Après le carnage de Conakry, le capitaine Dadis, Chef de l’Etat et du Gouvernement et, probablement, chef des Armées, s’est dit »très désolé », et a laissé entendre qu’il ne contrôlait pas son armée. Plus de cent cinquante morts d’un seul coup, des femmes dénudées et violées à ciel ouvert, des milliers de blessés. Un stade contenu entre quatre murs et transformé par des soldats armés en camp de concentration pour les Guinéens qui s’y étaient assemblés pour écouter des leaders politiques. Les soldats ont tiré sur une population qui ne présentait aucun danger pour la sécurité. »Désolé ». Aucun des tireurs-violeurs n’a été arrêté.
Pendant que la soldatesque guinéenne tuait et violait en plein air, Hissène Habré du Tchad, tout de blanc vêtu, intentait un procès à l’Etat du Sénégal pour échapper au procès à lui intenté par le Comité de l’ONU sur la demande des survivants de ses milliers de victimes dans les geôles de son pays pendant le temps où il en était le maître absolu. Hissène Habré, encouragé par la bonne volonté que met l’Etat sénégalais à ne pas le juger, aura trouvé ce moyen d’aider Abdoulaye Wade à faire prospérer l’impunité des responsables africains. Car manifestement, le président sénégalais, imbu de sagesse, n’entend pas être celui par qui arrivera le scandale de rupture avec une belle coutume d’impunité des chefs africains.
Moins d’une semaine après le carnage de Conakry et pendant que court le procès de Hissène Habré contre l’Etat sénégalais, l’Etat ivoirien a offert des obsèques solennelles au cadavre de Robert Guéi, assassiné il y a sept ans en même temps que son épouse et tous ceux qui étaient ce jour-là dans la maison avec eux. L’homme a été général et chef d’Etat. Sept ans après son assassinat et celui des siens au même endroit, il a été enterré avec les honneurs dus à son rang sans le moindre indice sur ses assassins et sans la moindre plainte contre X pour un éventuel procès contre ses assassins. Si en les retrouvant, on retrouvait des chefs africains ? Il vaut donc mieux enterrer la victime avec les honneurs et s’en arrêter là. Désolé.
Guinée, Sénégal et Côte d’Ivoire, même impunité ? Oui, mais pas à cent pour cent. Ou plutôt, si ! Mais seulement pour les différents chefs dont les crimes économiques et les crimes de sang sont d’importance. Car si ces trois pays ressemblent au Bénin – ce qui est le cas – l’on doit rencontrer dans leurs prisons des tas de voleurs de moutons ainsi que des femmes qui ont défiguré leurs rivales à coups de tessons de bouteille. Le vol de mouton et la défiguration des femmes qui vous disputent votre mari sont interdits par la loi. Les voleurs de mouton et les épouses vengeresses attendent de longues années dans la prison centrale de Cotonou sans parfois jamais être jugés. On les a oubliés. Et c’est aussi un aspect de l’impunité. Pour palier cet aspect, la population a pris les choses en main : elle brûle dans la joie populaire les voleurs de moto et de mouton sur qui elle pose la main. Et il n’y a jamais de plainte contre X pour un éventuel procès des assassins. Les pouvoirs publics s’en foutent complètement. Désolé.
Les adversaires politiques ont tendance à peindre en noir le pouvoir en place. Il est donc difficile de les croire sur parole. L’un d’eux est allé jusqu’à dire qu’il n’y a plus de démocratie au Sénégal sous Wade. Exagération sans doute. Mais il est évident que Wade a rendu plusieurs visites à Dadis, qu’il a pris sous sa protection dès le coup d’Etat qui a renversé courageusement le cadavre de Lansana Conté. Et l’on se demande encore quelle peuvent être les raisons de l’engouement de Wade pour un Dadis dont le rôle dans l’armée guinéenne était de maintenir toujours un bon niveau de carburant dans les réservoirs des véhicules. En tout cas, sont très concrets le show Wade-Dadis et le silence des chefs d’Etat africains sur le massacre de Conakry. Guinée, Sénégal, Côte d’Ivoire, Bénin, etc., les loups ne se mangent pas entre eux. Tant pis pour les populations humaines qui se laissent manger par eux. Désolé.
Jusqu’au 25 octobre, les évêques africains sont réunis au Vatican pour un synode – le deuxième du genre – destiné à étudier quel peut être l’apport de l’Eglise catholique à la solution des crises dont l’Afrique est devenue le théâtre permanent. Puissent-ils d’abord bien diagnostiquer le mal pour éviter la désolation ; Il s’appelle : Impunité, Impératrice d’Afrique.


