Le tourment financier qui fait douter d’eux-mêmes les Etats-Unis, donne la fièvre à l’Europe et à l’Asie, et plonge l’Afrique dans l’angoisse, ce tourment relève d’un diagnostic qui pourrait s’énoncer comme suit : dans une économie virtuelle, qui n’a plus rien à voir avec l’économie réelle, des profits gigantesques, qui ne servent à rien, sont allés se loger dans les banques américaines et ont provoqué déséquilibre, dysfonctionnement, dislocation. Le crime est concentré dans le groupe de mots »gigantesques profits qui ne servent à rien ». Un tabou a été violé, et les conséquences s’ensuivent logiquement. En effet, ce qui existe et ne sert à rien finit par incommoder tout le monde. Nous y sommes en terme de récession économique pour les pays riches, en terme de misère annoncée pour les pays appauvris.
Quel est l’antidote ? Revenir à la case départ de l’économie réelle et l’humaniser davantage encore. Considérer que l’accumulation illimitée du profit est un non sens absolu hautement préjudiciable à l’humanité. Comprendre que laisser le profit aller à des proportions inhumaines, c’est nécessairement porter atteinte à l’homme par un effet normal de boom-rang au milieu des tourments de l’enfant qui a ouvert le robinet et ne sait plus comment le refermer pour que cesse de monter l’eau qui va l’emporter. Suicidaire apprenti sorcier.
Apeuré, le président français Nicolas Sarkozy énonce : »Il faut fonder un nouveau capitalisme sur des valeurs qui mettent la finance au service des entreprises et des citoyens, et non l’inverse. » En vérité, il faut aller plus loin. S’il s’avère que les entreprises ne sauront pas, par elles-mêmes, renoncer à faire des profits gigantesques et inhumains, s’il s’avère que le capitalisme n’est pas réformable, s’en éloigner pour concevoir que l’instance régulatrice qu’est l’Etat (un Etat juste) puisse organiser la redistribution du profit entre les citoyens travailleurs au prorata de leurs besoins, mais dans un processus constant de nivellement par le haut. Quitter l’économie de marché pour aller vers une économie de communion.
Apeurées, l’Allemagne et la France veulent que soient désormais contrôlés les paradis fiscaux, ce à quoi s’oppose fermement le Premier Ministre du Luxembourg. Et c’est lui qui a raison. Les paradis fiscaux doivent leur joli nom de baptême au fait qu’ils servent de refuges aux profits gigantesques qui, non seulement ne servent à rien, mais sont souvent le fruit du vol et du pillage des pays appauvris du tiers-monde et des gens appauvris du quart-monde. Nulle volonté d’accabler le Lichtenstein, le Luxembourg, Monaco ou la suisse. Mais l’on fera simplement observer qu’en tant que refuges des gigantesques profits qui ne servent à rien, lesdits paradis sont, de fait, les capitales de l’économie virtuelle qui secoue aujourd’hui le monde. Si en sus ils étaient aussi les réceptacles de l’argent du vol et du pillage au sens premier de ces termes, on aura conféré au mot paradis une vocation diamétralement opposée à la sienne. Renversement des valeurs. Le Premier Ministre du Luxembourg a donc raison : l’on ne peut ni contrôler ni réformer les paradis fiscaux, il faut les supprimer en tant qu’ils sont lieux d’accueil et de protection de l’argent mauvais.
Non pas apeuré mais peut-être touché par la grâce, un jeune journaliste béninois, récemment et par deux fois, a regardé de loin l’argent á lui offert accompagnant des textes rédigés prêts à être publiés, mensonges et diffamations contre deux personnalités de l’Etat et de l’Armée. C’est la coutume, comme on le sait, avec une trentaine de quotidiens domiciliés à Cotonou, ne parlant que de ce qui se passe à Cotonou ou qui est vu de Cotonou. Vous apportez texte et argent, et le »journaliste » publie allègrement sous son nom le texte apporté pour régler de s comptes avec un rival. Ces deux fois-ci, le jeune homme a hésité. A-t-il fini par prendre les sous maudits ? En tout cas les textes mensongers et diffamatoires n’ont pas été publiés, comme s’il avait commencé, »consciemment ou inconsciemment », de sonner le glas de l’argent mauvais. Certes, pour un qui refuse, plusieurs sont prêts à accepter. Mais il est bon que la chaîne, de temps en temps, se brise, jusqu’à ce que chacun prenne conscience qu’il est de son devoir, à son niveau personnel, de sonner le glas de l’argent mauvais.


