Plus que les autres existences, il semble que nos existences africaines soient faites de contrastes terrifiants comme le couteau sur tout vivant, de faces solaires et ténébreuses, non pas consécutives mais concomitantes, de sadisme hallucinant et d’angélisme fascinant chez le même individu, surtout s’il est le timonier national. Ainsi, et uniquement pour l’exemple, Robert Mugabe, qui a fêté samedi ses 85 ans à 200.000 euros, homard, champagne et caviar, a-t-il, de façon responsable, scolarisé sa fille à Hong-Kong, où il possède une belle résidence. Mademoiselle Mugabe y habite, probablement entourée de deux ou trois gouvernantes préposées à ses petits soins pour que tout se passe de sorte que ses études portent les fruits escomptés par Papa et Maman. Bonté et tendresse. Tout père voudrait, veut d’un tel bonheur pour sa fille. Papa Robert est un père avisé et aimant. Adorable. Il a très bien fait de soustraire sa fille au cauchemar zimbabwéen : misère étalée sur fonds de choléra pour l’ensemble, pauvreté pour les cadres qui n’ont pas encore coulé, peur au ventre pour les apparatchiks qui se la coulent douce sur le dos du peuple clochardisé. Papa Robert a très bien fait d’éviter à sa fille un traumatisme susceptible de briser la jeune vie de toute demoiselle.
Mais il se trouve que Papa Robert, Président-Fondateur, est aussi, voire d’abord, le père de la nation zimbabwéenne. A ce titre et à beaucoup d’autres, il est également le père, entre autres, de toutes les demoiselles de l’âge de sa fille, qui veulent, elles aussi, poursuivre leurs études ou tout simplement leur apprentissage dans de bonnes conditions, même si elles ne sont pas à comparer avec celles de leur sœur exfiltrée vers Hong-Kong. En sa qualité de père de la nation, Papa Robert aurait dû faire montre du même zèle, preuve de la même bonté et de la même tendresse pour toutes les demoiselles zimbabwéennes. Ce n’est pas le cas.
Et que l’on n’aille pas jeter trop vite la pierre au président Mugabe. Car le syndrome de Papa Robert tendre et cruel, tendre pour les siens et cruel pour le peuple, semble courir les allées du pouvoir en Afrique et même hors d’Afrique. L’hagiographie léniniste rapporte que le père de la révolution bolchevique n’arrivait pas à dormir tranquille à l’idée que, quelque part dans le vaste empire soviétique, quelque petite fille irait dormir le ventre creux, à cause de la grande misère qui sévissait et qu’il était venu combattre. Voilà qui est beau, mais qui n’a pas empêché Lénine et les camarades de fabriquer des masses d’orphelines, mortes de faim, de misère et d’abandon, parce que leurs pères paysans, qui n’avaient pas lu Karl Marx, avaient eu le tort de se considérer comme propriétaires de leurs terres : on les déporta et les massacra, sans égard pour leurs petites filles. Bokassa, pas fou à lier, aimait d’amour paternel et tendre ses enfants, pendant que, de sa canne d’apparat, il crevait l’œil aux écoliers de Bangui coupables d’avoir crié famine au milieu des fastes du Palais impérial. Et l’on sait que ses pairs, chefs d’Etat africains, placent leur argent et leurs enfants en sécurité et liberté entre Paris et New York, Tokyo et Hong-Kong, pendant que chez eux et parce que chez eux ils laissent prospérer insécurité et atteintes aux libertés individuelles et économiques.
D’où il ressort que la question à poser désormais à tout prétendant à diriger un pays africain est celle de savoir où, dans le monde, il veut faire fructifier son argent et à quel pays il entend confier la formation de ses enfants. A sa réponse (sincère), vous saurez s’il est patriote africain ou hong-kongais, et quel sort, ténébreux ou lumineux, il compte faire à l’économie et à l’éducation dans son pays. Il est certain qu’à la question, tous les candidats répondront de façon complaisante. Aussi faut-il les avoir à l’œil après leur élection ; dès les premiers signes de hong-konguisation (excusez le barbarisme), utiliser tous les moyens légaux et constitutionnels pour éviter la malgachisation (un peu moins barbare). Car il est au pouvoir des peuples d’obliger leurs dirigeants à prendre en considération toutes les demoiselles de la nation dont ils sont les pères constitutionnels. Peut-être pas l’or ou le diamant de Hong-Kong, mais tout au moins l’argent dont aurait pu se contenter également Mademoiselle Mugabe.
Chronique de Roger Gbégnonvi : Mademoiselle Mugabe
Laisse un commentaire
2 mars, 2009
Pas encore de commentaires
URL TrackBackLaissez une réponse
Page d'accueil N.B. Vos commenatires feront l'objet d'approbation avant toute publication éventuelle.Articles afferents
- Chronique de Roger Gbégnonvi: Non pas la paix mais justice et paix
- Campagne électorale précoce dans les médias : La HAAC incapable !
- Après avoir montré son incapacité à diriger la CPS-LEPI : EPIPHANE QUENUM N’A PLUS RIEN DE BON A DIRE
- 4ème gouvernement du changement : QUE PEUVENT CES NOUVEAUX MINISTRES POUR 2011 ?
- Évangélisation au Bénin : LE MINISTERE DE LA PISCINE DE DELIVRANCE FETE SES 10 ANS D’EXISTENCE
Connexion
Commentaires Récents
- dans Prostitution dans la sphère universitaire béninoise : Un mal qui se répand da…
- dans Philibert Cossi Dossou-Yovo : Le béninois qui guérit le Sida
- dans Prostitution au Bénin: « Un métier qui permet de manger, mais qui fait souff…
- dans Lancement officiel de la fortification des aliments en micronutriments : LE GOUV…
- dans Décrispation de l’atmosphère à la cnss : Guillaume Attingbé plaide pour le…
- dans Entretien avec Abakè Assogba, fondatrice de l’organisation « Abake’s Foun…
- dans Entretien avec Abakè Assogba, fondatrice de l’organisation « Abake’s Foun…
- dans La Rrévision de la constitution au Bénin


