Le 06 Avril, le Président de la république, le Docteur Boni Yayi a prêté serment devant le peuple Béninois. Trois ans après le changement, que retenir ? Il y a-t-il effectivement un changement ? Les attentes du peuple sont-elles comblées ? Quels sont les acquis ? Que reste à faire ? Et quelles sont les perspectives ? A travers ces questions, la rédaction de votre journal passera au crible de la critique la gestion du pouvoir sous le changement. Des hommes politiques, des acteurs de la société civile et bien d’autres personnes donneront également leurs impressions. Cet exercice très complexe, permettra désormais au béninois d’avoir une idée globale sur son pays et le niveau de réalisation du projet de société du candidat Yayi en 2006.
Sur le plan politique
Arrivé au pouvoir grâce au soutien populaire, Boni Yayi a bénéficié du rejet que la population éprouvait pour la classe politique, à majorité corrompue et ayant pour la plupart contribuée à la gestion catastrophique du pays depuis l’avènement de l’ère démocratique. Il se devait donc par respect pour cette population d’opérer des réformes politiques et structurelles et aussi, ouvrir le débat par rapport à certaines questions qui jusqu’alors étaient des tabous. La corruption, l’efficacité de l’administration, le renforcement des libertés politiques, la mise en place d’un cadre électoral fiable sont autant de sujets auquel Boni Yayi et ses gouvernements successifs s’étaient attaqués durant les trois dernières années. Après trois ans de gestion des affaires publiques par le gouvernement du changement, on peut sans risque de se tromper dire que beaucoup d’avancées politiques sont à mettre à l’actif du pouvoir Yayi. Au nombre de celles-ci l’on peut noter en premiers lieux la lutte implacable engagée contre la corruption et l’affairisme au sommet de l’Etat. Une lutte qui a donné des résultats à cause de l’engagement politique du président Boni Yayi qui a marché contre la corruption. Il sonnait 15 heures ce 19 juillet 2007 quand le chef de l’Etat a initié une marche contre la corruption. La marche verte. Cette marche aura été le signal fort qui a réveillé les vieux démons surtout lorsque des têtes ont commencé à tomber. En effet, l’ancien ministre de finances, le tout puissant Cosme Sèhlin a été incarcéré dans une rocambolesque affaire pendant que le richissime homme d’Affaire El Hadj Sèfou FAGBOHOUN limait ses dents derrière les barreaux de la prison civile de Cotonou dans l’affaire Sonacop. Barthélemy Agnan, l’ancien Directeur Général de Bénin Télécom était également privé de liberté dans l’affaire OPT-TITAN de même que Alain Adihou dans l’affaire Lépi. Toutes ces arrestations quoique fondées et saluées par la masse laborieuse qui est sacrifiée sur l’hôtel de la corruption sont mal vues par la vieille garde politique. Mais il fallait donner à toute la population un signal politique fort à même de la faire adhérer à ce combat. Pour rendre l’administration publique performante et en faire une administration de développement, beaucoup de réformes ont été engagés dans ce secteur. Boni Yayi et son gouvernement ont engagé des réformes qui ont conduit à la rédaction de manuelles de procédures, l’harmonisation de l’organigramme des ministères et d’autres structures étatiques et surtout la lutte contre le retard et les pertes de temps inutiles au travail. En direction des formations politiques on peut noter la prise du décret d’application de la loi 2001-36 du 14 Octobre 2002 relatif au statut de l’opposition en République du Bénin. Une décision prise pour mettre fin à la pression mise sur l’exécutif par les forces politiques de l’opposition non déclarée pour une décrispation de l’atmosphère politique nationale, devenue tendue. Mais depuis, le président Boni Yayi peine à trouver un opposant déclarée à son pouvoir à défaut d’une opposition structurée, organisée à même de proposer une alternative au peuple béninois en 2011. Le financement des partis politiques qui jusque là ne regardait pas l’Etat est une réalité. Désormais, les formations politiques ayant des députés à l’Assemblée Nationale recevront la somme de cinq millions de FCFA par an et par député. C’est en somme une bouffée d’oxygène que le gouvernement Yayi vient d’apporter aux formations politiques qui n’étaient financés que par les chefs de partis ou de riches hommes d’affaires. Toujours dans sa volonté d’opérer des réformes politiques profondes, le gouvernement s’est aussi attaqué à l’épineux dossier du découpage territorial. Pour mettre fin à l’impossible application de la loi 97-028 du 15 Janvier 1999, portant organisation de l’administration territoriale en République, le gouvernement a mis sur pied par décret N° 2008-0573 du 15 octobre 2008, la commission Adjaho pour proposer un nouveau découpage territoriale ambitieux et susceptible d’obtenir un large consensus national. Vu l’organisation catastrophique des élections communales et municipales de 2008, le président Boni Yayi a encore ouvert le dossier Lépi (liste électorale permanente informatisée). Si l’unanimité est faite autour de l’impératif que constitue la réalisation d’un tel instrument pour une viabilité des élections au Bénin, beaucoup de voix discordantes se soulèvent sur la manière dont serait faite la réalisation. Chaque camp politique veut que la Lépi se réalise selon sa manière et il est à craindre une fois que la réalisation de la Lépi ne soit encore un tigre en papier comme ce fût le cas avec l’ancien ministre Alain Adihou. L’honorable Chabi Sika de FCBE, son homologue Epiphane Quenum de la Renaissance du Bénin et le comité d’experts indépendants des partenaires au développement ont tous déposé des propositions de lois qui dorment encore dans les tiroirs de l’Assemblée nationale. Des débats houleux sur fonds de calculs politiciens sont en perspectives donc autour de ce sujet. Aux côtés de ces avancées politiques notables qu’il faut saluer, il y a bien sûr un bémol à l’action politique du chef de l’Etat. Ce sont ses relations difficiles avec la classe politique et l’incapacité de l’alliance politique qui le soutien d’obtenir une majorité stable à l’Assemblée. Ce qui a conduit le président de la République à recourir deux fois déjà à l’article 68 de la constitution pour faire passer certaines lois importantes pour la nation, mais rejetées par la représentation nationale par défaut de majorité présidentielle absolue au parlement. Une situation qu’il va falloir corriger avant la fin du mandat. Car 2011 est déjà là.
Sur le plan économique
Il y a trois ans, le Bénin était à terre sur le plan économique. L’ancien régime a mis à sac le pays. La gestion peu orthodoxe de l’administration Kérékou essentiellement basée sur le népotisme, le despotisme, la gabegie, l’affairisme au sommet de l’Etat, l’évasion et la fraude fiscale, le détournement du denier public a appauvrit les populations. Le panier de la ménagère était vide. Le taux de croissance tournait autour de deux pour cent. Mais aujourd’hui, grâce à la politique macroéconomique du Président Boni Yayi et de son gouvernement, le Bénin se refait une bonne santé financière et économique. Les fonds générés par la filière des véhicules d’occasion qui chutaient autrefois dans les poches de vils individus permettent aujourd’hui de financement le programme de microcrédits aux plus pauvres. Aujourd’hui, 506.495 crédits ont été placés au 31 novembre 2008 pour un montant total de 15.347.729.000FCF. En dehors des microcrédits, le gouvernement a fait beaucoup de progrès. Le relèvement de l’indice salarial, l’augmentation du Budget national, la lutte contre la cherté de la vie, l’apurement des dettes de régime défunt (12 milliards pour le compte de la Sonapra, les arriérés salariaux, la titrisation etc…). Le gouvernement du changement a, en outre, réalisé de grosses infrastructures : la construction des villas de la CEN-SAD, la construction de passage dénivelé de Houéyiho et de l’avenue Mgr Steimez, la construction en cours de l’aéroport de Touro à Parakou, l’acquisition au profit de l’organisation commune Benin-Niger de trois locomotives de type CC, la construction en cours du nouveau siège de l’assemblée nationale, la construction en cours de la nouvelle cimetière et les divers chantiers d’urbanisation, des routes et des pistes rurales ouvertes. Tous ces efforts du régime du changement sont à encourager au regard de la volonté du Président Boni Yayi de faire du Bénin un pays émergent. C’est dire donc que, en trois ans de gestion de pouvoir, l’économie béninoise a connu réellement en essor, lequel essor n’a pas manqué d’avoir un impact sur les acteurs économiques.
Sur le plan diplomatique
Dès son arrivée à la tête de l’Etat béninois, le chef de l’état le Dr Boni Yayi a compris que pour développer le pays qu’il faille donner un coup de fouet à la diplomatie béninoise .C’est ainsi que très tôt ,l’homme en bon chef d’ Etat a pris son bâton de pèlerin pour aller vendre l’image du bénin à l’étranger. Et en trois ans de diplomatie intense sous le changement, le pays connaît assez d’amélioration comparativement aux années antérieures dans plusieurs domaines. La nouvelle diplomatie de l’Etat béninois n’est pas sans bénéfice pour le peuple. Grâce à cette diplomatie sous le changement plusieurs hautes autorités des pays de l’occident sont arrivées au bénin. Au nombre de ceux-ci on peut entre autres citer : l’actuel président de la République Française Nicolas Sarkozy ministre de l’intérieur d’alors sous le président Chirac ( 19 mai 2006), la visite au bénin du président vénézuélien Hugo Chavez en 2006 ; le 43 eme président des états unis Gorges walker Bush qui pour la première fois a foulé le sol béninois pour la première fois ( février 2008), la visite récente de la présidente de Finlande dans notre pays sans compter les dizaines de chefs d’Etats africains etc. Les nombreux voyages du chef de l’Etat tant à l’intérieur du continent, qu’à l’extérieur ont beaucoup apporté que ce soit sur le plan économique ; sur le plan du financement et de la réalisation des infrastructures et autres. Cette diplomatie redynamisée sous le changement a permis au Bénin de redonner une nouvelle visibilité à notre pays à travers la promotion de ces cadres nichés dans les institutions internationales grâce aux efforts déployés par le gouvernement de Boni Yayi. Boni Yayi sous son mandat prime la compétence sans considération politique. Il se refuse de sacrifier les cadres sur l’autel des motivations politiques ; en témoignent les nombreuses promotions sous son mandat. Au nombre de celles-ci ,on peut citer : la promotion de Me Abraham Zinzindohoué à la tête de la cour de justice de l’ Uemoa ; celle de Abdoulaye bio Tchané à la Boad, sans oublier Guy Amédée Adjanonhoun à l’Uemoa ; Christian Adovelandé à la Banque d’investissement et de développement de la Cedeao (Bibc) ; Martin Gbédey au conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers (Crepmf) de la Cedeao, Albert Houngbo à la tête de la commission de l’Uemoa, Noël Dossou-Yovo à l’Institut africain d’assurance de Yaoundé. Elisabeth Pognon ; Célestine Houétohossou et Jean Pierre Ezin à la commission de l’Union africaine ; Luc Gnacadja au poste de secrétaire adjoint des Nations unies et beaucoup d’autres. Ayant compris qu’on ne peut parler de pays émergent sans la diplomatie, le gouvernement du changement à travers son actuel ministre des affaires étrangères Jean marie Ehouzou, s’est battu des pieds et des mains pour que se tienne la première conférence des ambassadeurs béninois sous le changement et la deuxième du genre dans l’histoire du peuple béninois. Au cours de cette conférence qui s’est tenue au palais des congres de Cotonou de nouvelles orientations ont été proposées par les diplomates pour accélérer le processus de développement de la diplomatie béninoise. « La relance de l’action diplomatique pour le développement économique et social du Bénin à l’ère du changement » était le thème principal de la conférence des ambassadeurs.
Sur le plan social
Boni Yayi en trois ans a posé beaucoup d’actes. Le 12 Octobre 2006, le conseil des ministres, a décidé d’assurer la gratuité de l’éducation maternelle et primaire. Une faramineuse somme de 2milliards 800millions a été débloquée et convoyée dans les établissements publics, primaire et maternel. La noblesse de cette vision a séduit plus d’un bailleur de fonds et plusieurs chefs d’Etats africains, européens, américains et asiatiques qui ont mobilisé des énergies pour soutenir la gratuité de l’enseignement au Bénin. Ceci a encouragé le gouvernement du Dr Boni Yayi dans ses efforts de redressement de l’école béninoise agonisante. En conseil des ministres le 17 Novembre 2007, le gouvernement a mis en place un Programme Spécial de Construction de 6000 salles de classe exécuté en deux phases: la première relative à la construction de 1272 salles de classe répartie entre les Agences de maîtrise d’ouvrage déléguée est définie de façon équitable sur l’ensemble du territoire national en fonction des capacités d’intervention de chaque Agence. La seconde porte sur le court terme et concerne la construction et l’équipement en mobiliers des 4 728 salles de classe restantes. L’exécution du Programme s’accompagnera de recrutement de nouveaux enseignants pour atteindre l’objectif « chaque classe, un enseignant », de formation initiale et continue des enseignants et d’acquisition de matériels pédagogiques. Dans cette optique, le service militaire d’intérêt national a donné aux écoles béninoises environ 3000 cadres formés. En marge du Programme Spécial de Construction des 6000 salles de classe en matériaux définitifs, se poursuit la construction des salles de classe en matériaux provisoires pour abriter dans l’immédiat les élèves sans salle. Au total plus de 200 salles ont été construites. Par cette gratuité Boni Yayi a mis fin à 17 ans de mutisme. A cela s’ajoute la subvention de l’inscription au niveau de l’enseignement supérieur. Même si beaucoup de choses restent à préciser. Bon an mal an, l’éducation pour tous est en marche. Il faut aussi noter que des grèves perlées ont marqué les trois années de Boni Yayi et pourtant, mieux que par le passé les syndicalistes ont remporté d’importantes victoires. Selon les informations glanées au ministère de la fonction publique, dans la plate forme revendicative adressée au gouvernement, les responsables syndicaux ont exigé à la date du lundi 22 Octobre 2007 la satisfaction de 22 doléances dont 8 à incidences financières et 14 sans incidences financières. Avant cette date, ils avaient déposé une liste de 100 revendications le 1er Mai 2007 pour finir par se fixer à 22 revendications après amendements et reformulations. Bien que les revendications sous le changement ne soient pas totalement satisfaites, les travailleurs du Bénin peuvent se prévaloir d’un certain nombre d’acquis qui se déclinent en termes d’apurement des arriérés salariaux et de titrisation, le relèvement du point indiciaire et surtout le relèvement du smig qui est passé à 31.625FCFA. Le règlement du dossier des agents contractuels PIP et des agents dits occasionnels, la réduction des taux d’IPTS par tranche de salaires, l’institution d’un mécanisme de révision des pensions des retraités tous les deux ans, et l’octroi de subvention de l’Etat aux écoles privées pour celles qui remplissent les conditions. Par ailleurs, les femmes ont bénéficié d’un vaste programme de micro finance depuis 2006 jusqu’à ce jour qui leur permet de sortir un temps soit peu de la misère. Depuis le 1er Avril 2009, la césarienne est gratuite ou subventionnée selon votre appartenance à l’un ou l’autre camp. Et plusieurs autres actions dont on ne dispose pas d’espace nécessaire pour en parler. On peut dire en toute honnêteté que sous le changement, les conditions sociales ont véritablement évolué même si la crise économique mondiale et l’inflation ne permettent pas de ressentir tout le bienfait de ces trois dernières années dans le contexte béninois.
En définitive, en trois ans de gestion de pouvoir, le régime du changement peut se satisfaire des avancées accumulées à son actif même si beaucoup reste à faire.
La rédaction


