Point n’est besoin d’être grand clerc pour savoir que, coincés entre le Nigeria et le Ghana anglophones, le Bénin et le Togo francophones sont des frères au sens plénier du terme. Et ce n’est pas qu’une image car, bien malin qui dira la différence entre les populations autochtones de Natitingou et celles de Lama Kara, entre les populations autochtones d’Agoué et celles d’Anécho. Le premier président togolais, Sylvanus Olympio, repose en paix à Agoué et, peut-être, plus en paix à Agoué qu’à Anécho ou à Lomé. L’écrivain Félix Couchoro est béninois pour les Béninois et togolais pour les Togolais, les intelligentsias des deux pays se l’appropriant tour à tour et simultanément dans une concorde sans la moindre fausse note.
Les rapports bénino-togolais ne tiennent pas du simple voisinage ou de la simple proximité, ils relèvent d’une étroite parentèle. Voilà pourquoi, à L’heure de la faillite de nos banques et de notre révolution, les banques togolaises nous gardaient nos sous béninois et les écoles togolaises gardaient nos enfants dont les parents le souhaitaient. Voilà pourquoi, aux heures de tourmente politique togolaise, il y eut toujours plus de Togolais chez eux, dans des maisons béninoises, que dans toutes les tentes dressées par le HCR.
»C’est une main qui lave l’autre main ». Cela ne fait les frais d’aucun doute. Si les deux mains se trouvent chacune au bout de deux bras distincts, elles appartiennent toutes deux au même corps qu’elles servent dans une concorde sans la moindre fausse note, parce qu’elles ne sont point étrangères l’une à l’autre. Et l’on sait que les deux mains d’un corps n’ont jamais su laver convenablement les deux mains d’un autre corps. Cela aussi ne fait les frais d’aucun doute.
Que les choses soient donc claires pour tous et empruntent les chemins de la certitude : fût-elle symbolique ou substantielle, l’aide d’il y a quelques semaines apportée par le Bénin au Togo était dans l’ordre des choses, dans l’ordre de la nature, dans l’ordre de la vérité. Le Togo ne peut pas être sinistré sans que le Bénin ne le soit à son tour et simultanément avec le lui. L’histoire encore récente de nos errances de nations à la recherche de la voie ont suffisamment montré le Bénin et le Togo tour à tour au secours l’un de l’autre à la manière de la main qui lave l’autre.
La rupture des ponts sous des trombes d’eau en l’absence de l’aide européenne en voie de rétablissement a mis en péril la sécurité quotidienne des Togolais. Le Ghana, demi-frère anglophone, leur est venu immédiatement en aide. Que devait faire le Bénin, frère à part entière, même père et même mère ? Lequel d’entre nous aurait supporté que le Bénin se fût croisé les bras et restât coi, figé dans l’attitude passive et un rien cynique de spectateur désabusé de la montée dangereuse des eaux au Togo ? Qui l’eût supporté ? Personne !
Alors »que je n’entende ni les rires ni les cris », et que l’on cesse de blasphémer. Car c’est blasphémer du côté béninois que de vouloir mettre en veilleuse la solidarité bénino-togolaise, symbolique ou substantielle. Nous aurions nos propres sinistrés. Et alors ? N’y a-t-il pas toujours un service que le petit de taille peut rendre au grand de taille ? Et puis, inondé pour inondé, le suis-je vraiment avec les pieds seulement dans l’eau quand l’autre y est jusqu’à la ceinture ? Il faut savoir raison garder pour proportions considérer. Et »que je n’entende ni les rires ni les cris », et que l’on cesse de mégoter ! Par chèque, si possible, ou par valise, si nécessaire, l’argent aurait de toute façon passé la frontière pour parvenir au destinataire. Et ce qui est absolument interdit à l’individu pour notre sécurité, l’Etat, garant de notre sécurité, peut exceptionnellement se le tolérer. Et si l’Etat avait maintenu méticuleusement fermée la valise, n’aurions-nous pas été les premiers à inventer quelque sarcasme pour frapper de doute son contenu ? L’ouverture de la valise a le mérite de la transparence, le mérite de la lumière. Et nous ne saurions rien avoir contre la lumière.
Puisse la lumière de la solidarité tenir plus fortement ensemble le Bénin et le Togo !
Chronique de Roger Gbégnonvi : Le Bénin et le Togo dans la lumière de la solidarité
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24 septembre, 2008
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