D’un certain point de vue, le 48e anniversaire de notre indépendance ne pouvait tomber plus mal, en pleine crise alimentaire et mondiale, en pleine crise de vie chère, mondiale d’abord, nécessairement béninoise ensuite. Mais l’on peut se demander si, en dehors du 1er août 1960, il y en a eu un autre qui soit vraiment bien tombé. Abattement de 25 % sur les salaires des fonctionnaires, trois jusqu’à sept mois sans salaire pour les mêmes fonctionnaires, les mêmes fonctionnaire déflatés pour ne pas dire défenestrés, le franc CFA drastiquement dévalué, la peste porcine et la grippe aviaire et, maintenant, la vie chère en deux mots : voilà des maux qui jonchent notre parcours de 48 ans et qui autorisent à poser la question de savoir si 1er août a jamais été faste, abstraction faite du tout premier enrobé dans une euphorie bon-enfant et insouciante.
Eu égard à cette question laissée en suspens, l’on peut dire que, d’un autre point de vue, le 48e anniversaire de notre indépendance ne pouvait pas tomber mieux, venant à point nommé pour souligner sans détour à notre attention que »les choses qui nous rencontrent et nous coupent », nos malheurs en d’autres termes, sont le fait de notre attitude contemplative devant les vaches qui passent, qu’il n’y a pas eu parcours mais discours sur le mode du psittacisme, psittacisme verbeux et fastidieux, enveloppé dans un immobilisme en rond à donner le tourniquet, enfoncé dans un sur-place sonore et agité.
A preuve : pour les choses graves telles que incantations, libations, invocations de l’ancêtre, l’ancêtre soi-même revenu en charme et en velours chamarré, dans toutes ces circonstances graves, la langue maternelle nationale est de rigueur parce que »ce qui vous tient à cœur s’exprime dans la langue de votre pays », dit notre tradition. Et voici que dans le même temps, pour les choses graves que sont le développement et la conduite du pays appelée politique, seul est de rigueur le parler de l’Ile de France, pendant que notre tradition dit que »l’oiseau grandit dans son plumage », ce qui tombe sous le sens : l’épervier ne saurait grandir dans le plumage de la tourterelle, pas plus que le Béninois ne saurait grandir et se développer dans le parler français ou japonais. Cela tombe sous le sens. Mais quelqu’un nous aura convaincus du contraire, et que nos langues ne valent rien, et nous l’aurons inhalé comme un credo idiot. Le résultat : l’impasse.
A preuve encore : nous avons beau avoir vu à la télévision comment Nippons, Yankees, Gaulois et consorts s’y prennent pour faire de l’agriculture, nous seuls voulons faire de l’agriculture et nourrir des multitude avec la houe du sarclage et du jardinage-maison le dimanche matin en guise de sport. Quelqu’un nous aura convaincus que »c’est ça l’agriculture », et nous l’aurons inhalé comme un credo idiot. Le résultat : l’impasse ; 75 % de Béninois comme de pauvres hères n’arrivent pas à nourrir huit millions de Béninois (voir le pain de blé à tous nos coins de rue), pendant que moins de 5 % d’Américains comme des pachas nourrissent près de 300 millions d’Américains, et il en reste à jeter ou à donner.
Eu égard à ces credo idiots et pour les deux ans qui courent jusqu’à cinquante ans d’indépendance, le régime du changement et de l’émergence sait quel est son devoir : agir pour la fin des credo idiot et mettre le Bénin sur le chantier de la partie marchante de l’humanité. Est-ce à dire que nous serions présentement sur le non-chantier de la partie stagnante de l’humanité et que le Sarkozy de Dakar (pas celui de Pretoria) n’a pas si tort qu’on a voulu le dire ? Le grand tort, le tort immense de Sarkozy, c’est de n’avoir pas lu Aimé Césaire : »Je dis que de la colonisation à la civilisation, la distance est infinie ; que, de toutes les expéditions coloniales accumulées, de tous les statuts coloniaux élaborés, de toutes les circulaires ministérielles expédiées, on ne saurait réussir une seule valeur humaine. »
Quarante-huit ans après les indépendances, le temps est venu de nous décoloniser, c’est-à-dire d’en finir avec les credo idiots afin de déblayer le terrain pour la création de la valeur humaine.
Chronique de Roger Gbégnonvi : Quarante-huit ans et la fin des credo idiots
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31 juillet, 2008
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