Les populations de Cotonou et environs consomment sans modération l’eau de coco. Il est aisé aujourd’hui de remarquer, en sillonnant la capitale économique du Bénin et ses banlieues, la prolifération des points de vente de ce fruit aux multiples vertus. En voulant savoir pourquoi les populations raffolent tant de cette eau, nous avons découvert tant de choses sur le coco lui-même, le cocotier qui le produit, le circuit d’approvisionnement et les acteurs du métier. Suivez mon regard.
Nous sommes dans la zone présidentielle, non loin du palais des congrès de Cotonou. Le long de la voie quarante qui donne sur l’aéroport, de part et d’autre de la chaussée, des tables servent de supports à l’exposition des cocos tel que présentée dans la photo ci-contre. En face du Centre Culturel américain de Cotonou, un homme sobrement habillé debout devant son étalage. Le coupe- coupe dans la main droite et le coco dans la main gauche, il s’occupe de la clientèle venue se désaltérer. L’eau de coco est extraite de la noix de coco verte qui est un fruit du cocotier. La noix de coco tout juste récoltée contient jusqu’à ½ litre d’un liquide transparent peu sucré. L’eau de coco est une pulpe blanche, douce et aromatique. Pour Bernadette, la vingtaine, que nous avons rencontrée sur place « l’eau de Coco est une merveille du ciel. J’en prends tous les jours parce que non seulement elle est désaltérante, mais aussi laxative. Quand je la consomme, je vais régulièrement à la selle moi qui suis tout le temps constipée. » Bernadette n’est pas la seule à consommer au quotidien l’eau de coco. Voilà , Monsieur Mathieu qui s’approche avec sa Mercedès noire. Contrôleur financier dans une banque de la place, Mathieu est venu acheter une dizaine de cocos qu’il emportera chez lui. « C’est ma seule boisson à part l’eau courante. Je ne prends rien d’autre. Depuis que ma femme a souffert de la cellulite, un médecin français nous a conseillé de prendre beaucoup d’eau de la noix de coco dans le foyer. C’est depuis ce temps, que nous l’avons adoptée. Et j’avoue que cela nous fait un bien énorme ». A peine Mathieu parti, deux conducteurs de taxi moto communément appelés zémidjan se stationnent. Pour ces deux hommes, l’eau de coco guérit le paludisme et revigore. « Lorsque nous tournons dans la ville pendant des heures sous le soleil, nous marquons une pause d’eau de coco pour nous requinquer.» Comme on peut s’en rendre à l’évidence, l’eau de coco n’est pas réservée à une classe donnée. Et chacun y va selon ses convictions.
Mais comment se présente le coco et comment récupère-t-on l’eau qu’il contient ?
Il faut dire que la noix de coco que nous appelons aussi coco est entourée d’une épaisse enveloppe fibreuse d’une moyenne de 10cm appelée péricarpe. Sous cette couverture se trouve une coque très dure qui renferme un liquide blanc et laiteux qui se transforme en chair au fur et à mesure de la maturité du fruit. L’eau de coco remplit les trois quarts de sa cavité centrale. Le tissu nourricier qu’on peut appeler albumen se durcit avec le temps pour constituer le coprah. Pour extraire l’eau du coco, les vendeurs à l’aide d’un coupe-coupe épluchent le péricarpe jusqu’à la coque avant de percer la noix de coco par le haut. Certains clients préfèrent directement boire au goulot alors que d’autres ont recours à un bol ou à une pipette. après avoir vidé le contenu, le vendeur à l’aide de son coupe-coupe fabrique une espèce de cuillère naturelle avant de diviser la noix de coco en deux. Le tissu nourricier de chaque partie est raclée avec cette cuillère. le festin achevé, les enveloppes sont jetées par terre pour être récupérées par les bonnes dames qui s’en servent pour faire le feu et cuire leur repas ou pour fumer les poissons destinés à la vente. Mais on se demande d’où est-ce que les acteurs de ce commerce trouvent tant de cocos ?
Sources d’approvisionnement et aléas du commerce
Selon Dame Akossiwa vendeuse de coco au stade de l’amitié, non loin de la Station Orynx, l’approvisionnement se fait à Ouidah, à Aduko. Jean, dont le point de vente est basé à la plage de Jacquot à Fidjrossè, nous confie que sa source est essentiellement à Pahou et à Grand-popo. Le libérien quant lui qui est devant le centre culturel américain de cotonou, affirme que les points de vente sont multiples. Tout dépend du prix. Il en prend tout aussi bien à Cocotomey tout près comme à Grand-popo. Il a aussi des fournisseurs à Abomey. Par contre, les dames rencontrées à Ekpè s’approvisionnent à sèmè vers le Nigéria. En clair, le coco que nous consommons à cotonou vient d’un peu partout. Selon les informations reçues, il se vend par lot de 40, ce que les acteurs appelent en fon ‘alodokpo’ ou par taxi. Le lot de 40 se vend entre 2000 et 2600FCFA pendant qu’un taxi plein s’achètent à 15 ou 20 mille Francs cfa. Le dernier consommateur achète le coco à 100 ou 125F selon sa grosseur. C’est un commerce qui accueille plusieurs nationalités. C’est le symbole même de l’intégration culturelle. Des libériens, des togolais, des nigérians, des ghanéens, nous avons même rencontré un centrafricain, et bien évidemment des béninois animent ce business. En temps de chaleur, ils sont unanimes à dire que leurs chiffres d’affaires grimpent. Pendant la saison des pluies, c’est le contraire qui s’observe. L’intérêt des populations à ce fruit a suscité notre curiosité à en savoir plus sur l’arbre qui produit ce fruit, le cocotier.
Le cocotier, l’arbre de vie
Dans une thématique de recherche sur le cocotier le trio Adéline, Angélique et Mégan a travaillé dans la ferme de Kaydara, l’un des plus grands jardins d’Afrique située au Sénégal dans la région de Fatick. De leur travail, on peut retenir en substance que La noix de coco est un fruit qui provient d’une plante nommée le cocotier, faisant partie de la famille des palmacées. Le cocotier est aussi nommé : « Arbre de vie ». Il produit environ une quinzaine de feuilles (les palmes) par an et une trentaine à l’âge adulte. Avec un tronc de 20 à 30 mètres, le cocotier peut vivre plus de 100 ans. Les feuilles du cocotier mesurent environ 5 à 6 mètres et pèsent de 10 à 15 kg. Le fruit de cette plante (la noix de coco) a un diamètre de 30 cm et pèse 1,5 kg. Le cocotier est l’arbre le plus cultivé au monde. Le tronc est appelé : « un stipe ». Les feuilles mesurent de 4 à 6 mètres de long. Chaque foliole mesure entre 80 et 90 cm. La germination de la noix de coco dure de 4 a 10 mois. Ce n’est pas par hasard que l’on retrouve souvent le cocotier le long des plages. Il ne pousse bien qu’en bordure côtière et s’il dessine une bande plus ou moins large, c’est qu’il n’accepte qu’une altitude de 0 à 200 mètres. Le cocotier forme 11 à 13 feuilles par an. La noix de coco est constituée d’un endocarpe très dur de 3 millimètres d’épaisseur. Un cocotier adulte peut produire entre 50 et 500 noix à la fois. Ses racines, sont courtes, serrées et très denses. Les cocotiers sont des palmiers au tronc élancé et incliné. C’est seulement à partir de l’âge de 50 ans que sa productivité baisse sensiblement. Le diamètre maximum du tronc d’un cocotier est de 1 mètre et celui des plus jeunes est de 60 centimètres. La taille d’un cocotier « grand ouest africain » est de 40 à 50 mètres de hauteur, quant au cocotier nain, il mesure de 4 à 5 mètres de hauteur. Dès l’âge de 4-5 ans, un cocotier peut produire entre 100 et 200 noix. Il faut attendre 5 à 6 ans avant que le cocotier ne donne de fruits, une quinzaine d’années avant qu’il atteigne sa productivité maximale. Il faut environ un an avant que la noix de coco soit mûre. Un germoir est nécessaire afin que le cocotier pousse. A partir d’un mois, nous pouvons vendre les noix. Le cocotier produit ses fruits entre sa 6ème et 8ème année. Le système d’évolution d’un cocotier est identique (ou presque), à celui d’un bananier. C’est-à -dire qu’à chaque fois qu’une nouvelle feuille pousse, celle poussée précédemment fane. Par ailleurs le cocotier est appelé « l’arbre aux cent usages ». A l’aide de ses feuilles nous pouvons fabriquer des toitures, et avec la nervure centrale de la feuille du bois. Avec le tronc nous pouvons faire des charpentes, sans oublier les miraculeux remèdes à base de plantes, fabriqués à partir des racines du cocotier. Avec la bourre, il est tout à fait possible de concevoir des tapis et des balais. Quant à l’huile que nous sortons du coprah, nous pouvons faire du savon. Nous pouvons encore fabriquer beaucoup de choses à partir d’un seul et même arbre. En faisant l’apologie du cocotier, l’environnementaliste Didier Babu de l’ONG La Vita au Bénin, nous a confié que le cocotier est largement mis à profit dans la lutte contre la désertification. c’est le cas en chine. les choses sont ainsi parce que les racines du cocotiers retiennent une partie de l’humidité et surtout s’accrochent au sol, ils sont comme cimenté-collé pour reprendre les termes d’un comédien ivorien. Ce qui évite que le vent emporte le sable. ainsi se présente l’arbre qui donne le coco que nous aimons tant. Et pour en revenir à l’eau de coco proprement dite, les spécialistes estiment que ses bienfaits sont énormes. La Fao a même financé des recherches pour arriver à conserver l’eau de coco.
Le coco, une filière d’avenir
L’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) a affirmé que l’eau de noix de coco est une boisson qui a le même niveau d’équilibre électrolytique que celui que nous avons dans le sang. C’est tout comme le sang, le liquide de la vie. L’eau de coco a tellement de vertus qu’en faire une filière industrielle rendrait beaucoup de service à l’humanité. Selon les nutritionnistes, la Noix de Coco est riche en minéraux, fibres, oligo-éléments, et vitamines. Elle facilite le transit intestinal. Elle est aussi diurétique et laxative. La Noix de Coco est utilisée autant dans des plats salés que sucrés. La Noix de Coco mûre entre dans la composition de pâtisseries (gâteaux, biscuits…), de salades de fruits, de sorbets et glaces. Elle accompagne aussi les plats de viandes, volailles et poissons. On en fait de la poudre et du lait. Enfin, la Noix de Coco entre dans la composition de plusieurs boissons. Les spécialistes déclarent que, l’eau de noix de coco, grâce à son effet hydratant et sa haute teneur en sels minéraux et en substances nutritives, est utilisée avec succès dans le domaine du sport. Comme elle est un produit purement naturel, l’organisme peut donc mieux l’assimiler que les produits industriels au cours d’activités sportives intenses. Après plusieurs années de recherche, la FAO a annoncé une technique de conservation par le froid adaptée aux petites et moyennes agro-industries, qui permet de produire de l’eau de coco en bouteille qui, réfrigérée, reste fraîche de 10 à 21 jours. Il existe aussi un procédé de microfiltration plus avancé pour la stérilisation à froid et un système low-tech mis au point par les experts de la FAO qui peuvent être utilisé par les vendeurs de rue. Enfin le guide produit par la FAO et titré Bonnes pratiques pour la production d’eau de coco en bouteille, paru en 2007 reste un précieux outil pour la filière du coco. Les pays en développement comme le Bénin, pourraient s’essayer à la chose en y mettant le sérieux et la rigueur nécessaire. C’est aussi une source de création de richesses et d’emplois sans compter l’immense bénéfice que chacun peut tirer sur le plan sanitaire de la consommation de l’eau de coco.
Ulrich Vital AHOTONDJI


Merci M. AHOTONDJI pour vos écrits souvent très fouillés. je buvais déjà l’eau de coco mais après la lecture de votre article, je l’adopte comme boisson!