Les gros porteurs sont présents en stationnement de jour comme de nuit sur les voies principales conduisant au port autonome de Cotonou. Une présence gênante et agaçante pour les populations qui ne cessent de grogner et d’exprimer leur désarroi. Nombreux sont les cas d’accidents signalés du fait de ces stationnements anarchiques. Pourquoi les choses sont ainsi ? Qu’en pensent les syndicalistes et que font les autorités en charge des transports terrestres ?
De l’Eglise st Jean en passant par le quariter Zongo jusqu’au port de cotonou, il y a toujours des camions en stationnement. Idem du boulevard de la Cen-sad jusqu’à l’entrée du port. Godomey, calavi, Akpakpa etc. partout à Cotonou, on retrouve constamment un camion mal garé. Les files des gros porteurs sont parfois si longues que la circulation sur ces différentes artères est angoissante. En recoupant les différentes informations reçues, on peut dire que le stationnement des gros porteurs dans la ville de Cotonou et ses banlieues est dû à plusieurs facteurs. D’abord le développement des activités portuaires. En effet, le port autonome de Cotonou connaît un regain de fréquentation comparativement aux années antérieures du fait des lourds investissements consentis par l’Etat béninois pour sa compétitivité. Le port de Cotonou devient peu à peu le centre de convergence des investisseurs et un pilier incontournable de la croissance économique. Avec le soutien du Millenium Challenge Account (MCA), deux nouveaux quais de -14 sont en construction. Tous ces éléments font que les commerçant ont de plus en plus besoin de moyens de transport pour tourner leur commerce. Le nombre des camions gros porteurs s’est donc considérablement accru. Le deuxième élément, c’est ce qu’on peut appeler le parrainage. Tous ces véhicules en stationnement appartiennent à des hauts cadres de l’Etat qui interviennent à tout moment lorsque les forces de l’ordre les interpellent pour mauvais stationnement. C’est ce que nous apprennent certains membres de l’une des unités d’intervention des hommes en uniforme chargés de la réglementation de la circulation. Selon ces soldats qui ont requis l’anonymat, chaque fois qu’ils rappellent à l’ordre ou verbalisent un gros porteur, ce sont des menaces qui s’en suivent, des coups de fil désagréables de la part des autorités, députés, ministres conseillers techniques etc. « Dans ces conditions, on se demande parfois pourquoi et pour qui on travaille. » concluent-ils. Le troisième élément qui entre en ligne de compte dans ce stationnement désordonné c’est l’absence d’espace dans l’enceinte du port. Aujourd’hui les bureaux de l’administration portuaire occupent une grande partie de l’espace de sorte que les camions ont très peu d’espace pour circuler et charger leurs conteneurs. La preuve est qu’à l’entrée du port il y a toujours une file des gros porteurs attendant leur tour de chargement. C’est pourquoi il faut saluer le projet phare et très novateur que le ministre Badarou a initié dès sa prise de fonction qui est la construction de deux tours jumelles de 18 niveaux. Il est parti du constat que l’enceinte portuaire, qui n’est pas faite pour recevoir des bureaux et autres, est engorgée. Une enceinte portuaire, c’est d’abord et avant tout de l’espace pour l’entreposage des marchandises. C’est pourquoi, il envisage de raser les bureaux du port autonome de Cotonou, de la douane, de la police, etc, pour avoir beaucoup plus d’espace dans l’enceinte portuaire. Cette opération permettra de gagner 20 à 30 hectares. Il a en conséquence décider de construire deux tours d’au moins 18 niveaux qui vont non seulement contenir les agents qui travaillent dans les bureaux au niveau de l’enceinte portuaire mais aussi recevoir tous ceux qui opèrent au niveau du port de Cotonou. C’est ce qu’il dénomme le Centre des affaires maritimes. Aux dires du Ministre, l’étude architecturale est prête et ces tours seront réalisées sous peu. Si on peut le croire, alors les stationnements anarchiques font considérablement diminuer. Mais en attendant, les syndicalistes réclament des espaces en dehors de Cotonou.
Pour le Secrétaire Général du syndicat national des conducteurs gros porteurs, (Synaco-GP) Djossou François, des espaces existent en dehors de cotonou pour accueillir les gros porteurs. Selon l’article 3 de l’arrêté interministériel N°O51 du 26 mai 2008 co-signé par les ministres Kogui N’douro, Félix Hessou, et Armand Zinzindohoué, l’espace visé concerne la ville de cotonou et les agglomérations périphériques dans les limites ci-après : entrée de Akassato en venant de Bohicon, entrée de cococodji en venant de Ouidah, carrefour ‘le Bélier’ envenant de Porto Novo. Selon François Djossou, les conducteurs des gros porteurs seraient déjà d’accord pour garer leurs véhicules à ces endroits et il ne comprend pas pourquoi le ministère des transports ne leur octroie pas ces espaces. Il rappelle que c’est le feu Akobi qui avait accordé aux gros porteurs la bande des 200m aujourd’hui tombée dans le patrimoine de la Sobemap. Mais depuis lors plus rien. Avec l’arrivée de Boni Yayi, le Synaco-Gp a rédigé et transmis un mémorandum au chef de l’Etat qui apparemment l’a rangé au placard. Pour Djossou François, les gouvernants doivent créer dans chaque ministère un poste de conseiller technique professionnel pour aider les ministres à prendre avec les professionnels du métier des décisions appropriées pour le progrès de leur département. Il pense que le ministère des transports doit prendre le taureau par les cornes pour résoudre définitivement la question des stationnements anarchiques.
Mais au Ministère l’heure n’est pas au repos non plus. Selon le directeur Général des transports terrestres, Alexis AZIGUI, le problème du stationnement anarchique des gros porteurs est plus complexe qu’on ne le pense. Il affirme que tous les endroits prévus par l’arrêté interministériel ne suffisent à rien et nécessitent beaucoup d’investissements. Le goulot d’étranglement est surtout la mort de l’OCBN. C’est parce que le train ne fonctionne plus normalement que nous notons une invasion de nos chaussées par les gros porteurs, explique-t-il. Selon M. Alexis et son Adjoint, le projet Africa Rails reste l’ultime recours pour désengorger Cotonou. Pour le Directeur, il n’y a plus d’espace à Cotonou et même aux environs. Les espaces de l’Ocbn ont été aussi occupés. Or lorsqu’on envoie les camions à Pahou par exemple, pour rallier le port et charger les marchandises, ils perdent un temps énorme. Et comme nous l’avons dit plus haut, ce sont les coups de fils et les demandes d’explications qui vont suivre ! Dans ces conditions, quels espaces pourra-t-on avoir et pour quels camions ! Voila le dilemme des autorités qui créé le désarroi des populations.
Vital Ahotondji

