lui donne une connotation particulière, faisant de son personnage l’éternel séducteur que s’arrachent les femmes. L’album est numéro 1 au hit parade africain, de 1965 à 1968 !
Avec cet enregistrement, le jeune étudiant a de quoi s’offrir un voyage sur sa terre natale. Héros d’une musique populaire, ses retrouvailles avec le Dahomey seront ponctuées de concerts aussi bien à Cotonou, à Porto-Novo qu’à Lomé. Désormais, ses fans se recrutent un peu partout en Afrique.
Après le Havre, et Toulouse, Vikey poursuit ses études à l’Ecole Supérieure de Commerce d’Amiens où il obtient son diplôme en 1967. Entre-temps, il enregistre son troisième album « vive l’Afrique », puis un quatrième « Vive les vacances », puis un cinquième « va-t’en donc ».
Le militant et le clerc
Si le musicien est un observateur attentif de son milieu, il reste, avant tout, un militant de la cause noire. Bien même avant d’aller en France et de s’inscrire dans le courant de pensée des poètes de la Négritude, GG Vikey célèbre déjà les valeurs de la civilisation africaine, contrairement au négationnisme de l’Afrique que prône la colonisation. Arrivé en France, ce sentiment se renforcera par la lutte que mènent les intellectuels, les écrivains et les artistes de la diaspora. D’ailleurs, il insiste pour qu’on mette sur ses premières pochettes le surnom de « chantre de la négritude »
A l’époque, les rythmes dominants en Afrique étaient le high life ghanéen, la rumba congolaise et le calypso caribéen. GG Vikey était partagé entre ces trois rythmes. Fallait qu’il trouve le juste milieux ou alors les adapter à sa musique.
Il fera le choix du high life à la sauce dahoméenne. Un rythme en deux temps, battu par une tumba, joué par petites touches avec parfois de petits roulements. En fond sonore, des notes d’accompagnement que domine, de temps en temps, la guitare solo.
Dans toutes ses compositions inoubliables, GG Vikey y déploie son talent d’observateur attentif de la vie quotidienne de l’Afrique profonde. Une Afrique dont il exalte les valeurs et les multiples facettes.
Mais dans toutes ces chansons, il y a toujours en arrière plan, des préoccupations politiques. L’artiste aborde des thèmes graves comme la décolonisation de l’Afrique, l’apartheid dont le continent, en sa partie australe, était encore l’objet. Avant tous les artistes, GG Vikey avait chanté la roue qui tourne.
Mais le thème récurrent de GG Vikey, c’est l’Afrique positive, les paysages enchanteurs, les joies, les peines, toutes les étapes de la vie : de la naissance à la mort, en passant par le mariage.
Tout le monde se reconnaît dans ses chansons et dans ses textes. Les familles ont adopté « Dieu te bénisse » pour le baptême de leurs nouveaux-nés. Dans les cérémonies de mariage, on joue « vive les mariés ». Les mères, pour endormir leurs enfants, fredonnent « la berceuse du Mono ». Pour tourner en dérision les vantards et les grands bouffis de ce monde, on chante volontiers « Vikey est mort ». Les révolutionnaires, eux, ont élu « la roue tournera » comme leur hymne. Bref, une variation de thèmes et d’inspiration qui est parvenue à emporter l’adhésion de tous.
Au total, GG Vikey a sorti six 45 tours, un trente tour avec une quarantaine de chansons.
Incompréhensible sortie
Mais le héros va vite se taire. Prolifique dans sa jeunesse, très inspiré pendant ses années d’études, Vikey va progressivement arrêter son rythme de composition en même temps que ses apparitions en public. Il a fait des études de commerce et de comptabilité. Engagé à la fonction publique en juin 1968, il commence à occuper des postes de responsabilité dès 1970. Notamment comme Chef contrôle des prix au ministère des finances, puis chef de production industrielle. Directeur général de la Loterie Nationale, directeur d’ungrand hôtel appartenant à l’Etat, puis directeur des loisirs au ministère du même nom. Désormais, il est un haut fonctionnaire de l’Etat, obligé, semble-t-il, de tenir son rang. Mais on raconte aussi que des problèmes personnels liés notamment à sa vie de famille, lui ont sapé le moral et éloigné du monde musical.
GG Vikey devient sombre, enfermé sur lui-même et solitaire. Bien vite, on le soupçonne de dépression. Il redevient un simple fonctionnaire du ministère de l’économie affecté dans les poussières d’un bureau où on l’appelle « doyen ». Des producteurs tentent de l’arracher à l’anonymat et lui proposent des remakes de ses anciens morceaux. Des remakes faits avec des instruments à vent, et sur des rythmes « cavacha » à la congo-zaïroise. Malgré des prestations honorables, son nouveau disque ne soulève pas les foules. Il semble que le héros ait déjà tout dit. C’est alors qu’il fut admis à la retraite.

