Depuis plusieurs années, on observe à Cotonou des prestataires de service peu ordinaires qui se déplacent dans la rue avec leur arsenal de travail ou se logent de préférence dans un marché pour exprimer leur talents. Ces prestataires sont des femmes qui ont vocation de soigner les ongles des pieds et des mains de leurs consœurs. La prolifération de ces esthéticiennes ambulantes et bon marché a ravi la vedette aux salons climatisés et ventilés dont les coûts sont accessibles à une minorité nantie. Seulement, il faut craindre quelques maladies liées aux objets tranchants utilisés par ces amateurs et surtout la détérioration à long terme des ongles traités avec des produits inappropriés.
Amélie, 25 ans. Traits effilés, svelte, teint café, longs cheveux soigneusement nattés. Assise devant son étalage de pédicure manucure au marché Gbégamey de Cotonou, elle est toute vêtue de tenue traditionnelle rouge ocre avec de grandes boucles d’oreilles argentées en forme de cœur. Cet après-midi, Amélie est très occupée. C’est à peine si elle se rend compte qu’un visiteur pas comme les autres est inscrit sur la liste d’attente. Entre ses jambes, elle tient les pieds d’une charmante dame, claire, cheveux frisés assortis de favoris descendant jusqu’à la tempe, rondeurs au beau fixe. C’est Raïssa qui embellit ses pieds pour ses prétendants. « C’est bien d’avoir une belle manucure pour les mecs, c’est sûr, mais si la pédicure ne suit pas, il manquera quelque chose. » affirme-t-elle.
Posée sur un tabouret d’environ 10cm, Amélie continue sa besogne avec finesse et art. C’est maintenant le tour de Françoise. Amélie commence par limer les ongles et les poncer légèrement pour leur donner une jolie forme. A l’aide d’un dissolvant, elle enlève les cuticules et éliminer les cornes, les callosités, et durillons. Ensuite, elle jette un coup d’œil dans son panier pour en sortir une colle forte le super glue. A l’aide d’une paire de ciseaux, Amélie coupe les ongles artificiels, passe un peu de colle forte sur l’ongle naturel et pose l’ongle coupé. « ronde ou carrée ? » lance-t-elle à Françoise qui répond instantanément « carrée » comme si elle attendait déjà la question. En fait Amélie voulait savoir quelle forme donnée à l’ongle. Et comme vous avez compris, Françoise préfère la forme carrée. Après la pose, Amélie sort une huile incolore dont elle nourrit les ongles en prenant soin de nettoyer les bords et de limer au besoin les débordements. Elle applique par la suite plusieurs couches de vernis rose doigté par la cliente. Ceci donne un fini naturel et soigné aux ongles. Ici prend fin le travail d’Amélie qui empoche ses 1000 FCFA avec un sourire bienfaisant qui laisse transparaître ses deux jolies fossettes. Comme elles, beaucoup de femmes se font entretenir les ongles dans nos marchés. A Dantokpa, marché international du Bénin, Maman Yabo bien installée nous explique son travail : « lorsque les femmes arrivent, on nettoie d’abord les ongles, ensuite on leur demande ce qu’elles veulent. Certaines personnes viennent juste passer du vernis sur leurs ongles, d’autres placent des ongles artificiels. En moins de trente minutes, le boulot est fini.» Chez Line à Godomey, le soin des pieds et des mains se fait de la même manière. Elle estime qu’en semaine, la clientèle est moindre tandis qu’en week-end, l’affluence se fait sentir. Les différentes esthéticiennes rencontrées conviennent qu’en moyenne elles gagnent entre 8 et 15000FCFA par semaine. Il est vrai que les tarifs varient en fonction du marché. Si à Dantokpa, le soin des deux mains et des deux pieds coûtent 1500FCFA, il coûte 1000 à Gbegamey et 500 avec les ambulantes qui mettent leur arsenal sur la tête et se promènent dans la ville. Tout dépend des produits utilisés. Selon les informations reçues ça et là, les solutions utilisées pour nettoyer les ongles sont parfois des diluants fabriqués à l’usage des menuisiers. Et mieux, au lieu d’utiliser les colles appropriées, toutes jettent leur dévolu sur le super glue du Nigéria parce que « ça colle bien » ! En général les femmes entretiennent leurs ongles par semaine. Pour Jacqueline que nous avons croisée à Godomey, lorsque vous placez les ongles, il faut les entretenir toutes les semaines sinon ça se gâte vite. » Nombreuses sont les femmes qui justifient leur pédicure manucure par l’intensité de leurs activités. La vaisselle, la lessive, le marché etc. sont autant de choses qui soumettent quotidiennement les mains et les pieds aux agressions extérieures, les fragilisent et en accélèrent le vieillissement. Avec la pédicure manucure, il est possible d’avoir des ongles nets et bien présentés.
S’il est vrai que la prolifération des esthéticiennes ambulantes ensommeille les vrais salons de pédicure manucure, il n’en demeure pas moins que quelques connaisseurs choisissent la qualité et sont prêts à en payer le coût. Dame Marleine que nous avons interviewée dans le salon de Danielle situé à Hlacomè sur le prolongement des pavés de Kindonou dont nous taisons le nom pour ne pas faire de la publicité, affirme que « le soin du salon est mieux que celui des marchés ou des promeneuses. C’est vrai que c’est un peu plus cher mais non seulement on soigne vos ongles, mieux, on masse vos mains et vos pieds. » Danielle Mensah, la jeune dame esthéticienne sortie de l’école Wella en Allemagne renchérit en disant que « la pédicure manucure est tout un art et il faut l’apprendre. Ici, après les ongles, on passe des crèmes et baumes adoucissants dans les mains et pieds pour le redonner leur fraîcheur naturelle. tout cela ne coûte que 10.000fcfa. Malheureusement, nos soeurs ne comprennent pas qu’il vaut mieux dépenser un peu plus pour avoir un service de qualité !»
En conclusion on peut retenir qu’à Cotonou aujourd’hui, la pédicure manucure se fait à bon marché avec des dames installées dans presque tous les marchés et dans les périphéries parce que justement les femmes fréquentent plus ces lieux. Cette prolifération d’esthéticiennes amateurs a incontestablement ravi la vedette aux salons professionnels qui se comptent au bout des doigts. Seulement il faut se méfier des produits utilisés dans le traitement des ongles. les connaisseurs affirment que la panaris guettent les femmes qui utilisent ces produits frelatés. A force de passer des diluants, les ongles aussi finiront par être dilués !Ulrich Vital AHOTONDJI
PEDICURE MANUCURE A COTONOU : La Beauté féminine au marché et dans la rue !
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13 juillet, 2009
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