Nous assistons béatement avec une passivité légendaire depuis Lundi à une audience qui devrait permettre aux juges de la Cour pénale internationale (CPI) de déterminer si les accusations portées contre Jean-Pierre Bemba, le président du Mouvement de libération du Congo(MLC), sont assez solides pour donner lieu à un procès. Le sénateur est poursuivi pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité que ses troupes rebelles auraient commis en Centrafrique en 2002 et 2003. Lors de ces jugements dont on connaît généralement l’issue, l’Afrique est indexée comme le réservoir de l’animalité à l’état pur c’est-à-dire primitif, homo lupus homini pour reprendre Hobbes. Il s’en suit que, de la bête sauvage à juger, il ne peut rien y avoir d’humanité et que donc le vin est tiré. Or, d’animalité ou de sauvagerie, nous en avons eu des exemples aussi sanglants qu’historiques : l’esclavage, le sémitisme, les guerres mondiales etc. Il ne s’agit pas ici de dédouaner ces leaders africains assoiffés de gloire et de puissance qui ont réellement commis des exactions et viols sur les populations civiles, ces hommes-là sont des bêtes sauvages qu’il faut juger et punir. Mais il s’agit d’attirer l’attention des uns et des autres sur l’hypocrisie sordide et puante entretenue par quelques ‘illuminés’ dont les intérêts sont tout autre que ceux des peuples assujettis. La belle preuve est que généralement on ne se mobilise jamais pour juger un Bush par exemple qui a pourtant déclenché l’une des guerres les plus meurtrières de ce siècle. On ne touchera jamais la Grande Chine record mondial de peine capitale. Les autorités israéliennes ne connaîtront point le chemin de la Haye ! D’ailleurs, ces hyper puissances du monde ont toujours estimé que leur justice était seule compétente et habilitée à les juger. Pourquoi l’Afrique ne peut-elle pas aussi refuser ces ratifications qui aliènent leur souveraineté et consolident l’hégémonie occidentale ? Les juges et magistrats africains sont aussi bien formés et quelquefois mieux que ces Nordistes dictateurs qui ne servent que la cause et les intérêts de leur patrie respective. Déjà par le passé, nous avons connu les 3M : Missionnaires, Militaires et Marchands. Les Missionnaires devaient endormir les consciences pour que les militaires ne rencontrent aucune résistance à enchaîner les esclaves pour qu’enfin les marchands aient des denrées à vendre. Aujourd’hui encore, les intérêts économiques prennent le pas sur l’Homme. En Irak, on peut tuer pour le pétrole et dire officiellement qu’on apporte la démocratie à un peuple malmené pourtant content de ses dirigeants. Israël peut tirer sur la Palestine à loisirs sans s’inquiéter parce que les juifs contrôlent le monde etc. Mais les africains ne peuvent ou ne doivent jamais commettre des exactions. Ils sont poursuivis dans leur dernier retranchement.
Le plus effarant et sur lequel une action musclée n’a pas encore eu lieu, c’est la question du réchauffement climatique. On combat aujourd’hui ceux qui détruisent certains hommes dans un endroit X du monde assez isolé du grand monde pour préoccuper les Nations Unies. Mais contre toute attente on reste bouche bée sur les vrais assassins de notre humanité commune. Ceux-là qui ont refusé de ratifier les accords de Kyoto et qui déversent dans l’espace des tonnes de déchets gravement nuisibles à la vie sur Terre. Malgré le film documentaire de l’Amécain Al Gore qui crie à travers l’Amérique et le monde depuis 5ans que la planète va à sa perte, une forte mobilisation n’a pas eu lieu. Si la planète disparaît, aura-t-on l’occasion de juger des crimes de guerre et payer des pérégrinations exorbitantes à quelque missionnaire de la CPI ? Voilà les réels problèmes auxquels il convient de s’attaquer et non à cette farce honteuse et intéressée qui ne fait que pointer l’Afrique.
Ulrich Vital AHOTONDJI

