Le parcours hors norme de Nelson Mandela, paria devenu icône
C’est l’Afrique du Sud tout entière qui commémore, ce 11 février, le 20e anniversaire de la libération de Nelson Mandela. Héros de la lutte anti-apartheid et premier président noir d’Afrique du Sud, Nelson Mandela est aujourd’hui âgé de 91 ans. Sa santé déclinante le contraint à raréfier les interventions publiques, mais il devrait malgré tout faire une apparition vers 19 heures (18 heures, heure française) au Parlement sud-africain, dans la ville du Cap.
Pour le reste des festivités, c’est son ex-épouse, Winnie Madikizela-Mandela, venue l’accueillir lorsqu’il avait émergé, le 11 février 1990, de 27 années d’emprisonnement, qui va retracer ce jour historique. Accompagnée de membres de sa famille et de dignitaires du parti au pouvoir et ancien mouvement de lutte, le Congrès national africain (ANC), elle va descendre de nouveau la route sortant de la prison Victor Verster, à Paarl, près du Cap, comme elle l’avait fait à ses côtés 20 ans plus tôt.
Déjà, devant les portes de Victor Verster, qui acquiert jeudi le statut de monument historique, politiciens et vétérans de la lutte se sont réunis près d’une statue figeant Mandela dans ses premiers pas d’homme libre, le poing dressé en signe de victoire. «Madiba (nom de clan de Mandela, ndlr) était le symbole de quelque chose de beaucoup plus grand», a souligné le ministre au Plan de l’actuel gouvernement, Trevor Manuel. «Aujourd’hui, nous célébrons et nous nous rappelons ce à quoi nous voulons parvenir», soit l’égalité des chances pour tous, a-t-il lancé à la foule, qui dansait et scandait, comme il y a 20 ans : «Amandla ngawethu (pouvoir au peuple) !»
En effet, avec la libération de Mandela, le changement politique a été radical en Afrique du Sud. Les lois ségrégationnistes sont démantelées, la démocratie est installée et le pays se dote de l’une des Constitutions les plus libérales au monde. Reste que seize ans après les premières élections multiraciales qui ont porté Mandela au pouvoir, 43 % des 48 millions de Sud-Africains vivent toujours avec moins de deux dollars par jour.
Mandela, portrait ambitieux mais frustrant
Nelson Mandela, un incroyable parcours. : DR
C’était le sourire de la liberté. Retrouvé il y a tout juste vingt ans. Nelson Mandela, rendu à son destin, le 11 février 1990, méritait bien qu’on s’attarde enfin sur sa fabuleuse histoire.
Le documentaire de Joël Calmettes pour la série Infrarouge tente d’en résumer les grandes étapes, avec un parti pris narratif étonnant : vouvoyer la légende et lui rappeler son incroyable parcours. Celui d’un homme emprisonné pendant vingt-sept années, mais capable, dès sa sortie, de se focaliser sur la souffrance des siens.
Le futur prix Nobel de la paix a toujours eu l’intelligence suprême de ne pas rendre les coups, pour mieux isoler ses adversaires racistes dans leur inhumanité. Et une fois au pouvoir, le pardon plutôt que la haine, le dialogue plutôt que le silence.
Pour donner de la chair à la succession d’images d’archives, les nombreux témoignages de proches (soutiens ou adversaires) jouent bien leur rôle. Mais on ne saura rien de la complexité de l’Afrique du Sud de l’époque, ni des blessures intimes de Mandela. Ce film a le défaut de sa qualité : ne pas dissocier l’icône de l’histoire de son pays. Passionnant, mais insuffisant.
Aujourd’hui, l’Afrique du Sud fête le 20e anniversaire de sa sortie de prison. À Soweto, près de Johannesburg, le premier président post-apartheid est plus vénéré que jamais.
Johannesburg. De notre correspondante
Habillées de robes écarlates, brodées de perles, les femmes hululent en accueillant les jeunes mariés. Parmi les convives vêtus de parures africaines, il y a plusieurs Blancs, amis ou collègues. Il y a vingt ans, une telle scène aurait été impensable. « Mandela a rendu cette réconciliation possible. Il nous a tous surpris en tendant la main à l’oppresseur dès sa sortie de prison, raconte Mandla Maseko, oncle de la mariée et ex-militant anti-apartheid. Il nous a montré que l’avenir du pays était plus important que l’esprit de revanche. Grâce à lui, l’hostilité entre les groupes raciaux s’est dissipée, même s’il y a encore du chemin à faire pour atteindre une vraie réconciliation ».
Parmi les convives, Keith Desmond, un homme d’affaires blanc de 54 ans, se rappelle du 11 février 1990 : « Tous les Sud-Africains étaient scotchés devant leur téléviseur et nous étions enthousiastes. Sans Mandela, il y aurait eu un bain de sang. Je pense que la grande majorité des Blancs ont embrassé le changement et je crois en l’avenir de ce pays ».
Plus adulé que jamais, « Tata Madiba » (le grand-père) fait presque figure de saint aux yeux des Sud-Africains. Même pour les jeunes, qui n’ont pas connu l’apartheid, il reste une source d’inspiration, comme l’explique Karabo Mpheta, 21 ans : « Il nous a montré que, quelles que soient les difficultés, tout le monde peut réaliser son rêve ! ».
Percival Chiloane espère, lui, que Mandela vivra pour l’éternité. « C’est notre messie et quand il disparaîtra, l’ANC perdra les élections, prédit cet homme qui avait 17 ans lors de la libération de Mandela. En 1990, on pensait qu’on allait avoir des maisons, des emplois, que les enfants auraient une éducation gratuite. Mais on est loin du compte ! ». Effectivement, même si une nouvelle bourgeoise noire est apparue, le chômage et les inégalités sociales ont augmenté. Sida et corruption sont devenue des fléaux. Il reste à l’Afrique du Sud post-apartheid un long chemin à parcourir.
Valérie HIRSCH.
Mandela : les dates clés
18 juillet 1918 : naissance dans la province du Cap oriental.
1944 : il rejoint le Congrès national africain (ANC) qui lutte contre le pouvoir blanc.
12 juin 1964 : condamné à la prison à vie pour terrorisme.
11 février 1990 : libéré sans condition par le président Frederik Willem de Klerk.
1993 : prix Nobel de la paix conjoint avec FW de Klerk.
Avril 1994 : élu premier président noir d’Afrique du Sud.
1999 : il se retire de la vie politique.



A voir aussi sur Mandela et l’Afrique du Sud aujourd’hui, le très beau visuel interactif Un jour de février sur le site du Monde.fr.