L’Afrique est le continent le moins pollueur, c’est pourtant elle qui paiera le prix le plus cher à la pollution traduite en réchauffement climatique et, plus précisément, en inondations et en sécheresses, en réfugiés et en cadavres. Sans cynisme, mais avec un réalisme sans fard, il est prévu que meurent 700.000 enfants africains avant l’âge de un an à cause des effets cumulés de la malnutrition, du délabrement accru des services de santé, de la raréfaction de l’eau potable et des pertes d’emploi. Non pas que ce chapelet soit nouveau, mais il sera accentué et allongé par le réchauffement climatique. La Banque mondiale prévoit que entre 9 et 20 % des terres arables de la région subsaharienne seront beaucoup moins cultivables d’ici à 2080, et elle apporte la précision que 86 % des terres sont déjà en situation de stress hydrique. Voilà quelques prévisions. Et il y a certainement pire.
Pour faire face au mauvais et au pire, le sommet de Copenhague, sur sa demande insistante, accorde à l’Afrique de l’argent. Mais à quoi cela peut-il servir en la circonstance ? Faut-il vraiment être un pessimiste incorrigible pour voir en ce geste une insulte ou, tout au moins, un leurre de plus ? Nul n’est dupe. Nous savons pourquoi, à Copenhague, nous avons demandé de l’argent, et nos partenaires au développement le savent aussi. Ils ne perdent jamais le nord, sinon ils nous auraient déjà aidés à nous développer. Ils savent, comme nous, à quoi servira cet argent. Ils savent, et nous le savons aussi, que, dans nos ministères et dans leurs ambassades, les officines sont déjà en branle pour créer, partout en Afrique, la filière réchauffement climatique, comme l’on a créé la filière sida pour un enrichissement nouveau. Le travail nécessitera beaucoup de 4X4 dernier cri, à cause de l’état désastreux de nos routes ; il faudra, bien entendu, des bureaux luxueux, conséquemment climatisés ; des séminaires de formation, de sensibilisation et de validation auront lieu à Honolulu et à Kamchatka, auxquels les Africains seront naturellement invités et où ils se rendront en sautant joyeusement d’avion en avion, ne serait-ce que pour l’épaisseur entrevue des per-diem ; gros salaires et gros per-diem cumulés pourraient donner naissance à Cotonou à un quartier résidentiel »réchauffement climatique » pour faire pièce au quartier résidentiel »nouveaux programmes » d’antipatriote mémoire, sis à Porto-Novo. Les voyages, les climatiseurs, les pauses-café enrichies lors des séminaires, les hôtels quatre-étoiles et consorts, seront payés par l’argent mis à disposition à Copenhague, ainsi d’ailleurs que les gros salaires et les gros per-diem, qui serviront à faire venir d’outre-mer les matériaux pour les villas du quartier résidentiel qui gardera mémoire idiote se des retombées en liasses bancaires du réchauffement climatique.
Pendant les séminaires et les affaires, les émissions de gaz à effet de serre, venues essentiellement d’autres cieux, auront poursuivi, voire parachevé, sur l’Afrique leur travail d’encerclement et d’envoûtement quasi sorcier. Même le beau quartier résidentiel »réchauffement climatique » devra s’y faire, c’est-à-dire sombrer, noyé dans les eaux ou brûlé par l’incendiaire canicule. Dans ces cas de figure, appelés impasses ou quadrature du cercle, nos vieilles mamans illettrées exigent que l’on s’en remette à Dieu. Mais est-ce encore possible et salutaire quand temples et couvents auront disparu avec des prêtres nombreux et que les survivants ne seront plus guère en mesure de prier et d’offrir des sacrifices ?
Voilà pourquoi, sans que l’on soit Cassandre et d’un pessimisme incorrigible, Copenhague apparaît comme un leurre et n’est certainement pas la solution au problème africain. Les Africains comme les Occidentaux le savent. A Copenhague, aurons-nous donc sorti à nouveau le grand jeu de l’hypocrisie mondiale ? Il semble pourtant qu’il ne faille pas s’amuser, car une fois encore, comme dans le cas du sida, nous voilà tous concernés, sans que l’argent soit la solution ; il n’a plus le dernier mot si jamais il l’a eu quelque part. Que faire ? »En attendant Godot », nous munir d’un mâle courage pour subir sans anesthésie l’opération à cœur ouvert que nous promettent nos dérives consuméristes, en Afrique et en Occident. Car il naît un nouvel impératif catégorique : tous coupables mais pas tous responsables.


