A peine sont-ils revenus du service militaire où ils étaient appelés à servir le pays et rien que le pays comme ce fut le cas dans les temps révolutionnaires lorsque les jeunes de la première vague renouent avec la très crainte et pernicieuse misère dans laquelle ils végétaient. Les dispositions légales régissant l’organisation de ce service en ont-elles pour quelque chose ?
Le service militaire d’intérêt national lancé en novembre 2007 vient de libérer sa première promotion. Celle dite « Espoir ». Treize mois durant, les trois mille appelés ont, comme prévu, servi le Bénin, l’intérêt national, qui à travers le soin apporté aux citoyens dans son domaine d’intervention et au cours de son stage comme pour dire sa formation aux côtés des disciples d’Hippocrate, qui en portant main forte aux enseignants aussi bien du primaire que du secondaire dans le cadre du redressement du système éducatif béninois en pleine dégénérescence et conformément à la vision du président de la République qui est notamment de faire de son fameux projet « A chaque classe son enseignant » une réalité. Godasses bien chaussées, treillis au point et les armes en veilleuses ses chômeurs repêchés de partout ont tant bien que mal passé les épreuves à eux imposées par les textes du service militaire ressuscité (puisque sa mort date de la fin de la révolution). Bref, ils ont goûté aux méandres puis aux délices de l’art en gravant monts et montagnes, traversant le chaud et le froid, forêts et « déserts », et en sautant dans les trous quelque soit leur profondeur et en y ressortant avec les même caractéristiques si ce n’est le regain de la performance, de la vigueur et de la remise à condition, à la recherche desquelles ils se sont lancés depuis leur intégration au camp militaire de Ouidah et de Bèbérèkè pour ne citer que ces deux. Le brassage ethnique à eux imposé par le service a conduit plusieurs des appelés hors de sa région natale ou de résidence. Ceux qui n’ont jamais voyagé en voiture sur plus de vingt (20) kilomètres l’ont fait sur deux cent voire cinq cent ou plus. Les indisciplinés et autres déboussolés sociaux sans compter les agents permanents du chômage comme on les appelle, tous façonnés par la misère ont pris goût au travail et ont retrouvé les conditions normales de vie et de travail en société. Certes quelques uns y ont perdu leur vie et nombreux sont revenus soit handicapés physiques ou visuels apprend-on mais ce service militaire d’intérêt national aura beaucoup donné aux appelés. Au-delà de la formation gratuitement reçue, de l’éducation acquise et de connaissance faisant au cours de leur séjour dans les casernes, les trois mille appelés ont eu droit chacun à quarante mille francs (40.000FCFA) par mois comme rémunération sans compter les diverses primes due à leur rang. Ainsi, ils ont été habitués pendant les treize mois qu’a duré l’opération au salaire, aussi modique soit-il, et aux avantages auxquels ils n’avaient jamais songé. De ce fait d’autres voire la plupart d’entre eux attendaient à la fin du processus leur reversement certain dans domaine de formation. Mais étant donné que la loi demeure et nul n’en est au-dessus, les appelés sont rentrés après les treize mois, sans treillis ni godasses encore moins avec leur AKM ou leur béret et évidemment avec tous les avantages financiers coupés. Comme pour dire « Camarade, à la case départ ». Celle du chômage, de la pauvreté, de la misère. Donc, un véritable retour du service militaire d’intérêt national qui semble se trouver être le licenciement des trois mille appelés. Qui s’y trouve opposé? En tout cas, pas le militaire licencié à qui on a appris treize mois durant que dans l’armée la discipline ou la subordination passe avant tout. Les parents (pour ceux qui en ont et qui en sont encore capables ou volontaires) doivent alors reprendre leurs charges habituelles en attendant la reconversion de leurs enfants en agents permanents d’Etat ou tout simplement avant la réinsertion socioprofessionnelle de leur progéniture. Et après, quoi encore ?
Que disent les textes ?
Le chapitre premier de l’avant projet de loi portant organisation du service militaire national précise en son article 2 que « le service militaire national vise à apporter un concours personnel et temporaire à la communauté nationale et à développer la solidarité et le sentiment d’appartenance à la nation, selon les modalités particulières liées au contexte économique, social et démographique. Il a pour but de : dispenser aux appelés la formation militaire, civile et morale nécessaire tout citoyens véritable ; les faire participer aux tâches d’intérêt général ; notamment mais pas exclusivement, dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’agriculture, de la défense, de la sécurité et de la prévention. ». Plus loin, le rapport de la commission indépendante chargée d’étudier les modalités de mise en œuvre du service militaire national publié le 14 juin 2007 recommande au point sept (07) de son volet « Autres recommandations » que « la facilitation de l’insertion dans la vie active après leur service avec l’appui de l’Agence Nationale pour l’Emploi (ANPE) et d’autres structures compétentes, une préparation à l’insertion et la reconvention pouvant être organisée à leur intention au cours du dernier mois de la formation. » La commission souligne au point neuf (09) du même volet que « le service militaire national ne devrait pas être substitué au recrutement régulier de fonctionnaires prévu annuellement dans les différents secteurs où interviendront les appelés. » Ce dernier point cité est le véritable abattoir ayant sellé le sort des jeunes appelés après treize mois de séjour dans les casernes. Car il indique indirectement, à qui veut comprendre, que participer au service militaire n’est nullement une garantie d’embauche ou d’obtention d’emploi de son rêve, même si l’avant projet de loi portant organisation du service militaire national leur confère un avantage lorsqu’il martèle en son chapitre cinquième article 14 que « Pour être autorisé à s’inscrire aux examens et concours soumis à l’autorité publique, tout citoyen béninois des deux sexes, âgé de moins de trente cinq ans (35ans) doit justifier de l’accomplissement du service militaire national ou, à défaut, de son recensement constaté dans le certificat de position militaire, à compter de l’entrée en vigueur de la présente loi. »
De ce point de vue la loi est claire mais reste lacunaire du moment où elle n’a pas pris en compte l’entièreté du volet social. Sous d’autres cieux, l’Etat gratifie les chômeurs d’une rémunération forfaitaire capable de leur assurer le nécessaire social. Le Bénin fait de son statut de pays en voie de développement n’a pas les moyens pour répondre à cette obligation sociale. Mais, le strict minimum pourrait être prévu par les textes régissant le service militaire national ne serait-ce que pour maintenir les appelés en fin de formation avant leur réinsertion socioprofessionnelle. Bien sûr, la loi devrait également limiter la durée de leur prise en charge. Ainsi, le sevrage financier des appelés serait progressif plutôt que brusque et instantané comme le leur a infligé la loi. L’habitude étant une seconde nature couper ainsi les jeunes appelés habitués aux quarante mille francs de salaire est synonyme de leur descente aux enfers. Car le texte ne prévoie non plus la durée que pourrait éventuellement prendre leur insertion dans la vie active par l’ANPE.
Comlan Paul ODAH

