Aucune politicaillerie ce lundi 14 juillet, au Centre International de Conférence à Cotonou, de 10 h à 16 h. Face à face de tous avec les prix. Face à face de tous avec le Chef de l’Etat dans une salle comble venue écouter ses explications et celles de ses ministres et conseillers en charge du dossier brûlant de l’heure, celui de la cherté de la vie. De Koupaki à Moudjaïdou en passant par Lawani, langage et chiffres et schémas et courbes de vérité. Une rude limpidité. Et même quelque formule inattendue pour faire contre mauvaise fortune bon cœur. ”Quand les temps sont durs, il faut se serrer la ceinture” : nul ne savait Lawani capable de rime. ”Le monde a connu la vache folle, puis la grippe aviaire ; voici le pétrole fou” : nul ne savait Moudjaïdou capable d’envolée métaphorique.
Et il a été dit, au cours de ce forum sur la cherté de la vie, que le pétrole fou de Moudjaïdou ne serait qu’au mitan de sa folie, que parti de 65 dollars US le baril il y a un an pour être en ce 14 juillet autour de 150 dollars US le baril, il pourrait bien se retrouver avant la fin de l’année à 200 dollars US le baril. Serait-ce le plafond qu’il ne crèverait pas avant de revenir se stabiliser autour de 150 dollars US le baril ? Que pouvons-nous prédire ? Que savons-nous vraiment ? Il n’est même pas certain que nous soyons en train de payer la facture de quelque guerre que nous n’avons pas allumée. Qu’en savent-ils, ceux qui prétendent doctement que l’on nous pressure pour payer des factures ? La sagesse millénaire nous enseigne de ne point nous fier aux apparences. Se méfier aussi des recoupements si précis qu’ils donnent l’illusion de la vérité. Purs mirages.
La première chose que nous savons aujourd’hui avec certitude, c’est que la solidarité internationale, voire africaine, si elle a jamais existé, bat visiblement de l’aile. Après tout, le baril de pétrole ne s’affuble pas lui-même de dollars. Mais pourquoi les pays producteurs de pétrole - dont l’Angola et le Nigeria - le feraient-ils baisser de prix si son renchérissement les arrange en arrangeant leur trésor public ? Qui est fou ? Certes le pétrole, mais pas les affaires ! Après tout, le dollar US ne s’affaisse pas de lui-même. Mais pourquoi les Américains se mettraient-ils en tête de le renforcer si son affaissement les arrange en dopant leurs exportations ? Qui est fou ? Certes le pétrole, mais pas l’économie sur les bords du Missouri ! Et la charité est plus que jamais bien ordonnée.
L’autre chose que nous savons aujourd’hui avec certitude, c’est que nous allons à nouveau et inéluctablement vers un nouvel ordre économique à nouveau et inéluctablement dommageable aux plus pauvres, dont on doit savoir cependant qu’ils ont la peau dure. Le Bénin a survécu à l’abattement de 25 % sur les salaires (au temps où il s’appelait Dahomey), il a survécu à plusieurs mois sans salaire, il a survécu à la dévaluation du franc CFA ; il survivra donc au pétrole fou : qu’on se le dise ! Et d’ailleurs, dit Aimé Césaire, ”voici le temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme”.
L’âpre vérité des prix est l’autre chemin de notre redressement économique, au sens où elle nous ramènera à nous-mêmes, non pas égoïstement mais dynamiquement. L’âpre vérité des prix nous fera découvrir le mensonge de notre absurde dépendance alimentaire sous le soleil et sous la pluie ; elle nous fera découvrir notre réelle et abondante suffisance alimentaire sous le soleil et sous la pluie. Forts de cette double découverte de notre vérité, nous irons loin, très loin du pain de blé - pour l’exemple - et nous produirons désormais de notre ”intimité close, dit Aimé Césaire, la succulence des fruit” sous le soleil et sous la pluie, grâce à l’effort et au travail qui ont fait monter les Ecureuils au pinacle ou presque, pour l’émerveillement des Béninois, anciennement Dahoméens, qui n’ont jamais cru que de leur vivant, une équipe nationale de football ferait parler d’elle en bien intra et extra muros. Le soleil et la pluie. L’effort et le travail.
Roger Gbégnonvi
