Les derniers développements de l’actualité nationale du Bénin au sujet des milliards dilapidés dans le cadre de la Cen-sad nous amène à réfléchir davantage sur le phénomène de la corruption et de la mal gouvernance. Comment se fait-il qu’en dépit des multiples systèmes de vérification et de contre expertise mis en place par nos différents gouvernements, la corruption comme un virus évolue et s’adapte à différents dispositifs. Une situation déplorable qui nécessite qu’on y prête une attention particulière. Ne dit-on pas avec raison qu’il vaut mieux prévenir que guérir ? Il faut rappeler que la corruption est globalement un détournement ou un trafic de fonction dans le but d’obtenir un avantage direct ou indirect. Il y a donc dans cette opération un corrupteur et un corrompu. C’est la corruption active et la corruption passive. Un ministre peut, compte tenu de sa position, user de trafic d’influence sur un directeur sous sa tutelle pour accorder un avantage indu à ses proches. De même la corruption peut revêtir les pratiques de recel, de blanchiment d’argent, d’enrichissement illicite etc. Malgré les milliards dépensés chaque année pour lutter contre ce fléau, le fléau persiste. Il urge, si on veut réduire ou éradiquer la corruption de repenser la gouvernance des dépenses publiques. D’abord, nous pensons que les organisations de la société civile et les structures de contrôle qui luttent contre la corruption interviennent comme des « médecins après la mort » puisqu’elles ne font que constater les dégâts. Le fonac, l’OLC, l’IGF et même l’IGE ne dénoncent que des faits déjà avérés. C’est cette tendance qu’il faut à mon avis inverser. Pourquoi ne pas mettre au niveau de chaque ministère un comité mixte indépendant gouvernement- société civile -députés dont le visa est requis pour toute dépense publique d’un certain montant ? Ce faisant, que ce soit en procédure d’urgence ou non, un regard extérieur et impartial peut apprécier à juste titre l’utilité de toute dépense publique et aviser ou non. Ce serait déjà mieux que de mettre sur pied après-coup des commissions de vérification budgétivore. Ensuite, il faut pouvoir éditer chaque année un recueil de matériaux et consommables avec des prix raisonnables validé par l’Assemblée Nationale en Décembre et utilisé dans tous les services publics pour tout achat. Dans le même sillage, les parlementaires doivent renforcer notre arsenal juridique par des lois fortes et répressives allant jusqu’à la privation de liberté à perpétuité pour décourager à jamais tous les corrupteurs et corrompus. Il est vrai que des textes existent dans ce sens ; Mais nous croyons qu’il faut les corser. Le tout premier dans ce domaine c’est bien évidemment la convention des Nations Unies relative à la lutte contre la corruption adoptée à Mérida au Mexique le 31 octobre 2003. Le Bénin, comme bon nombre de pays africains, a ratifié cette convention qui est restée une lettre morte en termes d’application. La convention de Maputo est aussi allée dans cette ligne tout comme le Protocole de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), le code pénal et les politiques de bonne gouvernance des Etats africains. Pourtant, la corruption grimpe. Il faut donc des mécanismes d’application rigoureuse des textes existants et aussi des lois plus vigoureuses, véritables instruments de dissuasion pour débarrasser les populations africaines des oripeaux de la corruption, de racketteurs politiques, de la ploutocratie et de la ‘mangeocratie’, entendez détournements de deniers publics, érigés en normes de gouvernance. Tout cela ne sera vrai qu’avec une presse professionnelle, indépendante et libre de toute inféodation au pouvoir politique et aux grands groupes financiers. Ainsi avec une bonne loi sur l’accès à l’information, les professionnels des médias joueront pleinement leur rôle pour démasquer tous les délinquants financiers et contribuer significativement à la lutte contre la corruption. Mais au préalable l’écurie de la presse elle-même devra être nettoyé à l’eau de javel pour en extirper toutes les velléités de corruption dues à l’absence de salaires et aux conditions inhumaines de travail. C’est à ce prix que l’Afrique fera un nouveau pas en avant dans l’éradication de cette vermine.Ulrich Vital Ahotondji
‘MANGEOCRATIE’ ET PLOUTOCRATIE DANS LES ETATS AFRICAINS : Réinventer la lutte contre la corruption
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20 juillet, 2009
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