Il y a trente-six ans environ, les jeunes officiers dahoméens (pas encore béninois), auteurs de la révolution du 26 octobre 1972, n’avaient de cesse de voir dans l’OUA (devenue l’UA) un ‘‘syndicat de chefs d’Etat’’ dévoués à leurs propres intérêts au détriment de ceux de l’Afrique. A l’époque, ces jeunes officiers, à l’instar de toute l’Afrique marchante, n’avaient de cesse de voir dans Robert Mugabe (alors en exil, dans le maquis ou en prison) un des espoirs de l’Afrique, le libérateur de la Rhodésie du Sud, le futur Zimbabwe.
‘‘Que sont devenues les neiges d’antan ?’’ Les Africains de quarante ans, à moins de visiter l’histoire contemporaine de l’Afrique noire, ne sauraient voir dans Mugabe qu’un dictateur africain de plus affilié au ‘‘syndicat des chefs d’Etat tueurs d’Afrique’’. Où est passé le libérateur dont parle l’histoire ? S’il a vraiment libéré son peuple, pourquoi l’enferme-t-il aujourd’hui dans ‘‘le cachot du désespoir’’ ? Pourquoi déclare-t-il à la cantonade qu’il n’y a plus de choléra au Zimbabwe pendant que l’épidémie ravage son pays et va s’étendre de son pays aux pays voisins ? Le cynisme au paroxysme. Le révolutionnaire au grand cœur s’est mué en tortionnaire sans cœur. ‘‘Inanité de notre être’’ (A. Césaire).
Robert Mugabe s’est-il rendu compte de la tragique métempsycose ? Tragique pour son peuple. Pourquoi n’a-t-il pas eu la sagesse politique de Senghor ou de son voisin Mandela ? De Gaulle, Willy Brandt, pour ne citer que ces deux-là : parce qu’il y avait comme un malentendu entre eux-mêmes et le peuple qu’ils servaient, ils ont quitté le pouvoir d’eux-mêmes. ‘‘Le peuple qu’ils servaient’’ : voilà sans conteste le mot de l’énigme. Mugabe et ses semblables n’ont jamais servi aucun peuple, mais ont toujours servi leur gloriole et leur soif de pouvoir en se servant du peuple. Mugabe et ses semblables n’ont jamais été animés par l’amour du peuple, mais toujours par l’amour de soi. D’où, naturellement, leur auto-maintien à la tête du peuple jusqu’à ce que mort du peuple s’ensuive. Et il ne faut pas suggérer, pour essayer de les dédouaner, que le pouvoir absolu les a absolument corrompus, car l’on devient ce que l’on est. Dictateurs à l’arrivée, ils l’étaient au départ à l’insu du peuple.
Comment éviter à l’Afrique noire l’éternel retour des Mugabe, Bokassa et autres Idi Amin Dada, pour ne citer que ces trois-là en faisant silence prudent sur des morts et vivants de même espèce ? Seule une constitution hermétiquement fermée sur trois articles au moins sauvera l’Afrique noire de la chaîne des dictateurs. Le premier article énoncera deux mandats présidentiels de cinq ans, deux mandats et pas un de plus. Mais le mieux serait que cet article énonce un mandat présidentiel unique de sept ans pour que l’élu se consacre entièrement et tout le temps à l’application de son programme et ne soit pas tenté de transformer son premier mandat en campagne électorale étale pour un éventuel second mandat, ce qui ferait cinq ans de perdus pour le développement du pays. Deux mandats de cinq ans ou un mandat unique de sept ans, le deuxième article énoncera que le président qui tentera de porter atteinte au premier article sera automatiquement démis de ses fonctions. Le troisième article énoncera intouchables les deux articles précédents. Bien entendu, le cas échéant, l’ex-président devra répondre devant les tribunaux de ses crimes économiques ou de sang en tant que président.
Si l’on ne prend pas ainsi le taureau par les cornes au niveau des textes républicains scrupuleusement respectés, l’Afrique noire ira de dictateur en dictateur, de guerre en guerre, de camp de réfugiés en camp de réfugiés. L’Afrique noire, une loque errante au gré des vents mauvais, et dont les autres ne pourront pas s’empêcher de dire qu’elle est hors de l’histoire.
Pour s’implanter dans l’histoire, beaucoup de jeunes Africains de quarante ans ne voient de porte que l’économique en terme de richesse et d’argent. Ils se trompent, s’ils ne s’intéressent d’abord à l’histoire passée de leur pays pour corriger au présent ses errements, s’ils ne s’intéressent d’abord à la mentalité du peuple (la leur donc) pour en corriger les tares. C’est par le chemin de l’homme et du respect des textes que l’Afrique noire chassera de son histoire tous les Mugabe et prendra résolument place dans les rangs de l’humanité marchante



Il faut que la communauté internationale penche serieusement sur le ca mugabe