Le charbon fait partie de chaque foyer béninois ou presque. Il intervient dans la cuisson des repas et apporte chaleur et vie aux familles. C’est fort de cette réalité que nous nous sommes intéressés à la commercialisation de ce produit au marché Gbégamey de Cotonou, capital économique du Bénin. Ce marché qui se loge tout juste derrière l’INE, à quelque deux kilomètres de la barrière en venant de la plage de Djako Fidjrossè héberge, en effet, une partie importante de ce trafic. Quelle est la provenance du charbon ? Comment le commercialise – t-on ? Combien les béninois déboursent-ils pour se le procurer ? Quels sont les risques liés à ce commerce ? Voilà autant de zones d’ombre que ce papier tentera d’élucider.
Il sonne 6 heures du matin. On entend les cliquetis d’une porte qui s’ouvre. C’est dame Hodonou Brigitte qui s’éveille pour étaler son charbon avant l’arrivée du premier client. Assise sur un petit tabouret en bois, le dos légèrement voûté devant un sac de charbon couché au sol, elle empile des morceaux de charbon dans des sachets noirs de taille variée qu’elle prend le soin de nouer solidement. Sa journée vient ainsi de commencer et ne s’achèvera que sur les coups de 22 heures où, épuisée, elle s’en remettra à son lit pour se consoler du dur labeur de la journée. Tout comme elle, la trentaine de personnes que nous avons visitées s’adonnent à ce commerce au marché Gbégamey. Grossistes et détaillants à la fois, elles vendent en moyenne 8 rangées de charbon en l’espace de 20 jours, à raison de 15 sacs par rangée. Selon dame Hodonou Brigitte installée dans ce commerce depuis une vingtaine d’années, le charbon ne nécessite pas un gros investissement pour le revendeur de Gbégamey. Il existe des fournisseurs qui livrent jusqu’à 50 rangées aux revendeurs quitte à recouvrer leurs fonds un peu plus tard au fur et à mesure que la vente progresse. Une rangée coûte aujourd’hui entre 60 et 80 mille FCFA et se vend en trois jours maxima. Akossiba, une vendeuse de riz, venue acheter 3 sacs de charbon nous confie qu’elle achète l’unité à 6.500f CFA et ceci journellement du fait de la taille de son restaurant. «Il y a des mets que le gaz ne saurait cuir comme le charbon,» ajoute-elle. Ainsi pour se procurer du charbon, « les clients déboursent invariablement 5.000 ou 6.500 FCFA selon la grosseur du sac acheté. » précise Bertin Cossi, lui aussi, revendeur de charbon au marché Gbégamey. Pour ce dernier, les prix ont monté ces cinq dernières années. Car auparavant, les sacs s’achetaient à 2.000 ou 3.000 FCFA. Comme pour renchérir, Cacanon, la quarantaine, affirme qu’« autrefois, même avec 500 ou 1.000 F, on pouvait se procurer un sac de charbon. Elle informe que « c’est mémé da Cruze, aujourd’hui octogénaire, en retraite à Pahou chez son fils qui est à l’origine de ce commerce. » Elle, la petite fille de mémé aurait donc hérité de ce commerce que sa mère avait initié.
Le charbon vient de Kokoro, Togbon
A l’époque, tout comme de nos jours, l’essentiel du charbon vendu au marché Gbégamey de Cotonou provient de Savè, Kokoro, Togbon etc., il est convoyé sur Cotonou par les camions ou les wagons de l’OCBN. Mme Adéoti et Dah Hovi, deux vendeuses attitrées de ce commerce que nous avons rencontré sur les lieux parce que venues récupérer leur créances expliquent : « nous achetons de grands chantiers à Kokoro et Togbon que nous exploitons avec l’appui technique des fabricants de charbon. C’est ce charbon que nous convoyons sur Cotonou pour le commercialiser avec des commerçants sur place. Nous ne leur exigeons rien mais de temps en temps, nous circulons pour avoir le niveau du stock déposé afin de rentrer en possession de nos fonds. Généralement, lorsqu’elles vendent, elles paient sans bagarre. » Il faut ajouter que ces grossistes qui exploitent les forêts reçoivent une autorisation de l’ONAB avant toute activité.
Les difficultés et avantages du métier
Comme toute activité économique, le commerce du charbon à Gbégamey a ses hauts et ses bas. Aux dires de la plupart des revendeurs, chefs de ménages, c’est le fruit de cette vente qui permet la scolarisation des enfants, leurs soins primaires et leur éducation. Dame Brigitte dit d’ailleurs que « le charbon nourrit son homme ». Mais tout n’est pas rose. La vente du charbon est très exigeante à certains moments. Lors des pluies, il faut souvent sécher le charbon. La poussière occasionnée par ce produit affecte dangereusement la santé. C’est pourquoi presque tous les revendeurs consomment du lait et de l’huile rouge mensuellement.
Ulrich Vital AHOTONDJI

