Le Guide libyen à la tête de l’Union Africaine pour un an, ce sont des couacs à la queue leu-leu pendant un an, le couac à l’origine de tous les autres étant sa désignation en soi, puisque nos dirigeants, pratiquement tous élus vaille que vaille (à l’exception de deux ou trois monarques dont le plus important est celui du Royaume Chérifien) ont porté à la tête de notre grande organisation quelqu’un qui n’a jamais été élu, qui ne compte pas l’être parce qu’il a tout contre l’élection comme mode de désignation d’un chef d’Etat. Le guide libyen a, du pouvoir politique au sommet de l’Etat, une conception à la fois autocratique et messianique. Et il n’a pas tardé à le faire savoir à la tête de l’Union par ses propos et prises de position.
L’Elu d’Allah est descendu chez les mortels au sud du Sahara et leur a délivré son message, sa bonne nouvelle de la bonne manière de conduire les peuples et de prendre soin d’eux. A l’usage des Mauritaniens : le calendrier de la junte putschiste est le meilleur qui soit, et les opposants au putsch ont tout intérêt à s’y conformer, d’ailleurs les sanctions de l’Union contre les putschistes sont levées (décret du Guide) et, pour tout dire, la démocratie est un système importé. Et basta ! A l’usage des bons citoyens de la Guinée-Bissau : le délai constitutionnel de deux mois pour élire le nouveau président est évidemment trop court. Et parlant seulement de trop court, le Guide a fait une immense concession au cours des choses dans ce pays, puisque la Libye, qui n’a pas importé chez elle la démocratie, fonctionne sans constitution et sans élection. Le mieux serait donc que le président intérimaire de la Guinée-Bissau se proclame messie jusqu’à son emportement au paradis par les anges dans son âge avancé. A l’usage des charmants Nigériens : il est juste et bon que la constitution soit révisée pour permettre au président en exercice de se présenter et de se représenter autant de fois qu’il le veut. Immense concession là aussi car, une bonne révision de la constitution devrait abolir la constitution, faire place nette pour que l’on voie simple et clair une fois pour toutes.
Parfaitement en porte-à-faux avec la volonté des peuples africains clairement exprimée à travers les mouvements de révolte des années 1990, la bonne nouvelle kadhafienne a été délivrée – il importe de le souligner – dans des pays pauvres très endettés (PPTE) qualifiés aussi, chacun à son tour, de pays ‘‘l’un des plus pauvres de la planète ». Dans ces pays, n’importe quel magnat de l’argent – et le guide en est un – peut venir raconter sa vie. On l’écoute poliment dans l’espérance forte qu’il ne partira pas sans laisser pleuvoir quelque manne sur le pauvre pays humilié mais qui s’est montré d’un accueil si chaleureux, si charmant et tellement bon-enfant. Quel accueil eût été réservé aux oukases de l’Elu d’Allah au Maghreb ou en République sud-africaine ? Or à peine le Guide avait-il fini de parler que l’un des pouilleux – en l’occurrence le ‘‘girafien » président Abdou Diouf – sans doute agacé, a décidé de relever le gant et de donner coup pour coup. Au nom donc de tous les autres pouilleux écrasés par des propos irrespectueux, à la limite de l’arrogance, il prit la parole et réaffirma la nécessité de la démocratie et de l’alternance jusque et y compris en Afrique noire. Et pendant qu’Abdou Diouf parlait, les Malgaches chassaient patiemment et résolument du pouvoir leur président pour démontrer qu’une constitution démocratique ne peut pas devenir un dogme sur lequel s’appuierait le chef de l’Etat démocratiquement élu pour devenir le tout-puissant commerçant de son pays, un potentat méprisant pour la misère du peuple et oublieux de sa mission sacrée d’aider le peuple à soigner ses blessures. Et voilà peut-être le Guide légèrement embarrassé aux entournures : fidèle à sa logique, va-t-il féliciter Andry Rajoelina d’avoir terrassé l’ordre constitutionnel importé, condamner l’Union Africaine de l’avoir condamné et l’aider résolument à installer maintenant à Madagascar un ordre autocratique et messianique ? Voire.
Mais revenons d’un mot à Abdou Diouf pour suggérer que son exemple soit suivi, et que Kadhafi à la tête de l’Union Africaine nous soit occasion de refus de toute insulte, occasion de démarquage et de clarification de nos positions
Chronique de Roger Gbégnonvi : Union Africaine et tourmente Kadhafienne
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23 mars, 2009
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