La 1ère session ordinaire de l’Assemblée Nationale s’est ouverte vendredi 17 Avril au siège de la représentation Nationale à Porto Novo. Contrairement à ce qui a provoqué le report du 14 Avril, la majorité des députés étaient présents à cette cérémonie d’ouverture.
Comme le prévoit l’article 85 de la constitution du Bénin, les honorables députés à l’Assemblée Nationale ont officiellement démarré les travaux entrant dans le cadre de la première session ordinaire de la représentation Nationale. Une session qui s’ouvre à mi parcours du mandat de l’actuelle législature qui vient de boucler ses deux ans d’exercice. Occasion pour le président de cette institution le professeur Mathurin Koffi Nago d’appeler dans son discours d’ouverture, les députés à une réflexion approfondie sur le chemin parcouru dans l’accomplissement de la mission à eux confiée par le peuple depuis Avril 2007. Car selon lui, les citoyens et plusieurs responsables du pays éprouvent des ressentiments et des appréciations négatives vis-à-vis de l’Assemblée Nationale, jetant ainsi de sérieux doutes sur l’avenir même du système parlementaire au Bénin. Le président Nago se dit donc préoccupé par cet état de chose qui risque à la longue d’affecter négativement le bilan de cette cinquième législature. Il a donc plaidé pour un changement de comportement des députés afin de redorer le blazon de parlementaire. Au nombre des points inscrits à l’ordre du jour la proposition de loi relative à la loi devant servir de boussole à la réalisation de la LEPI est celle qui capte l’attention des observateurs et de tous les béninois, en ce sens qu’elle doit impérativement servir de base aux élections législatives et présidentielles de 2011. C’est d’ailleurs pour amener les députés à mettre les bouchés doubles afin que le vote de cette loi ne soit victime des querelles politiciennes qui nuisent dangereusement à l’Assemblée Nationale. Outre ce point relatif à la LEPI, les députés auront à examiner : les propositions de lois relatives à l’organisation du recensement électoral national approfondi (RENA) et l’établissement de la liste électorale permanente informatisée (LEPI) ; l’examen du rapport de la commission d’enquête parlementaire sur les activités et la gestion du Président de l’Assemblée Nationale ; l’examen des divers rapports de commissions d’enquête parlementaire mises sur pied au cours des précédentes sessions et rentrant dans le cadre du contrôle de l’action gouvernementale ; le projet de loi portant gestion de l’eau en République du Bénin ; le projet de loi portant lutte contre la corruption en République du Bénin ; le projet de loi fixant le régime des armes et munitions en République du Bénin ; le projet de loi portant modalités de la coopération intercommunale en République du Bénin ; le projet de loi portant code pénal ; le projet de loi portant autorisation de ratification de l’accord de prêt signé entre la République du Bénin et la Banque Ouest Africaine de Développement dans le cadre du financement partiel du Programme d’Urgence d’ Appui à la Sécurité Alimentaire. Vu l’importance de ces points, l’ensemble du peuple béninois expert voir enfin les députés de la cinquième législature prendre leurs responsabilités afin d’évacuer ces points. Il y va de la survie de la démocratie et de la crédibilité de la cinquième législature.
DISCOURS DE SON EXCELLENCE PROFESSEUR MATHURIN COFFI NAGO, PRESIDENT DE L’ASSEMBLEE NATIONALE
Madame et Messieurs les Présidents des Institutions de la République ;
Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement ;
Madame le Grand Chancelier de l’Ordre National du Bénin ;
Madame et Messieurs les Membres du Bureau de l’Assemblée Nationale ;
Honorables Députés à l’Assemblée Nationale ;
Mesdames et Messieurs les anciens députés ;
Monsieur le Médiateur à la Présidence de la République ;
Monsieur le Préfet des départements de l’Ouémé et du Plateau ;
Monsieur le Maire de la ville de Porto-Novo ;
Messieurs les Chefs traditionnels et les Autorités religieuses ;
Messieurs les notables et sages de la ville de Porto-Novo ;
Honorables Invités ;
Mesdames et Messieurs.
Conformément aux dispositions de l’article 85 de la Constitution, nous nous retrouvons à nouveau ce jour vendredi 17 avril 2009, après le rendez-vous manqué du 14 avril dernier, pour enfin procéder à l’ouverture de la première session ordinaire de l’année 2009.
En effet, certains d’entre nous n’avaient pas, pour des raisons qui leur sont propres, répondu à ce rendez-vous que nous tous avions pourtant convenu de tenir aux termes des dispositions de l’article 87 de notre Constitution.
Je me réjouis de revoir aujourd’hui la grande majorité des députés dans l’hémicycle, y compris les absents d’hier. Cela veut dire, du moins je l’espère, que les motifs des absences constatées le 14 avril dernier ne sont plus de mise. Cela me rassure, surtout pour notre Institution parlementaire, pour sa crédibilité et son efficacité.
Toutefois, Chers collègues députés, Mesdames et Messieurs, nous nous retrouvons aujourd’hui entre nous seuls, sans nos invités habituels, pour sacrifier à cette tradition parlementaire d’ouverture effective de la première session ordinaire de l’année 2009. Nous ne pouvions en effet, continuer de multiplier les cérémonies d’ouverture manquées, donnant ainsi, à la limite, l’impression d’un manque de considération, voire d’un mépris vis-à-vis de nos invités, en particulier vis-à-vis des Présidents des Institutions de la République, des Ministres, du Haut Commandement Militaire, des Autorités Départementales et Municipales, des Chefs traditionnels et religieux, etc.
Chers collègues,
Je sais que ceci n’est nullement vrai. Loin de nous, en effet, des sentiments négatifs vis-à-vis de ces hautes Autorités. C’est pourquoi, jusqu’à nouvel ordre, il est préférable de ne pas multiplier les occasions et les faits qui ne rendent pas compte de nos sentiments réels et de nos vraies valeurs. Vous me permettrez donc, Chers collègues députés, avant d’aller plus loin, de remercier particulièrement nos habituels invités, même s’ils sont absents, pour l’honneur qu’ils nous font en prenant régulièrement part à nos différentes manifestations tant au siège de notre Parlement à Porto-Novo qu’à l’extérieur. Je leur présente encore une fois les excuses de la Représentation Nationale pour le rendez-vous manqué du 14 avril 2009.
Mesdames et Messieurs,
La cérémonie de ce jour revêt, à mes yeux, une importance capitale, en ce qu’elle se situe à mi-parcours de la présente législature. Elle devra donc à mon sens, nous permettre et nous amener, nous députés de cette mandature, à une réflexion approfondie sur le chemin parcouru dans l’accomplissement de la mission à nous confiée par le peuple depuis Avril 2007.
Pour autant, je n’ai pas l’intention de faire aujourd’hui un bilan. Il faut se donner pour cela suffisamment de temps d’observation et d’analyse, afin de cerner tous les aspects et tirer pour notre Parlement, notre pays et notre Nation, les enseignements utiles et nécessaires pour leurs futurs respectifs.
Aujourd’hui, je voudrais tout simplement constater avec vous, après avoir écouté plusieurs Responsables et plusieurs citoyens, que notre peuple éprouve de plus en plus de ressentiments vis-à-vis de la cinquième Législature en raison de son évolution et exprime de ce fait des inquiétudes, voire des appréciations carrément négatives, par rapport à l’avenir du système parlementaire au Bénin.
Pouvait-il en être autrement quand on sait que l’ambiance qui règne en notre sein ne reflète pas la sérénité et l’assurance que le peuple attend de notre Institution. Cet état de choses me préoccupe particulièrement car, si nous n’y prenons garde, il risque d’affecter très négativement le bilan de notre mandature.
C’est pourquoi, je voudrais profiter de cette occasion pour en appeler une fois encore à notre conscience patriotique et à notre sens de dignité et de responsabilité afin qu’au cours de la présente session, des réponses soient trouvées à certaines préoccupations majeures qui concernent la vie interne de notre Parlement et celle de nos populations.
Chers collègues députés,
Votre présence aux travaux en commissions et en plénières, et l’examen minutieux des dossiers, ont néanmoins permis d’atteindre quelques résultats lors de la deuxième session ordinaire de l’année 2008 et de la première session extraordinaire de l’année 2009. Plusieurs lois ont été ainsi votées dont certaines permettent à notre Etat de disposer d’importantes ressources nécessaires à l’exécution de nombreuses actions de développement.
Par ailleurs, conformément aux dispositions de l’article 113 de notre Constitution, la mission de contrôle dévolue à la Représentation Nationale s’est effectuée à travers des questions écrites, des questions orales, des questions d’actualité et surtout plusieurs commissions d’information, d’enquête et de contrôle qui sont actuellement à pied d’œuvre.
Notre productivité aurait pu être plus grande si nous avions su orienter plus souvent nos réflexions, nos interventions et nos décisions sur l’essentiel, c’est-à-dire les véritables intérêts de la Nation Béninoise en évitant les disputes et les blocages inutiles. Je voudrais rappeler ici que la finalité de la politique est et doit être le développement et la satisfaction des besoins essentiels des populations. Je souhaite donc que les initiatives d’apaisement, de responsabilisation et de conscientisation, prises par certains de nos collègues soient soutenues et renforcées par les uns et les autres pour permettre un rendement meilleur.
Mesdames et Messieurs,
Le traitement diligent et efficace des points inscrits à l’ordre du jour de la présente session requiert de notre part une assiduité et un sens de responsabilité plus accrus.
En effet, c’est au cours de cette session que nous aborderons, outre le rapport d’activités du Président de l’Assemblée Nationale, les principaux points ci-après :
- les propositions de lois relatives à l’organisation du recensement électoral national approfondi (RENA) et l’établissement de la liste électorale permanente informatisée (LEPI) ;
- l’examen du rapport de la commission d’enquête parlementaire sur les activités et la gestion du Président de l’Assemblée Nationale ;
- l’examen des divers rapports de commissions d’enquête parlementaire mises sur pied au cours des précédentes sessions et rentrant dans le cadre du contrôle de l’action gouvernementale ;
- le projet de loi portant gestion de l’eau en République du Bénin ;
- le projet de loi portant lutte contre la corruption en République du Bénin ;
- le projet de loi fixant le régime des armes et munitions en République du Bénin ;
- le projet de loi portant modalités de la coopération inter-communale en République du Bénin ;
- le projet de loi portant code pénal ;
- le projet de loi portant autorisation de ratification de l’accord de prêt signé entre la République du Bénin et la Banque Ouest Africaine de Développement dans le cadre du financement partiel du Programme d’Urgence d’ Appui à la Sécurité Alimentaire.
Chers collègues députés,
Relativement à cette question importante de la sécurité alimentaire, il est à noter que nous ne pouvons la résoudre qu’en assurant à la fois la maîtrise de l’eau, la mécanisation de notre agriculture, la diversification et une meilleure organisation des filières agricoles afin de favoriser l’accroissement substantiel des productions alimentaires dans notre pays.
C’est pourquoi, je voudrais encourager le Gouvernement à poursuivre et à intensifier les diverses actions initiées dans ce cadre et à les coupler avec la formation et le recyclage continus des acteurs de ce secteur.
Mesdames et Messieurs,
La présente session s’ouvre à un moment où nous assistons à des revendications sociales de la part des travailleurs ainsi qu’à la multiplication des actes d’insécurité dans nos différentes localités. Même des actes d’une barbarie jamais observée chez nous deviennent courants.
Je voudrais inviter le Gouvernement à poursuivre le dialogue avec les Centrales syndicales en général et avec les travailleurs du secteur de la santé en particulier en vue de trouver des réponses consensuelles aux diverses revendications, relatives notamment à l’amélioration des conditions de travail et de soins dans nos formations sanitaires.
Quant aux actes d’insécurité enregistrés ces derniers temps, ils doivent interpeler notre conscience. Je voudrais donc particulièrement déplorer, au nom de la Représentation nationale :
- les différents vols à mains armées, avec souvent des pertes en vies humaines et des blessés graves, survenus en 2008 et 2009 dans certaines localités de notre pays ;
- les évènements qui se sont produits le 22 Mars 2009 dans la ville de Ouidah et qui ont conduit à d’importants dégâts matériels ainsi qu’à une perte en vie humaine ;
- l’assassinat crapuleux d’une volontaire américaine survenu tout récemment à Ouaké.
Je voudrais inviter le Gouvernement à tout mettre en œuvre pour que les auteurs et les commanditaires de tels actes soient identifiés et punis, conformément aux textes en vigueur.
Par ailleurs, on observe malheureusement qu’à deux ans des échéances électorales majeures que constituent la présidentielle et les législatives de 2011, la classe politique de notre pays est déjà en effervescence. Et toutes les questions deviennent ainsi politiquement sensibles.
Là encore, des efforts sont à faire pour éviter que des campagnes précoces n’accouchent des violences qui compromettront dangereusement ces échéances.
Mesdames et Messieurs,
La session qui s’ouvre ce jour doit apporter très rapidement une réponse à la question de la Liste Electorale Permanente Informatisée (LEPI).
En effet, l’importance de la LEPI dans tout système électoral et dans tout processus démocratique n’est plus à démontrer. Sa réalisation peut comporter certains problèmes qu’il faut nécessairement résoudre et que l’on peut résoudre. D’autres pays l’ont fait avant nous. Il n’y a donc pas de raisons que le Bénin ne puisse pas y parvenir. En conséquence, Il importe que les différents acteurs de la vie politique nationale accordent leurs violons afin de parvenir à un consensus autour de cet instrument fondamental qui demeure indispensable pour l’organisation d’élections libres et transparentes. Ce sera la marque de notre amour pour notre pays et de notre volonté d’œuvrer véritablement pour la paix et le développement au Bénin.
Je formule le vœu que les débats qui s’ouvriront dans ce cadre permettent d’assurer le toilettage des textes en vue d’améliorer les règles et les pratiques en matière électorale pour une démocratie véritablement participative, facteur de paix, de cohésion et de progrès pour notre pays.
J’invite donc tous les collègues députés à se mettre à la hauteur de leurs responsabilités aux fins de garantir à la LEPI le succès attendu, après tant d’années d’attente et d’espoir de notre peuple. Nous avons fait le pari dès notre installation en 2007, d’améliorer le système électoral au Bénin. Nous devons y tenir pour faire l’histoire, l’histoire positive de notre pays.
Mesdames et Messieurs ;
Chers collègues députés ;
Je voudrais dire globalement que nous avons l’impérieux devoir, aujourd’hui et demain, de renforcer à la fois notre crédibilité et l’ancrage de la tradition parlementaire au Bénin, en servant loyalement et efficacement notre peuple.
Nous devons nous unir pour défendre l’essentiel, à savoir les intérêts de la Nation Béninoise.
Pour ma part, je ne ménagerai aucun effort pour qu’ensemble nous préservions la paix, la concorde et la cohésion nationale.
Chers Collègues députés,
Permettez-moi maintenant de dire quelques mots sur l’environnement international actuel et la crise financière et économique qui a cours et qui est de nature à affecter notre développement.
La crise financière qui a éclaté en février 2007 aux Etats-Unis et qui s’est ensuite propagée en Europe et en Asie continue de plonger irrémédiablement l’économie mondiale dans une récession prolongée.
Nous sommes en présence d’une crise particulièrement grave, qui pourrait ouvrir de larges avenues à la récession du fait notamment de la tendance à la baisse de la demande mondiale et dont les conséquences sur notre économie et notre développement ne seront pas marginales.
L’économie béninoise qui a connu en 2008 deux crises successives (la crise alimentaire et la crise énergétique), ne sera pas à l’abri des lames de fonds et des chocs inévitables de cette crise financière internationale.
La récession amorcée dans la zone Euro affectera nos exportations et nos importations. Il en sera de même pour les concours de l’aide publique au développement qui sera plus rare car les pays donateurs déjà peu enclins à franchir la barre des 0,7% de leurs PIB, mobiliseront plutôt leurs ressources budgétaires pour financer leurs plans de relance économique. L’Afrique qui a déjà perdu en 2008, près de 250 milliards de dollars, suite à la chute des prix du pétrole et des matières premières, subira donc une autre saignée qui pourrait s’aggraver, affectant ainsi principalement les revenus de nos producteurs agricoles. Les effets conjugués d’une chute des revenus et de la consommation des ménages, de la baisse des exportations et de la productivité d’une part et de la rareté du crédit bancaire d’autre part, sont de nature à ralentir notre croissance économique, à accroître le déficit public du fait de la réduction de nos recettes publiques, à renchérir le coût de la vie et en conséquence, à aggraver la pauvreté et le chômage.
Face à cette crise qui perdure et se renforce, la communauté internationale, réunie récemment au sommet du G20, a pris quelques engagements en faveur des réformes du système financier international, de la relance de l’économie mondiale et a décidé de diverses mesures contre les paradis fiscaux et le secret bancaire.
Mesdames et Messieurs,
Ces engagements et ces mesures décidés au Sommet du G20 ne porteront véritablement leurs fruits que s’ils sont fermement et durablement mis en œuvre. Nos partenaires du Nord doivent savoir en effet que le secret bancaire et les paradis fiscaux favorisent la corruption, les détournements de deniers publics et l’évasion massive des ressources financières de nos pays africains, au détriment des besoins de financement du développement de ces pays. Logiquement, on ne peut vouloir d’une chose et de son contraire. On ne peut vouloir contribuer au développement de l’Afrique, notamment par un appui technique, financier et matériel et favoriser parallèlement une évasion de ressources des pays pauvres à travers la mise en place et le maintien de certaines règles et pratiques dans le secteur bancaire et financier. Par conséquent, il me paraît nécessaire et urgent de changer les règles et les pratiques au sein du système financier international, de repenser le rôle du secteur bancaire et financier, et d’assurer une mutation progressive des Institutions de Bretton Woods, dans le sens d’un accroissement du poids des pays africains au sein de ces institutions afin de réduire l’asymétrie de pouvoir entre bénéficiaires et donateurs pour une meilleure formulation des politiques de financement du développement.
Je suis convaincu que c’est en mettant en chantier des réformes hardies de cette importance que la crise financière et économique aigüe qui se profile à l’horizon sera maîtrisée et servira ainsi de tremplin pour l’avènement d’un nouvel ordre économique mondial qui ne marginalise pas les nations Africaines, mais les hisse au rang des nations libres et prospères.
C’est avec cette conviction et cet espoir que je déclare ouverte la première session ordinaire de l’année 2009, en souhaitant plein succès aux travaux prévus.
Je vous remercie.
Dieu-Donné KATAKOULA

