Semaine de révélation que celle qui s’achève, de révélation pour l’Afrique. Vu de trois pays différents, le continent a montré de lui-même un visage qui a fait plisser les fronts des Africains les plus blasés mais à qui il reste une conscience nostalgique du meilleur possible. En vérité, tous les Africains auraient dû froncer les sourcils à la vue de ces événements, tous à l’exception de nos enfants et petits-enfants, accrochés à leurs jeux-vidéo dans les villes, à leur houe et à la précarité de la vie, dont ils n’ont même pas conscience, dans les villages.
Nous voici donc à Conakry. Si le fils aîné de feu Lansana Conté, ci-devant président de la République, était mort dans son lit d’hôpital pendant sa détention au Camp Alpha-Yaya, comme le bruit en avait couru, une part de l’explication était déjà toute trouvée : les caïds de la drogue, qui se recrutent dans la haute sphère de l’armée (Ousmane Conté est lui-même commandant) et de la politique, l’auront fait disparaître pour l’empêcher de continuer à parler au risque de trahir les gens et les secrets du »milieu ». Il y a d’ailleurs fort à parier que, pour cette raison, cette affaire reste sans suite : nul ne voudra soigner l’Etat secoué par la drogue.
Transportons-nous maintenant à Bissau. Le chef d’Etat major et le chef de l’Etat assassinés à 24h d’intervalle, dans un scénario presque préétabli dès l’assassinat du premier. Et pas le moindre indice révélé pour au moins un suspect à mettre en examen. L’importance politique des deux personnes précipitées de vie à trépas n’y fait strictement rien ou constitue précisément la raison pour laquelle le crime restera sans criminel. Mais l’on évoque aussi, pour expliquer la promptitude et l’anonymat des tueurs, non seulement une simple question de vendetta, mais aussi un fort relent de cocaïne colombienne, dont la Guinée-Bissau est devenue, de l’avis de tous, un haut lieu de développement avec, pour acteurs, des gens recrutés dans les deux sphères élevées de la politique et de l’armée où les assassins sont allés chercher leurs victimes de choix. L’Etat brisé par la cocaïne. Belle Afrique ou Afrique noire ?
Allons à présent un peu plus loin que Conakry et Bissau, du côté de Khartoum, où le crime semble avoir un visage désigné par la CPI. Eh bien là, c’est L’Union Africaine soi-même qui a pris les choses en main, non pour nier le génocide et le crime contre l’humanité, ni même pour plaindre les centaines de milliers de victimes de la guerre du Darfour (Arabes contre Noirs non arabes), mais pour demander au Conseil de Sécurité d’attendre, de temporiser. Peut-être à la manière dont on temporise à Dakar autour de Hissène Habré, pour lequel on exige de recevoir »tout l’argent d’abord » avant de commencer le procès.
A Dakar, comme d’ailleurs à Khartoum, la colonisation a le dos large, si large que l’on évoque »notre souveraineté nationale » pour vouloir que la CPI, instance jugée néo-coloniale, aille faire justice partout où elle voudra sauf en Afrique. De sorte que, de l’esclavagisme à nos souverainetés nationales en passant par la colonisation, l’Afrique reste noire de crimes mais vierge de châtiment. Et les Africains de tous couleurs prêtent main forte à ce paradoxe, si le mot paradoxe n’est pas trop faible pour dire l’énormité du déni de justice dont il s’agit !
La souffrance juive a toujours ses veilleurs et ses éveilleurs – écrivains. cinéastes, historiens, traqueurs de nazis – pour que la Shoah ne se répète pas. La souffrance africaine, notamment noire, n’a ni veilleurs ni éveilleurs, et elle se poursuit avec l’aide des victimes, ou de leurs descendants, devenues bourreaux tranquilles de leurs »frères » (mot très prisé en Afrique). Sous-couvert de souveraineté nationale, nos dirigeants délaissent le développement d’un pays potentiellement riche comme la Guinée-Conakry ou d’un des pays les plus pauvres d’Afrique, comme la Guinée-Bissau : ils nous laissent à l’abandon et se font narcotrafiquants pour leur propre gouverne. Et au sein de l’Union Africaine, ils se comportent comme un syndicat voué à la défense des intérêts corporatiste de ses membres. L’Afrique et son développement et ce qu’il faut entreprendre pour qu’elle cesse de souffrir ? Bof !
Et nos enfants et petits-enfants accrochés en ville à leurs jeux-vidéo, au village à leur houe et à la précarité de la vie. L’Afrique de demain…Belle Afrique ou Afrique noire ?
Chronique de Roger Gbégnonvi : L’Afrique en drogue et crimes sans châtiment
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10 mars, 2009
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