Les crises successives qui ont ébranlé le monde depuis 2007 – crise alimentaire, financière et pétrolière- nous ont poussé à questionner le quotidien des familles basées à Cotonou, la capitale économique du Bénin. Selon les statistiques 2008 du Fonds des Nations Unies pour la population, plus d’un million d’âmes se côtoient dans cette commune à statut particulier, principale ville du Bénin. Comment vivent donc ces milliers de familles à Cotonou essentiellement composées de populations peri-urbaines et rurales en quête de mieux-être fragilisées par la pulvérisation drastique de leurs revenus et l’amenuisement de leur pouvoir d’achat ? Pour répondre à cette préoccupation, nous nous sommes appesanti sur les recherches documentaires réalisées par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), l’Institut National de la Statistique d’Analyses Economiques (INSAE), l’office National d’Appui à la sécurité alimentaire (ONASA), le Fonds des Nations Unies pour la population, et surtout le Journal La Croix du Bénin N° 977 du 16 Janvier 2009 qui a publié une recherche de la Compagnie de Jésus sur les dépenses des ménages à Cotonou. Les techniques d’entretien, d’interview et d’observation nous ont aussi permis de collecter des données auprès des familles pour mieux cerner la question. Sur une moyenne de 100 ménages interrogés à raison de 10 par arrondissement, il ressort que le graphique des revenus des ménages à cotonou présente sensiblement 18j de familles vivant avec un revenu mensuel en deçà du smig (27.500), environ 35 j entre 30.000 et 60.000, 38j entre 70.000 et 150.000. Le reste constitué des cadres, des politiciens, des fonctionnaires internationaux, des commerçants grossistes etc atteint le million et plus par mois. Parallèlement à ces revenus très disproportionnels d’une classe à une autre, les familles consacrent des lignes budgétaires à la Santé, l’Education, le Loyer, le Manger, le Transport, l’électricité et l’eau, l’habillement, la communication, la distraction et les dépenses diverses telles que les dons, l’assistance aux parents et aux amis etc. Tous ces volets peuvent être classifiés en dépenses alimentaires et en dépenses non alimentaires. Selon les résultats d’enquêtes présentés dans la Croix du Bénin par les Jésuites, pour un ménage moyen, le panier alimentaire décline entre autres des produits comme le maïs, le riz, le haricot, le gari le crin-crin, l’igname, les légumes, le pain salé, le piment, l’huile de palme et l’huile rouge, la tomate fraîche, macaroni etc. Ces dépenses alimentaires représentent 1/3 de la consommation générale. Pour ce qui est des dépenses non alimentaires, les familles vivent la croix et la bannières. Elles représentent les 2/3 de leur budget global.
D’abord le loyer. Pour un logement de type F2 c’est-à-dire une Chambre-Salon, il coûte vraisemblablement 15 à 20.000FCFA. Pour les foyers qui veulent des latrines modernes, ils doivent débourser 5 à 10.000F de plus selon le quartier et la situation de maison par rapport à une voie principale. Les ménages dépensent en moyenne 5000FCFA pour leur consommation en électricité et en eau. La plupart des personnes interviewées n’arrivent pas à évaluer leurs dépensent en communication de façon précise, la modicité des recharges de 100f, 200f étant un facteur d’incitation à une grande consommation en fin de compte. Tout bien considéré, elles utilisent 200 à 300 de recharges par jour. Ce qui revient mensuellement à la fourchette 6 à 9000fcfa. Les charges sociales constituent aussi une part importante des dépenses non alimentaires. L’assistance à la famille et à belle famille, les cérémonies coutumières, les aides au tiers etc. atteignent parfois et en moyenne les 20.000Fcfa. Le transport reste un budgétivore de taille pour les familles. Elles utilisent deux à trois litres d’essence par jour. En supposant que le prix moyen du litre est de 350FCFA, on obtient 700fcfa par jour pour la carburation. Ce qui revient à 21000FCFA le mois pour ceux qui ont un moyen de déplacement. Or beaucoup se paient les services d’un taxi ou d’un Zem qui double pratiquement ce prix. les derniers volets de ces dépenses non alimentaires sont la santé, l’éducation, la distraction et l’habillement. La santé ne consomme pas grand chose aux ménages qui préfèrent prévenir les maladies par la consommation régulière des tisanes sauf en cas d’accident graves ou de maladie impromptue. Il n’empêche qu’en moyenne quelque 5000fca soient dévolus à ce chapitre. L’éducation, en ce qui la concerne couvre les frais de scolarité, l’achat des livres, les diverses souscriptions dans les bibliothèques et à l’école. La moyenne des ménages y mettent 20.000. Il s’agit bien de la moyenne puisque nous avons rencontré des couples qui nous ont parlé de 100mille FCFA par mois. Pour ce qui est de l’habillement, certains enquêtés disent ne pas acheter tous les mois, d’autres plusieurs fois dans le mois. En moyenne on peut dégager 10 à 15 mille par mois. Enfin les distractions. Même si les cotonois n’ont pas l’habitude des salles noires de Cinéma, ils se paient des CD et DVD pour occuper leur temps libre. De même, ils aiment la fréquentation des buvettes le week-end. Les clubs de verres sont légions. Au total, environ 20.000 FCFA sont dévolus à ce chapitre.
En conclusion, les dépenses non alimentaires s’élèvent à environ 139000 alors que les dépenses alimentaires tournent autour de 46 350 FCFA. Or comme nous l’avons dit plus haut le graphique des revenus des ménages à cotonou présente sensiblement 18j de familles vivant avec un revenu mensuel en deçà du smig (27.500), environ 35 j entre 30.000 et 60.000, 38j entre 70.000 et 150.000. Nous en venons à la conclusion qu’il n’y a pas de communes mesures entre les charges des ménages et leurs revenus visiblement dérisoires. Akueté Germain, la trentaine, secrétaire dans un cabinet comptable de la place, père de trois enfants déclare face à cette disparité : « Le salaire ne suffit personne. Tout le monde se débrouille avec les A-côtés ». Et les A-côtés comme diront plusieurs autres interviewés ce sont les affaires.
Comme on peut s’en rendre à l’évidence, les ménages à Cotonou avec les crises ambiantes vivent une profonde misère et se ‘débrouillent’. Et pourtant, les populations s’obstinent à rester dans la capitale économique au lieu de retourner à la terre pour une vie paisible et plus décente. Venus par l’exode rurale le soleil de leurs espérances s’est très tôt mué en une de cauchemar. Quelles sont leurs motivations et pourquoi s’obstinent-elles dans cette précarité ? Peut-être bien qu’une autre enquête nous édifiera.
DEPENSES DE CONSOMMATION DES MENAGES A COTONOU : Plus de 70% des foyers vivent dans la précarité
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30 janvier, 2009
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