Lettre ouverte au président Zinsou
Karim Urbain Elisio da SILVA Porto-Novo, le 21 Février 2009
Place Bayol /Porto-Novo
A Monsieur Emile Derlin ZINSOU
Ancien Président de la République
Cotonou
Monsieur,
A travers les médias, l’opinion publique a pu s’informer jusqu’à un passé récent des litiges domaniaux qui nous ont opposés et de leur dénouement judiciaire en ma faveur, malgré vos diverses et innombrables manœuvres dilatoires.
Mais au-delà de ces litiges, elle s’est interrogée dernièrement sur les mobiles de votre récente menace de renoncer à votre nationalité béninoise si ma nomination au poste de Grand Chancelier de l’Ordre National du Bénin n’était pas reconsidérée par la Haute Autorité.
Au sujet de cette nomination, je ne surprendrai personne en révélant n’avoir pas été demandeur au préalable.
Je n’étonnerai personne non plus en faisant observer que toute ma vie d’adulte durant j’ai été un chef aux commandes. Vous conviendrez alors que dans ce contexte, me retrouver sous ordres sur le tard et pour le restant de mes jours frisait une auto-humiliation que ceux qui connaissent mon parcours, me reprocheraient.
A mon âge, je ne me soucie plus de mon avenir, mon passé marqué de combativité et de succès incontestables m’assure un présent à l’abri du besoin et, m’autorise à jouir du repos.
Si donc ma nomination au poste de Grand Chancelier de l’Ordre National du Bénin serait un motif de renonciation à votre nationalité béninoise, je me permets de vous dire que ce faisant, vous ravivez, en vos compatriotes, les souvenirs douloureux qui ont fait de vous, un apatride.
Puisque, vous êtes le commanditaire principal de l’agression du 16 Janvier 1977 qui a ôté la vie à des Béninois. D’autres, vivants ont été embarqués ce jour là par vos mercenaires et sont considérés aujourd’hui comme disparus, n’étant plus jamais revenus.
Vous vous êtes consciemment dépossédé de la nationalité du pays, ce qu’a confirmé votre condamnation à mort répétée.
A la faveur de la Conférence Nationale, vous avez bénéficié de l’amnistie accordée aux exilés volontaires. Bien que votre cas fut particulier (meurtres et enlèvements de compatriotes) on vous a restitué cette nationalité.
Dans des pays attachés à l’histoire ou, plus précisément, au sens de l’histoire, vous seriez à jamais privé de la nationalité, le crime de sang commis contre vos concitoyens étant, par extrême gravité, légalement imprescriptible.
J’insiste : sous d’autres cieux, vous ne seriez pas retourné aux pays pour y vivre en toute tranquillité, en toute impunité, et en toute sécurité, tel qu’il en est aujourd’hui le cas.
Le scrupule devrait vous ôter de l’idée, l’adresse d’une menace si grossière et si infamante pour votre propre personne. Même si une telle menace est dirigée à mon endroit, moi contre lequel vous avez perdu tous vos procès et qui de surcroît suis la personne que vous croisez encore sur votre route dans vos scandaleuses salades du Congo.
Eh OUI ! Vous ne me pardonnez pas non plus, d’être au courant et, d’être intervenu dans l’affaire de vos dettes envers le gouvernement de la République démocratique du Congo. M’en excuserais-je ?
C’était en 2004. J’ai alors reçu un fax daté du 14 juin 2004 de Monsieur Thomas KANZA, ancien ministre sous le Président Kabila (Père). Par ce fax, Monsieur KANZA me demandait de le renseigner sur les actions engagées par mes soins pour le règlement à l’amiable des dettes contractées par le Bénin. En effet, il lui revenait de s’expliquer, accusé qu’il était d’être en complicité avec des amis béninois – dont ma personne – pour étouffer cette affaire.
Le lendemain de la réception de ce fax, je vous ai fait partager, à travers une lettre du 15 juin 2004, les préoccupations de l’Ambassadeur Thomas KANZA, en vous rapportant ce que les archives zaïroises ont révélé, à savoir que :
1°) pendant votre présidence, des prêts ont été accordés à la République du Bénin par la République sœur du Congo Kinshasa. En qualité de Président de la République,
Le dernier accord de prêt est de Septembre 1969 date de sa signature et les fonds relatifs sont parvenus seulement (1) un mois avant votre éjection du pouvoir.
Devrait-on vous rappeler que votre déguerpissement de la Présidence de la République s’est réalisé à la plus grande satisfaction de tout le pays devant l’horreur des d’injustices, de la terreur, de la brutalité et des atrocités commises sans égard pour la dignité humaine contre vos concitoyens sans oublier le pillage indicible du domaine public de l’Etat (cf. journaux de la place).
Mais, revenons à cette affaire de prêts. Le point d’orgue effarant en était l’absence dans la comptabilité publique de toute trace de ces sommes pourtant reçues par vous au nom de la République du Dahomey.
Ma lettre était donc révélatrice de la forte indignation des autorités congolaises devant le détournement de ces montants mis à la disposition de notre pays. Enfin, je m’étais engagé à rendre public le contenu de ma correspondance au cas où aucune action visant à régler les dettes ne serait initiée « dans un délai raisonnable ».
Cinq bonnes années se sont écoulées depuis. Votre silence coupable n’exprime qu’une chose très grave : une monumentale escroquerie, aux dépens du Congo RDC dont les radios et télévision nationales ont repris la diffusion de cette « dette »
C’est cette attitude inexplicable et inconcevable qui me contraint à diffuser diverses correspondances justifiant le bien-fondé des autorités du Congo.
En effet, sur le terrain comme dans les livres comptables, aucune trace de l’affectation de ces sommes à un quelconque projet de développement à ma connaissance ne s’observe au-delà d’un enregistrement par la C.A.A.
Où est donc passé tout cet argent cette somme énorme que tous les Béninois se doivent de payer aujourd’hui, N’auriez vous pas pitié du pays Docteur ZINSOU ?
Devrais-je vous rappeler que sous la présidence du Général Christophe SOGLO, j’étais en 1967 chargé de mission auprès des autorités du Congo Kinshasa alors que vous étiez son Ministre des Affaires Etrangères. Je vous fais grâce de l’appréciation du Général SOGLO à votre endroit.
Changeons maintenant de registre, et laissons de coté vos turpitudes financières dans le seul but de vous enrichir, même si pour y arriver vous devriez spolier votre propre pays et en escroquer d’autres.
Vous aviez acheté auprès de moi, des terres à raison de 35 francs le mètre carré et payé en tout et pour tout, la somme de 12.650.000 francs CFA.
Plus tard l’Etat béninois vous a dédommagé d’environ 3 milliards de francs CFA pour une partie de ces terres, malgré mes protestations.
Conseiller très spécial du Chef de l’Etat, vous saviez y faire et vous vous êtes arrangé pour vendre à une structure de l’Etat, une partie de ces terres échangée contre une autre dans une zone différente.
Vous avez donc réussi à vous la faire acheter pour plus de 5 milliards de francs CFA. Hô Klo Hô ! Président ZINSOU si vous aviez séjourné plus longtemps au pouvoir, que serait-il resté pour les Béninois comme parcelle de terre ?
Vous êtes devenu homme d’affaires tout en conservant votre titre de Conseiller Spécial des présidents de la République successifs.
Et, pourquoi ? Votre seul intérêt. Il vous faut être proche du pouvoir pour influer sur les décisions, faire aboutir celles qui arrangent vos intérêts et amener à l’échec les autres qui pourraient vous desservir.
Et l’intérêt national ? Qu’en savez-vous qu’est-ce que cela veut dire pour vous ?
Pauvre Bénin ! S’il vous reste encore un peu de conscience et d’amour patriote aidez votre pays maintenant, aidez le Bénin aujourd’hui à sauver son honneur en payant la dette des Congolais.
Cette dette notre pays la doit à un de ces fils qui au cours de l’exercice de ces fonctions présidentielles éphémères qui a tout prendre hélas n’était que son fonds de commerce, a abusé de la patrie.
Veuillez recevoir, Monsieur le Président, l’expression de mes meilleures salutations.
Urbain Karim da SILVA
KarimUrbain Elisio da SILVA Porto-Novo, le 15 juin 2004
Tel: 21-24-28 Fax: 21-32-71
Objet: créances de la RDC
A
Monsieur le Président
Emile Derlin Z INSOU
Cher Docteur Zinsou,
J’ai l’honneur de vous rappeler ce qui suit afin de permettre, tout simplement, de clarifier une situation ambiguë qui n’a que trop duré et dont le plaignant en l’occurrence la République Démocratique du Congo, (RDC) ne cesse de me harceler. En effet, courant 1997, une délégation de la R.D.C., conduite par le Ministre Thomas KANZA, a séjourné pendant plus d’un mois à Cotonou en vue d’élucider certains contentieux existant entre nos deux pays. Elle réclame, éventuellement, les dettes non remboursées par le Bénin. A cette occasion, il a été porté à ma connaissance, l’existence de prêts et dons évoluant comme suit:
1°) 400.000 dollars US accordés en Février 1968, (prêt)
2°) 1.000.000 dollars US, don en espèce, accordés en juin 1968 en vue de l’organisation d’un référendum et de l’équipement de l’armée;
3°) 1.500.000 dollars US, prêt en espèce, accordés pour la création, le renforcement et la formation des miliciens qui devraient aller suivre une formation au Zaïre;
4°) 1.800.000 dollars US, prêt accordés en septembre 1969, pour la construction d’une usine de coton dans le Mono.
Les deux premiers prêts ont été consentis pour une durée de trois (3) ans tandis que les autres pour une durée de dix (10) ans.
Par lettre N° l3236/A1/221/96 du 30 septembre adressée au Président de la République du Bénin, la partie zaïroise opposait l’inexistence, éventuellement, d’une annulation de ces dettes par le Maréchal Mobutu comme semblait l’affirmer la partie béninoise, qui n’a pu exhiber un document justifiant cette déclaration…
Pour la partie zaïroise, ces allégations demeurent donc sans fondement; elles sont l’œuvre d’un ancien président béninois qui s’est vanté, à un diplomate zaïrois, l’avoir obtenu verbalement du Président Mobutu. Aujourd’hui l’exigence d’un remboursement s’avère urgente ne serait-ce que échelonné dans le temps, surtout en raison de nombreuses difficultés auxquelles la chancellerie Zaïroise était confrontée.
En fin juin 1995, après de multiples relances, la Caisse Autonome d’Amortissement du Bénin a fait un virement à l’ambassade du Zaïre à Cotonou en complément partiel des intérêts de ces prêts. Dans leurs archives, ces prêts seraient faits au nom de Docteur Zinsou, président de la République, négociateur et gestionnaire de ces opérations financières.
Invité à Kinshasa en RDC, j’ai eu plusieurs entretiens avec les autorités au haut niveau de ce pays, entretiens autour desquels le nom de Zinsou, Président de la République, est apparu au cours de plusieurs séances de travail. N’eut été ma vigilance, les autorités zaïroises auraient voulu faire un déballage médiatique scandaleux contre le Président Zinsou et, par voie de conséquence, contre l’Etat béninois. J’ai fait tout cela au nom de l’intérêt supérieur de la nation et en dépit de la campagne de dénigrement que vous, M. Emile Derlin Bodé Zinsou, orchestriez contre ma personne.
Dois-je vous rappeler qu’avant cela, en 1969, le Maréchal Mobutu avait dépêché deux émissaires militaires et un civil, (un ancien ambassadeur à Lagos, un ami) pour se renseigner auprès du Chef d’Etat-major dahoméen d’alors, en l’occurrence le Colonel Kouandété, de l’utilisation effective des fonds prêtés et des dons. C’est encore moi qui, au nom de l’intérêt supérieur de la nation, les avais apaisés car le Colonel Kouandété affirmait ne rien connaître de cette affaire. Il a longuement reçu ces émissaires qui lui ont fait d’autres révélations. Ce que je sais, c’est que le Chef d’Etat major, très satisfait, m’a remercié et m’a laissé entendre: «je le tiens ». Ce sont, entre autres, ces ‘’ révélations secrètes» que détenait le Colonel Kouandété mais que, par sagesse, il s’est abstenu d’en révéler le contenu en public car, il en savait trop sur ces malversations et détournements éventuels de fonds qui échappent à la comptabilité publique de notre pays.
S’agissant des intérêts supérieurs du pays, vous me semblez être en meilleure position, de par vos hautes fonctions antérieures et présentes, pour juger de l’ampleur et des conséquences qu’une telle affaire entraînerait pour le pays, quand bien même vos relations privilégiées avec l’actuel Ministre de la justice pourraient laisser croire à son étouffement. La balle est dans votre camp pour sauver l’honneur de notre pays
Le 15 Juin 1995, la Caisse Autonome d’Amortissement aurait payé, sous le régime du Président Soglo, la somme de cinq(5) millions de francs Cfa, au titre de règlement partiel des intérêts sur une partie des prêts du Zaïre. Si, depuis lors, d’autres paiements ont suivi, le Bénin saura s’en justifier et votre position dans l’appareil d’Etat vous permet d’accéder aux sources les plus fiables et objectives.
Pour nos frères Congolais, notre ingratitude notoire les surprend d’autant qu’ils ont eu à nous exposer leur situation d’insolvabilité chez nous au Bénin ainsi que le décès, pour manque d’argent, de deux de leurs diplomates, en l’espace de quinze (15) jours. Il s’agit du chargé d’affaires TATU et le premier secrétaire Pwati Polo décédés les 23-03-96 et 09-04-96 faute d’argent pour acheter les médicaments et observer leurs régimes alimentaires pour équilibrer leurs diabètes et hypertensions artérielles. Sommes-nous devenus des hommes sans cœur?
Comment avions-nous pu bénéficier si facilement des prêts et dons de leur part pendant nos difficultés réelles et assister aujourd’hui sans réagir en les voyant mourir de faim et subir les pires humiliations, notamment pour leurs diplomates en postes chez nous?
Dans un courrier récent l’Ambassadeur Thomas Kanza écrit: je cite … «Depuis l’assassinat du Président Désiré Kabila, le nouveau régime voulant porter ces litiges aux TRIBUNAUX et internationaliser ces dettes. J’ai fais de mon mieux pour temporiser», fin de citation
Responsable premier de cette situation, vous devez, en votre qualité de Conseiller Spécial du Chef de l’Etat, intervenir auprès de ce dernier pour lui rendre compte objectivement de la situation en vue d’obtenir le paiement sans délai, du principal, tout au moins, de ces dettes. Il y va de l’honneur du pays car, rappelez-vous bien que : « c’est dans le creuset de malheur que s’épure la vertu ». Les dettes cumulées de l’Ambassade du Zaïre (loyers, salaires, divers, sécurité sociale, frais de gestion de l’Ambassade etc.) à Cotonou s’élevaient à la date du 11 Mai 1998 à la somme de 390.230.434 francs CFA; alors que déduction faite du don de 1.000.000 US dollars, nous leur devons sans les intérêts la somme de 3.700.000 US dollars soit 2.220.000.000 francs Cfa. Avons-nous cessé d’être des humains?
Je demanderai aux autorités de la République Démocratique du Congo de nous épargner des intérêts et autres frais bancaires si le Bénin faisait un effort appréciable pour s’acquitter d’une partie importante de cette dette, assorti d’un échelonnement de remboursement.

