Depuis quelques temps, la société béninoise d’énergie électrique fait face à de graves disfonctionnements au niveau de sa trésorerie avec plus de huit milliards de FCFA de dettes selon les informations reçues. Or, on se souvient fort bien de la fin du mandat de Kérékou en 2005-2006 où débiteur insolvable, la SBEE s’était retrouvée dans une posture de disgrâce totale envers ses fournisseurs. Il a donc fallu ce changement de régime pour que le Bénin fasse peau neuve. Malheureusement, tout porte à croire que nous risquons un nouveau délestage si rien n’est fait dans le sens du respect des échéances de payement. Ce qui sort de l’entendement au niveau de la SBEE, c’est le fait que cette société d’Etat purement commerciale ne puisse pas faire face à ses dépenses. Pour une société commerciale ayant le monopole de la distribution du courant électrique et qui coupe le compteur de ceux parmi ses clients qui ne paient pas leurs factures, il est ahurissant et incompréhensible que des difficultés de trésorerie existent. Déjà pour la pose d’un simple compteur, le client paie des mois à l’avance. Et le besoin de consommation n’a cessé de croître ces dernières années. Comment comprendre alors ce déficit budgétaire au niveau de la SBEE ? Nos enquêtes ont révélé entre autres que cette difficulté est notamment liée à l’action des politiciens. En effet, des poteaux électriques sont posés dans des brousses où il n’y a pas de clientèle parce que c’est le fief de tel homme ou de telle femme politique. Or, pour poser un poteau, il faut compter des dizaines de millions de francs CFA. En les posant sans plan d’amortissement, les autorités de la SBEE créent des vides qui évidemment mettront du temps à se combler. C’est ce qui explique que depuis Kérékou, cette société d’Etat peine à retrouver une réelle émergence. Aujourd’hui encore même si la situation a positivement évolué, il existe toujours des relents politiques nuisibles à la SBEE et dont les conséquences continuent de peser sur la société. Dans une situation pareille, deux options s’ouvrent. Primo, l’Etat peut décider de privatiser la société pour y faire venir des capitaux particuliers et donc un regard plus rigoureux. Mais puisque sans énergie, il n’y a pas de développement, l’Etat doit rester présent dans la gestion pour assurer un investissement sécurisé aux entrepreneurs qui exercent sur le territoire national. Secondo, si la SBEE restera une société d’Etat, le législateur doit voter une loi pour régenter l’extension anarchique du réseau électrique dont les visées sont plus politiques que commerciales. C’est à ce prix que la SBEE connaîtra de nouveaux et beaux jours.
Ulrich Vital AHOTONDJI


