Cent numéros du »Pays Emergent » ! »Qu’est-ce que cent ans, qu’est-ce que mille ans ? » »Les cent premiers jours de Boni Yayi ! ». Cent. Qu’est-ce que ça fait vieux ! Il y a déjà si longtemps. Il est ainsi des nombres magiques, mythiques, phare, repère, »quarantième anniversaire du Corps de la Paix », et 50 qui fait noces d’or après que 25 eut fait noces d’argent. Et pour l’argent ou pour l’or, l’on donne festin, et l’on danse et l’on se congratule.
Que faire à l’occasion du centième numéro du »Pays Emergent » ? La même chose assurément, comme à une étape décisive franchie. Et en effet que de soucis à la veille de chaque jour ouvrable ! Que de soucis pour chaque parution, pour chaque page, pour chaque colonne ! Toute personne qui a touché de la plume face à une page d’abord blanche sait le mal d’écrire. Vient s’ajouter ici à ce mal celui de la recherche de la juste illustration, ce lui de la recherche du titre accrocheur qui, sans défigurer les faits, les habille de manière à obliger le passant à s’arrêter pour se faire acheteur et lecteur. Lecteur heureux ou, tout au moins, satisfait. Et en amont de la satisfaction attendue, espérée, il y a toujours ce que Louis Aragon appelle »Ce qu’il faut de malheur pour la moindre chanson / Ce qu’il faut de regrets pour payer un frisson / Ce qu’il faut de sanglots pour un air de guitare ». Ce qu’il faut, en somme, de peine et de sueur pour tout art, y compris l’art du journalisme.
Car le journalisme est un art, et l’art ne connaît pas de routine. En cette matière, il faut réinventer le monde au quotidien. Si tel n’était pas le cas, il suffirait d’un seul quotidien chaque matin pour que nous ayons l’information et toute l’information. Or l’information, c’est le monde vu à ma lucarne quand j’ai le dos tourné à tous les autres qui voient le monde à leur propre lucarne. Nous ne voyons pas le même monde ou nous voyons le même monde sous des aspects différents, si différents parfois qu’il ne paraît plus le même monde, qu’il paraît un monde différent, voire violemment contrasté. L’un titrera sur la »Victoire des FCBE à Abomey-Calavi », pendant que l’autre titrera sur le »Hold-up des FCBE à Abomey-Calavi ». C’est selon que l’on est pour ou contre. »Vérité au-delà des Pyrénées, erreur en de-ça », disait Montaigne, grand observateur des gens et des choses.
D’où il ressort que le journaliste ne dit pas la vérité mais sa vérité ou – et il est inutile de s’arracher les cheveux à l’énoncé de ce qui va suivre – la vérité qu’il est payé pour dire. A ce compte, où se trouve l’art dont nous parlions plus haut ? Il n’existe point. A sa place, nous avons un clientélisme sans relief, une vénalité d’une sidérante platitude. Et pour ceux qui ne savent regarder le monde par aucune lucarne personnelle, qui n’en ont pas le temps, et qui attendent »leur journal » pour savoir »ce qu’il faut penser de… », le journaliste n’est point un artiste ou un créateur, il devient un vil manipulateur, si du moins il ne dit jamais de quel lieu il parle, de quel côté des Pyrénées il se trouve, pour qui »il roule » aujourd’hui, en attendant, peut-être, de »rouler » demain pour son adversaire, voire pour son ennemi, et de se mettre à nous présenter comme blanc ce qu’il nous présentait comme noir.
Et si le journalisme bien compris était finalement le lieu d’une grande humilité ! Pas de fanfaronnade et pas de triomphalisme, mais l’affirmation humble de la vérité qui est la mienne parce que, disait Victor Hugo, »Nous ne voyons jamais qu’un seul côté des choses », selon le côté des Pyrénées où nous nous trouvons ou, plus platement, selon celui pour qui nous »roulons », parce que c’est lui qui nous assure en ce moment le pain quotidien.
C’est de le savoir qui fait du journaliste un grand journaliste. Et le grand journaliste, c’est celui qui parle du haut d’une conviction, la sienne, qui propose sa vérité, au travers d’une argumentation serrée, d’une analyse documentée. Il ne baisse pas la tête, mais ne la fera pas baisser à l’autre, tenant de l’autre vérité. Tenez ! On vient de trouver : le journalisme bien compris, c’est le lieu du respect mutuel, le lieu de convivialité distante et pacifique des vérités contraires.
En ce sens, et en ce sens seulement, longue vie au »Pays Emergent » !
Chronique de Roger Gbégnonvi : Déjà si longtemps, »Le Pays Emergent » !
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5 septembre, 2008
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Moi j’apprécie le prof GBEGNONVI même s’il n’est pas trop aimé.Car ses réflexions sont généralement justes et c’est ce que le Béninois n’aime pas.
Qu’il fonce seulement le chien aboie la caravane passe.
du courage mon cher prof.
Bédel