Le temps de le dire, les banques américaines ont plongé et, depuis lors, il n’y en a que pour la crise économique et financière aux Etats-Unis, avec son onde de choc sur l’Europe, et ses retombées (en terme d’écrasement) sur l’Afrique : surplus de crainte et de tremblement pour ce continent normalement craintif et tremblant dans ce monde livré à l’argent que l’on vient d’ailleurs puiser crânement chez lui que l’on dit pauvre et rempli de PPTE. Paradoxe.
Paradoxe et cynisme. Car il y a quelque temps, lorsque les banques américaines entassaient sans désemparer l’argent du monde et que l’Afrique ployait et gémissait sous le poids du baril de pétrole qui avait crevé tous les plafonds en terme de dollar US, on demanda à deux spécialistes américains de l’économie mondiale quel pourrait être le sort de l’Afrique à moyen terme. Le premier feignit de ne pas savoir de quoi l’on parlait ; le second répondit, évasif et agacé : »L’Afrique ? Ca leur apprendra à se mettre au travail ».
Paradoxe et cynisme. Car l’Afrique n’est pas paresseuse. Avant-hier esclavagisée, hier colonisée, elle a travaillé comme un forçat pour les autres ; aujourd’hui néo-colonisée sous divers maux allant des ACP aux PPTE en passant par les PMA, riche en matières premières abondantes que l’on vient puiser et transporter ailleurs en l’état pour créer des emplois qui échappent à sa jeunesse, elle continue, à son corps défendant, et quoique déclarée remplie de Pays pauvres très endettés (PPTE), elle continue de travailler pour les autres. Et c’est ce servage que met en exergue, sans le condamner et sans rire, l’expression fortement française : »travailler comme un nègre ». Elle a beau dater du temps de la traite négrière, la formule n’a pas pris une seule ride cinquante ans après les indépendances octroyées. Aujourd’hui encore, le nègre travaille, et les non-nègres tirent les marrons du feu. L’infiniment petit que l’Afrique peut garder pour elle-même de son travail s’observe aisément quand on habite un quartier populaire de Cotonou : ce sont, par exemple, les femmes à pied d’œuvre dès quatre heures du matin alors même qu’elles n’ont pas pu se coucher avant minuit. Il est connu en effet qu’elles ne s’accordent que peu de repos. Encore que si tout ce mal aboutit à vendre du pain de blé aux abords des gares routières et sur les grands axes inter-urbains, il y a lieu de se demander si elles ne végètent pas invariablement dans le »travailler comme un nègre ». Et il est vrai que la grande et vaste agitation autour du pain de blé en nègrerie fait les bonnes affaires du paysan européen pendant que celles du paysan africain restent peau de chagrin et de misère.
Paradoxe et cynisme. Car s’ils ont réussi à confiner l’Afrique et les Africains dans la ban-lieue des petits projets et autres petits boulots essentiellement précaires, propres à assurer une sempiternelle soudure pour une survie toujours proche de l’agonie, les pilleurs de l’Afrique ne font pas nécessairement preuve de génie et encore moins de générosité en ce qui concerne leurs jeunes gens et jeunes filles. Qu’ils vivent sur les bords de la Seine ou du Missouri, jouvenceaux et jouvencelles constatent que l’amour des enfants n’étouffe pas leurs géniteurs et génitrices qui en rajoutent constamment à la rutilance des bien-nommés paradis fiscaux pendant que la belle jeunesse européenne et nord-américaine erre, comme la sombre jeunesse africaine, dans les lugubres réduits des petits boulots drastiquement dévalorisants. Mais il est demandé à la belle jeunesse occidentale d’avoir de la compréhension pour son chômage chronique au seuil des paradis fiscaux qui ne chôment pas : on ne peut pas raser les cités pour recommencer à bâtir au motif de lui fournir des emplois ; si elle ne veut pas aller s’employer en Iraq ou en Afghanistan, qu’elle se vautre donc dans son fauteuil et regarde la misère du monde à la télé en avalant des chips et en ingurgitant force cocas ; mais elle peut aussi se défouler au travers du remake d’un mai-68 plus grand que l’original. Pourquoi pas ?
Paradoxe et Cynisme. Car aucune des 62 langues du Bénin travailleur n’a le mot pour dire sept cents milliards de dollars ! Ce n’est pourtant que le peu qu’il faut pour remettre à flot les banques nord-américaines qui ont plongé à force de trop entasser.
Paradoxe et cynisme des sept cents milliards de dollars US.



Le Professeur-Ministre a exprimé dans une langue on ne peut plus châtié la misère qui nous est faite en tant qu’aficain.
J’ai été très épaté par la verve avec laquelle le Ministre a peint le quotidien des Africains.Je le félicite pour la perspicacité avec laquelle il a mis en lumière le corrolaire que subi l’Europe du fait de leur exploitation éhontée du continent africain.Comme quoi, rien ne reste impuni.