
Sept chefs d’Etat et plusieurs chefs de délégation ont signé lundi au palais des congrès de Cotonou l’appel contre les faux médicaments. C’était au cours d’une rencontre internationale initiée par la fondation Chirac de l’ancien président français Jacques Chirac. L’objectif de cette rencontre qui vient en prélude à une conférence internationale sur les faux médicaments à Genève en 2010 est de lutter contre la fabrication et la mise en vente de médicaments nocifs à la santé des populations, surtout celles africaines. La rencontre a connu une mobilisation impressionnante.
De toutes les inégalités, la plus cruelle est celle qui touche la santé. Et dans un conteste où les faux médicaments envahissent les marchés de vente de médicaments, cette injustice s’accroit sans cesse. En effet un faux médicament est un produit qui a été délibérément ou frauduleusement mal étiqueté. Ce sont les produits falsifiés, les faux vaccins et les faux dispositifs médicaux, les médicaments de qualité inférieure, les médicaments vides et les médicaments avec erreur de principe actif. Ces produits qui ont un effet nocif sur la santé humaine représentent 10% des médicaments vendus au plan mondial et environ 75 milliards de dollars de chiffre d’affaire. Ces statistiques prenant des ampleurs inquiétantes, il est urgent d’agir. C’est pourquoi la fondation Chirac a initié la rencontre de Cotonou pour lancer un appel à tous les acteurs qui interviennent ou peuvent intervenir dans la lutte contre ce fléau afin que cesse cette criminalité complice. Le Libéria, le Nigéria, le Congo, le Burkina Faso, le Sénégal, le Niger, le Togo, le Monaco, le Chili, le Laos, la Côte d’ivoire, la Tanzanie, la Centrafrique, la Mauritanie, la Corée du sud, la France, l’union africaine l’union européenne et les nations unies ont répondu présent à l’appel de Cotonou. A l’arrivée des délégations le président Boni Yayi leur a souhaité la bienvenue en rappelant que la lutte contre les faux médicaments est un engagement pour son gouvernement. Car la santé est une condition essentielle pour le développement. Mais la tâche à abattre n’est pas négligeable. Au Bénin par exemple on dénombre plus de 6000 vendeurs de faux médicaments qui reçoivent 85% des consommateurs de produits médicaux soit un manque à gagner de 30 milliards pour les pharmaciens et près de 4 à 5 milliards d’évasion fiscale chaque année. A sa suite les ministres de la santé du Laos, du Chili, le député français Louis Michel représentant l’union européenne, la représente de l’union africaine, le représentant des Nations unies et le président du Faso Blaise Compaoré ont creusé davantage l’abcès. Pour le président sénégalais Abdoulaye Wade, il faut aller à la source pour lutter contre les faux médicaments. Par exemple propose t-il on peut installer une inspection générale des médicaments en Afrique. Le mal est vraiment profond a reconnu le président Chirac. Et pour le combattre, il faut une volonté politique affichée. En effet l’économie criminelle des faux médicaments révolte parce qu’elle s’attaque aux pays pauvres et aux familles les plus démunies. Pour lui on ne doit pas parler seulement de faux médicaments mais d’une organisation volontaire d’homicide en bande structurée. Car selon le dernier sondage de l’OMS, un médicament sur quatre vendus dans les pays en développement est faux. Il faut donc agir et vite. Et c’est pourquoi en invitant les chefs d’Etat et de délégation présents à signer l’appel de Cotonou le président de la fondation Chirac les a conviés à une conférence internationale en 2010 à Genève pour une résolution internationale sur la question. La rencontre de Cotonou s’est achevée sur le slogan « les faux médicaments ça tue, les médicaments de la pharmacie j’ai confiance ».
Lire l’appel de Cotonou signé par les chefs d’Etat et de délégation présents.
» Nous, chef d’Etat, ou ancien chef d’Etat, responsables politiques et citoyens des nations d’Afrique, des Amériques, d’Asie et d’Europe,
Réunis à Cotonou ce lundi 12 octobre 2009 à l’invitation de son excellence le docteur Thomas Boni Yayi, président de la république du Bénin et à l’initiative de la Fondation Chirac,
- Considérons que l’accès universel à des soins et des médicaments de qualité est un droit fondamental
- Considérons que dans la plupart des pays en développement des franges importantes de la population n’ont pas accès à ce droit fondamental, ce qui est contraire à la dignité humaine et constitue une injustice génératrice de déséquilibre et de tension ;
- Considérons que la production et la vente de faux médicaments constituent un crime et une atteinte à l’ordre public ;
- Considérons que le trafic international des faux médicaments nuit gravement aux relations pacifiques entre les Etats ;
- Considérons qu’un terme doit être mis le plus rapidement possible à la production ; au trafic international et à la commercialisation illicites des faux médicaments ;
En conséquence, nous
. Exprimons le vœu que les Etats mettent en œuvre, sans délai, des politiques sécuritaires d’accès universel à des médicaments de qualité, en cohérence avec les objectifs du millénaire pour développement ;
. Exhortons les chefs d’Etat et de gouvernement, les responsables d’organisation internationales et d’organisation non gouvernementales à prendre la pleine mesure des enjeux de santé et de sécurité publiques liés au fléau des faux médicaments et à décider au plan national de mesures appropriées :
- La mise en application stricte des textes législatifs et règlementaires dans les Etats qui en disposent ; et l’instauration d’un cadre législatif et règlementaire, là où il fait défaut ;
- La mise en place, sur le terrain, d’instruments efficaces de lutte contre le trafic ;, avec des personnels formés et des dispositifs répressif adaptés à la réalité du trafic des faux médicaments ;
- Le renforcement des capacités des personnels de santé dans la prévention et la lutte contre les faux médicaments ;
. La sensibilisation et l’information du public sur les méfaits des faux médicaments ;
A cet effet,
. Nous engageons à œuvrer ensemble en vue d’éradiquer la production, le trafic et le commerce illicite des faux médicaments ;
. Appelons à la responsabilité de tous les acteurs, y compris des populations, pour mettre en œuvre les dispositifs qui s’imposent ;
. Proposons d’accroitre la mise à disposition de médicaments génériques de qualité pour tous, notamment ceux de la liste des médicaments essentiels établie par l’organisation mondiale de la santé.
. invitons les chefs d’Etat et de gouvernement, les responsables d’organisation internationales, d’organisations non gouvernementales et les chefs d’entreprise concernées à se réunir à Genève en 2010 pour une conférence mondiale visant à arrêter les principes de base d’une convention internationale de lutte contre les faux médicaments. «
Mathieu Dahandé

