Tous ceux qui ont perdu au moins une fois la paix en connaissent la valeur. Tous ceux qui ont perdu un être cher dans la guerre savent qu’il n’y a rien de pire que le concert des balles dans un pays. Mais au Bénin, il semble que certains politiciens n’ont pas encore pris la mesure de la tension et de la frustration qui se développent de jour en jour. Dans une autosatisfaction béate, certains politiciens refusent de voir la réalité en face et pensent à haute voix que tout est normal. Mais il est indéniable qu’il existe aujourd’hui un profond malaise dans le quotidien de la grande majorité des béninois. Il y a une flamme qui consume le monde politique et qui ronge certains leaders traditionnels de la politique nationale. Les déclarations foudroyantes, les boycotts successifs des députés sont la manifestation palpable de l’exaspération d’une certaine frange de la société. Cet état de siège de notre démocratie en appelle à un éveil national pour que jamais au Bénin, nous ne fassions l’expérience du couvre feu ou du feu qui couvre tout ! Le Béninois a-t-il besoin de tant d’affrontements pour avoir sa pitance quotidienne ? Depuis deux ans, l’atmosphère est devenue morose au sein de la classe politique béninoise. C’est simplement dommage pour une démocratie comme la nôtre qui tente de se raffermir au mépris des trémoussements et tribulations de quelques belliqueux qui se réjouissent des conflits et des violences. Au plus fort des crises politiques, les béninois ont toujours su trouver le consensus nécessaire à la décrispation. Ils ont su cacher leurs intérêts personnels et égoïstes pour faire triompher la cause commune. Pourquoi ne le feraient-ils pas une nouvelle fois ? A l’allure où vont les choses, on est en droit de s’inquiéter et de demander avec insistance aux divers antagonistes de ramener la balle à terre et de penser au développement de la Nation. Cette ambiance délétère qui règne depuis des mois ne facilite pas l’émergence du pays. C’est pourquoi conformément à l’esprit de la constitution du 11 Décembre 1990, les forces politiques du pays doivent œuvrer activement pour le retour inconditionnel de la paix sociale. Nous avons écrit à maintes reprises déjà sur la nécessité pour les acteurs politiques de dialoguer. Dans un petit pays comme le Bénin, où le tissu social est très complexe, on ne peut pas ne pas dialoguer. Quelqu’un dans le camp opposé connaît toujours les gens d’en face et vice versa. Il faut donc concéder des choses, dialoguer et parvenir au meilleur pour le Bénin. Les tâches de développement sont énormes et le temps n’est de notre côté. Il faut donc aller vite, si vite qu’il n’y ait plus de temps pour les futilités. Car une simple étincelle peut devenir un grand feu, et déjà le Bénin est comme un brasier qui couve un feu de haine et de division. Les politiciens béninois doivent le comprendre et devenir des artisans de paix.
Ulrich Vital AHOTONDJI


