»Prier, pleurer, gémir est également lâche », il faut se rendre stoïquement à l’évidence et accepter une fois pour toutes que, depuis six mois environ et en dépit du bon sens qui devrait guider le calendrier électoral d’un pays sous-développé en temps de crise économique mondiale, le Bénin s’est mis en campagne présidentielle trois ans avant l’échéance. C’est fou. Mais nos coutumes ne rejettent pas les prématurés. Chacun de nous fera donc avec et ira de ses idées pour une bonne campagne qui débouche sur des élections pacifiques et transparentes après lesquelles reviendra le temps du développement et de l’émergence. Car, pour l’instant, émergence et développement du pays sont au régime amincissant du pain sec sans eau. S’ils n’ont pas tout à fait disparu avant la mi-avril 2011, il sera encore temps de leur refaire une petite vie et même une santé. Voici, pour y arriver, cinq idées-questions que les Forces et les Groupes pourraient et devraient exploiter dès à présent. Car il ne suffit pas de vouloir absolument l’alternance ou son contraire, encore faut-il expliquer au peuple les raisons de cette volonté farouche.
Question 1 :- Au cours d’un mandat présidentiel de cinq ans, comment arriver à mettre pour toujours de l’eau potable à disposition d’un village sur quatre ? Ce n’est pas un luxe, c’est vital, c’est la croissance harmonieuse des nourrissons, c’est une ribambelle de maladies éloignées de l’horizon des populations concernées, c’est la vie rendue plus vivable. Question 2 :- Pendant un mandat présidentiel de cinq ans, comment faire entrer l’énergie électrique dans un village sur quatre ? Ce n’est pas un luxe, c’est nécessaire, c’est l’éclosion d’une vie nouvelle chez les populations concernées, c’est une capacité de libération plus grande, c’est la contagion d’un certain bien-être, ce sont écoliers et élèves apprenant leurs leçons et faisant leurs devoirs dans des conditions de lumière semblables à celles de leurs camarades des villes. Questions 3 :- Dans un laps de temps de cinq ans, comment relier un village sur quatre aux villes environnantes par des chemins carrossables toute l’année ? Ce n’est pas un luxe, c’est vital, ce sont de nombreux produits vivriers qui ne pourrissent plus prisonniers des champs ou des cases de ceux qui les ont produits, pendant que l’Etat s’efforce de les importer de la sous-région ou carrément d’au-delà des mers, c’est une économie désormais épanouie et épanouissante pour ses humbles acteurs. Question 4 :- Comment s’y prendre pour qu’en cinq ans, deux langues nationales sur soixante-deux, l’une du nord, l’autre du sud, soient effectivement lues et écrites par l’ensemble de leurs locuteurs sur toute l’étendue du territoire ? C’est tout simplement vital, c’est l’amorce de la grande ère de l’explosion de nos savoirs, de leur heureuse mutation et de leur large diffusion pour notre bien et pour le bien du monde. Question 5 :- Et puisqu’il ne s’agit pas que du Bénin, comment le Bénin s’y prendra-t-il en cinq ans pour porter ces quatre préoccupations au niveau de l’UA, du NEPAD, s’il vit encore, et des bailleurs de fonds qui, eux, ne sont pas promis à la mort ?
»Mais c’est de l’homme qu’il s’agit ! Et de l’homme lui-même quand donc sera-t-il question ? »(Saint-John Perse) Aujourd’hui, »sur les pas précipités » de mars 2011, les différents protagonistes se rencontrent, se parlent et parlent d’alliances, affinent et peaufinent les stratégies de chute vertigineuse du camp adversaire et de l’élévation triomphale du camp à soi sur ses ruines. Camp à soi et quant à soi… Car le pays, dont l’absence sur la scène du monde est criarde, le pays dont la jeunesse, etc. Qui nous parle du pays ? Est-ce bien de lui qu’il s’agit au milieu du cliquetis des assiettes et des fourchettes ? Car l’on dîne et l’on déjeune à l’occasion. Et à qui viendrait-t-il à l’esprit la mauvaise idée de condamner ces agapes dont on n’est pas sûr qu’elles ne soient pas fraternelles ? Il est vrai qu’à certains échos, l’on peut avoir peur que ces politiciens attablés soient tout simplement en train de redessiner une carte du Bénin étirée entre cuiller à café et louche au bord d’une marmite dont on commence à apercevoir le fond. Et voilà justement pourquoi tous doivent se lever maintenant, oublier la panse à soi, faire agir l’esprit pour le remplissage de la marmite au bénéfice de tous.
Chronique de Roger Gbégnonvi : Contributions à la campagne présidentielle prématurée
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23 février, 2009
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