Floraison de charabia et de galimatias au Niger depuis que la tête a décidé de jeter la constitution, de tourner le dos à la raison républicaine, de fouler aux pieds la parole donnée, la parole, une des perles distinctives de l’homme. Du coup, les membres de la tête ne savent plus eux-mêmes où donner de la tête dans la défense si peu désintéressée de la tête première. Ils se torturent, se débattent, s’agitent dans tous les sens et n’arrivent qu’à humilier l’intelligence.
Bien sûr, le président a donné sa parole d’honneur et d’officier qu’il ne modifierait pas la constitution. Mais la population est sortie pour lui demander de rester pour poursuivre et parachever son œuvre. D’où il ressort que ceux qui ont vu des Nigériens sortir pour demander au président de respecter scrupuleusement la constitution sont des hurluberlus, de méchantes gens habitués à prendre leur rêve pour la réalité. Et il ne faut pas les écouter quand ils demandent si la population pourrait écourter le mandat constitutionnel du président après avoir constaté qu’il a accompli son œuvre annoncée, quand ils demandent de quelle œuvre il s’agit en l’occurrence, quand ils demandent si la nouvelle logique ne tend pas à restaurer la monarchie pour permettre au président-monarque de disposer de toute sa vie pour accomplir son œuvre et permettre à son fils aîné de lui succéder automatiquement pour poursuivre et parachever l’œuvre du père… Evidemment, ceux qui posent de telles questions sont des enquiquineurs et, surtout, des gens qui n’ont rien compris aux problèmes nigériens de l’heure, les Touaregs et leur soulèvement, l’uranium et son exploitation, la Libye et son Kadhafi, etc. Il ne faut donc pas les écouter. Mieux : il faut leur imposer le silence.
Bien sûr le président a prêté serment sur le Saint Coran. Et c’est un fait unique, qui mérite considération et admiration, car même en Arabie-Saoudite, l’on évite un tel serment qui lie complètement et absolument votre liberté. Vous avez donc compris pourquoi notre président renonce finalement à modifier la constitution pour faire écrire une autre constitution. Ainsi le premier serment est respecté et il pourra rester et parachever son œuvre en toute sérénité, en paix avec sa conscience et avec Allah le Miséricordieux. Les hurluberlus et méchantes gens pensent par-devers eux (on leur a imposé plus haut le silence) que c’est compliquer les choses à merveille puisqu’à chaque fois qu’un président voudra, malgré son serment, rester pour parachever son œuvre, il faudra changer de constitution et acquérir éventuellement un nouvel exemplaire du Saint Coran, l’exemplaire précédent restant à tout jamais celui du serment précédent. Pour un pays que les royalties de l’uranium ne font pas encore vivre au-dessus de ses moyens, c’est peut-être trop de dépenses. Il vaudrait donc mieux décréter que le serment de l’actuel président n’était pas valable parce que l’on vient de découvrir que le Coran sur lequel il l’a prêté n’était pas saint et qu’il était même carrément souillé ayant séjourné longtemps dans la maison d’un païen. Facile à démontrer à cause des cafres que compte le Niger. Ainsi l’affaire est dans le sac, et personne n’a plus de souci à se faire. Le président peut même parachever son œuvre à vie. Malheureusement cette trouvaille lumineuse est passée inaperçue parce que l’on a interdit aux gens de parler. On ne sait jamais ce que l’on perd à ne pas laisser les gens s’exprimer librement. Aussi, par devoir d’honnêteté et pour rendre service, les gens doivent-ils toujours s’exprimer, quoi qu’il leur en coûte.
Bien sûr, l’on pourrait finalement se rabattre sur la solution de prolongation de deux à trois ans de son dernier mandat pour permettre au président de rester afin de poursuivre et de parachever son œuvre. Ah bon ! Sur la base de la constitution de la cinquième République révisée ou sur la base de la nouvelle constitution de la sixième République décrétée ? Taisez-vous, qu’on vous a dit ! Vous ne comprenez pas ?
Comment voulez-vous qu’avec »ça », Sarkozy et les siens, arc-boutés sur Hegel, ne nous considèrent pas comme des troglodytes enfermés dans leurs trous d’où ils regardent passer les vaches, c’est-à-dire le monde en marche auquel ils ne comprennent rien. Obliger donc nos dirigeants à être respectables afin que le monde change son regard sur nous.
Chronique de Roger Gbégnonvi : Troglodytes regardant passer les vaches
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27 mai, 2009
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