La classe politique béninoise est malade ; ça tous les béninois le savent. Elle est malade du fait de ses acteurs. Elle est malade de leur populisme effréné, de leur manque de vision, elle souffre de sa propre turpitude. Mais ce que nous ne savions pas, c’est la déliquescence avancée de notre société civile. Une agglomération hétéroclite d’hommes et de femmes affairés dont les seuls intérêts restent l’accumulation de capitaux, d’honneurs et de distinctions pour les indignes et non loyaux services rendus à la patrie. Il faut cependant mettre un bémol. Toute la société civile ne correspond pas à cette caricature. Il y a bien d’honnêtes gens dans cette arène qui font justement l’exception qui confirme notre thèse. Et c’est là que le bât blesse. Depuis quelques temps, l’animation de la vie nationale prend des tournures dangereuses si l’on s’en tient aux propos belliqueux des acteurs politiques tant de la mouvance que de l’opposition. Il ne se passe plus de week-end sans qu’un rassemblement politique ne serve de tribune à des escalades verbales. Le débat politique est ramené à des considérations personnelles. On affirme des inepties et des âneries, juste pour dire qu’on existe aussi. L’intoxication a pris le pas sur le concret. Les partis politiques supposés animer la vie politique croisent les bras et tarissent d’initiatives. Les questions de développement ne les intéressent guère. Ils préfèrent les boycotts et les bains de foule. Pendant ce temps le peuple se meurt. Qu’avons-nous fait pour mériter ces hommes politiques-là ? Des poudrières prêtes à embraser le pays pour leurs intérêts. La situation n’est guère reluisante au parlement. Sous les lambris défraîchis du palais des gouverneurs comparables aux écuries d’Augias, des hommes et des femmes, membres de mafia nationale et internationale se vendent aux enchères pour se faire bêtement acheter tels des moutons en foire. Des intellectuels tarés comme dirait l’autre pieds et poings liés, asservis au pouvoir immense de l’argent. Le parlement béninois est devenu le haut lieu de la politicallerie. Or, ces élus du peuple doivent ensemble avec l’exécutif œuvrer pour le bien être et l’épanouissement des populations. Malheureusement on note que la présente législature excelle plutôt dans la politique politicienne. Les intrigues politiques, les calculs égoïstes, la défense des intérêts partisans et personnels ont pris le pas sur les intérêts du peuple béninois. Trop de problèmes agressent aujourd’hui le quotidien des Béninois, avec la crise alimentaire, le faible pouvoir d’achat, les grèves perlées, bref la cherté de la vie, et ils souhaiteraient que les politiques dépassent leurs divergences et les affrontements politiciens pour concentrer leur énergie et leurs réflexions sur les moyens d’aider la population à faire face aux risques de précarité que la situation économique leur impose actuellement. Il faudrait travailler à éviter les soulèvements que pourrait engendrer ces débats farfelus qui n’apportent aucune approche de solutions aux crispations et difficultés de vivre et qui accentuent la morosité de la tension politique. Le moment n’est donc pas propice à ces débats subsidiaires qui ne répondent pas aux préoccupations essentielles des béninois et béninoises. Les divers acteurs du jeu politique doivent comprendre une fois pour toutes, que le débat politique est un débat d’idées, de courants de pensées et non une salade très subjective de guéguerre personnelle. Le peuple béninois au prix d’énormes sacrifices a opté pour la paix et je demande comme Shakespeare qu’on me dise quel obstacle empêche la gente Paix de bannir pareils maux pour nous rendre ses vertus bénies de jadis. Quel empêchement s’oppose à ce que la Paix, source d’abondance, vienne montrer son visage adorable en ce plus beau jardin du monde qu’est notre Patrie le Bénin ? Ce qui fait encore plus mal c’est la désobligeante tournure que prend aujourd’hui la société civile. Pour la simple désignation de son représentant au sein de la Commission politique de supervision de la Lépi (Cps-Lépi), la société civile a montré son vrai visage. Un ramassis intéressé profondément divisé avec des déclarations déconcertantes. La guerre autour du représentant de la société civile au sein du Cps-Lépi est une véritable honte qui devrait amener les responsables d’ongs et d’associations à repartir à la source. La société civile totalement dévoyée et dévergondée nous déroute et nous inquiète à plusieurs égards. Et pendant que les politiciens se battent, la société civile unie devrait défendre la Patrie. Voilà qu’elle retrouve aussi en son sein des disputes. Si l’on n’y prend garde, les petites querelles actuelles risquent de se nourrir au fil du temps et devenir de véritables goulots d’étranglement au paisible cheminement que connaît le Bénin depuis 18ans. La violence est une entreprise contre nature et irréfléchie parce qu’elle s’oppose au bonheur de l’homme qui a justement besoin de paix pour faire prospérer ses ambitions et ses affaires. La guerre, écrivait Damilaville, est un fruit de la dépravation des hommes; c’est une maladie convulsive et violente du corps politique ; par analogie et à une petite échelle on dira que les agressions verbales et physiques, les calomnies et les coups politiques observés actuellement au Bénin sont la résultante d’une classe politique pervertie et d’une société civile dévergondée. Il est incompréhensible et insoutenable que les populations soient en train de lutter pour contrer l’érosion monétaire qui émiette leur pouvoir d’achat pendant que politiciens et société civile paralysent le bon fonctionnement de nos institutions. Qui a dit que l’espoir d’un lendemain meilleur ne rendait pas soutenable la peine du moment ? Le peuple béninois veut qu’on laisse aux lois la force qui leur est nécessaire, qu’on favorise l’agriculture et le commerce pour un développement durable. Il veut aujourd’hui la paix et la sérénité pour une prospérité partagée demain. Que chacun joue donc son rôle en tenant d’abord compte de l’intérêt du peuple.
Ulrich Vital AHOTONDJI

