Les populations africaines ne s’en reviennent pas des déclarations de soutien du président sénégalais Abdoulaye Wade le 26 Décembre dernier à la junte militaire, dirigée par le capitaine Moussa Dadis Camara, qui a pris le pouvoir en Guinée à la faveur d’un coup d’Etat, quelques heures seulement après l’annonce du décès du président Conté après 24 ans de «règne». Wade a d’ailleurs brillé par son absence samedi dernier au sommet de l’Union africaine (UA) qui a suspendu la Guinée de ses activités en réaction à ce coup de force. Le président Yar’Adua a souligné que les pays de la Cédéao devaient éviter «de donner l’impression qu’ils travaillent de façon contradictoire». On n’arrive pas à comprendre comment le pouvoir a pu changer si profondément cet homme de droit, ce brillant africain longtemps adulé par des milliers de fans en tant que Chef de fil de l’opposition sénégalaise à une décennie seulement de distance. Après avoir éjecté le président de l’Assemblée Nationale avec évidemment la bénédiction béate d’un parlement aux ordres, Wade se permet aujourd’hui de soutenir un coup d’Etat dans un pays comme la Guinée qui, après 24 ans de dictature peut enfin s’ouvrir de nouveaux horizons, exploiter son sous sol extrêmement riche et permettre à ses fils de s’exprimer librement, de circuler aisément sans craindre l’ombre qu’un quelconque Lansana Conté désormais englouti par la terre. Il est inconcevable qu’au moment où l’UA pour l’une des rares fois prend à bras le corps un push touchant à l’un de ses Etats, que seul contre tous Abdoulaye Wade veuille se montrer maladroitement le plus éclairé de ses paires avec un soutien aussi obscur qu’opaque. Où va donc l’Afrique avec des dirigeants qui, une fois au pouvoir, ne cherchent qu’à se maintenir ? Les propos du Président Sénégalais sont considérés par les populations comme une insulte à l’intelligentsia africaine. Il faut cependant saluer le dynamisme et l’engagement personnel du président nigérian M. Yar’Adua qui a montré tout son attachement à la démocratie et à la paix en Afrique. Sous sa houlette, les chefs de la diplomatie ont estimé important d’offrir un soutien à la Guinée pour que le pays atteigne les objectifs fixés. Ils ont à cet effet déclaré que «La Cédéao accompagnera le processus, (elle) aidera à la mise en place du conseil national de transition avec d’autres partenaires (…). Elle facilitera aussi la mobilisation de ressources». Vivement que le président Wade égaré par ce soutien ridicule à la Junte au pouvoir retrouve les rangs et le bon sens de ses paires de la CEDEAO.
Vital AHOTONDJI

