»Méfiez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous déguisés en brebis, mais au-dedans sont des loups rapaces » (Matthieu., 7/15). A cause de l’interprétation univoque et déconnectée qu’en font dans les églises et les temples les prêtres et les pasteurs, quand les hommes et les femmes entendent ces paroles de Jésus-Christ, ils pensent au Royaume de Dieu, où nous irons si nous sommes bons chrétiens, et aux Pharisiens estampillés hypocrites, dont les menées ondoyantes et déloyales détournent nos bonnes âmes du chemin des cieux.
Or il ne s’agit point de Royaume de Dieu ni de Pharisiens, 2000 ans derrière nous, il s’agit bien de nous maintenant, ici-bas, sur le plancher des vaches béninois, suédois ou chinois. Mais tenons-nous en délibérément au seul plancher béninois où pullulent aujourd’hui, comme aux temps dahoméens, Pharisiens hypocrites et loups rapaces au-dedans, aujourd’hui en 2008 après Jésus-Christ.
L’on ne peut pas tout dire, sinon l’on vous dirait comment d’authentiques carnassiers à peau de brebis ont bouffé de tout côté la Révolution du PRPB pour en faire à l’adresse du peuple une peau de chagrin et de misère, comment l’Ecole Nouvelle a été rongée de l’intérieur par d’authentiques rongeurs que l’on croyait pédagogues et réformateurs patriotes, et qui ont livré nos enfants à une science falote et sans colonne vertébrale, comment le Renouveau Démocratique n’a jamais pu s’élever, constamment tiré vers le bas par les adeptes authentiques des pratiques inchangées derrière le langage fleuri du renouveau, comment les Nouveaux Programmes d’Etude ont sombré sous les tonnes de ciment des villas Nouveaux-Programmes de Porto Novo, nous obligeant à rechercher nos enfants derrière le voile livide et trouble d’une science titubante. Etc., etc. Que ne vous dirait-on pas ?
L’on ne peut pas tout dire, mais l’on vous dira qu’à l’ère du changement, après l’échec cultivé de tout le précédent, restent densément présents Pharisiens hypocrites et loups rapaces au-dedans, avec leur petite musique insidieuse et ravageuse. Vous vous lamentez à la découverte d’un réseau performant d’ordres de mission fictifs ;on vous ramène à la raison : »Tu ne vas tout de même pas empêcher tes cadres d’arrondir leurs fins de mois. C’est ainsi que fonctionne l’administration béninoise. Laisse tomber ! » Vous vous montrez pointilleux sur le cas de l’un de vos cadres en butte à l’Agence Judiciaire du Trésor dans une sombre affaire de mise en débet pour un peu plus de dix millions de nos francs CFA ; on vous apaise : »Bof, mon pote, il y a pire que ça dans le pays ! Laisse le type à son poste, si tu ne veux pas te voir accusé de béninoiserie. » Vous hurlez à la découverte d’un chantier d’Etat entamé en 1998, prévu pour durer trois mois et qui n’est pas encore achevé en 2008 ; on vous calme : »Quel est ton problème ? Fais ce qu’on te demande. Réceptionne le chantier, et finis-en avec cette histoire. » Etc., etc. Que ne vous dirait-on pas ? Même si l’on oublie la foule de petits services parfaitement illégaux que d’authentiques amis vous somment de leur rendre illico presto au motif que »tu ne peux pas être là et ne pas m’aider ». Et vous voilà mis en demeure d’aller voir votre collègue MMEE pour que soit fait enfin le branchement d’eau dans une villa nouvellement acquise : »Un mois que j’attends. Heureusement que tu es là maintenant ». L’on n’a jamais travaillé chez vous, mais qu’à cela ne tienne : l’ami, le »jeune frère » a besoin d’un papier attestant sa présence comme employé quelque part, chez vous par exemple ; vous devez le lui procurer pour l’aider : Comme vous devez aider maintenant telle de vos doyennes dans le corps enseignant à avoir enfin une décoration. Etc., etc. Que ne vous dirait-on pas ?
Mais en cherchant très bien, le tableau du changement présente quelque part une éclaircie. Ce n’est pas la peine de vous y prendre à la Diogène ;vous gaspilleriez le soleil du bon Dieu et son pétrole qui coûte un peu cher en ce moment. Mais si vous avez de la patience et de l’endurance, au point de croisement du jour et de la nuit, au point de jonction de la Marina et de Cadjêhoun, vous pouvez le rencontrer. Grand, légèrement voûté, franchement soucieux. Au jour d’aujourd’hui, il est quasiment le seul acteur du changement.


