Le monde entier attend avec impatience la décision relative au Zimbabwe des Chefs d’Etats de l’Union Africaine réunis à Charm El Scheikh, en Egypte dans le cadre de La 11ème Session Ordinaire de l’Assemblée des Chefs d’Etat et de Gouvernement. Tout le monde a, en effet, été témoin de la cabale savamment orchestrée contre l’opposition au Zimbabwe aux fins de l’empêcher de participer décemment au second tour de l’élection présidentielle devant la consacrer à la tête du pays. Le Conseil de sécurité de l’Onu , a réagi en son temps pour demander le report de ce second tour des élections. Mais niet, rien n’y fit. Robert Mugabe, le dieu des Zimbabwéens s’est arrogé la liberté de tout un peuple au nez et à la barbe de tous les dirigeants africains. Il s’est fichu de toutes les sanctions internationales et a déclaré ironiquement d’ailleurs et ce publiquement lors de sa campagne du second tour qu’il a envie de ‘leur’ dire foutez-nous la paix avec vos sanctions ! laissez-nous vivre notre vie. A l’occasion de sa sortie politique la semaine écoulée, on a vu des femmes, des adolescents par nature immature, chanter, danser, se déhancher pour encenser le leader charismatique, l’Ayatollah, le Pilate et que sais-je encore ? Ces couches vulnérables qui trouvent à peine de l’eau à boire au coucher lorsqu’elles se refusent à la prostitution, et à la mendicité, du reste incertaines, sont malmenées par le pouvoir qui leur redistribue en fin de mission des miettes de leur propre richesse précédemment volée. Où sont donc passés les défenseurs de l’Afrique ? Où sont passés les ligues des droits humains ? Comment peut-on se foutre si impunément des droits d’un peuple voire d’un continent ? La déclaration universelle des droits humains a pourtant clairement stipulé en son article premier que ‘tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité’. Et pourtant les Chefs d’Etat africains sont restés bouches bées jusqu’à ce jour en attendant une résolution de leur sommet ? Pendant combien de temps les occidentaux décideront encore pour nous africains ? la promptitude et la spontanéité de la réaction de l’ONU à côté du silence déroutant, et de l’encaissement béat des autorités africaines montrent à quel point les africains traitent avec légèreté et désinvolture leur propres problèmes.
Le contraste de l’île d’Anjouan et du Togo
Le mutisme de l’Union Africaine plus qu’inquiétant cache une certaine complicité de Robert Mugabe avec ses paires du continent. Qu’il vous souvienne, en effet, que lorsqu’il s’était agit de chasser le président Mohamed Bacar de l’île d’Anjouan réelu en 2007, l’union africaine dans une promptitude légendaire avait enseigné au monde entier qu’elle pouvait se montrer efficace dans l’instauration et la consolidation de la démocratie en Afrique. Avec les casques bleus, l’Armée Nationale de développement (AND) du gouvernement Comores et la France elle a conduit de main de maître l’opération ayant abouti au débarquement de Bacar le 25 mars 2008. Tout s’est produit à une vitesse de lumière dans un combat que beaucoup ont qualifié plus tard d’impromptu, d’illégal et d’illégitime. Cela n’avait pas cependant empêché l’UA de dire non au coup-d’Etat et à la dictature.
Récemment à la mort du Président Gnassimgbé Eyadema du Togo, lorsque son fils Faure s’est auto proclamé successeur de son feu père avec la bénédiction des barrons de l’ancien régime, l’Afrique a jubilé tout au début de la réaction du Président Obasandjo qui a vertement désapprouvé ce coup de force. Dans les 24 heures qui ont suivi l’Union Africaine a dit non aux ‘Faure’. Même si après, l’Union a eu du plomb dans les ailes, elle a quand-même réagi et a d’ailleurs conduit une médiation qui permet au Togo de jouir aujourd’hui d’une paix relative. Où sont donc passées toutes ces bonnes initiatives, surtout lorsqu’on sait que la situation économique n’est pas reluisante au Zimbabwe.
Un désastre humanitaire
Il n’y a pas que la famine, la guerre qui constituent des désastres. Il y a aussi la violation des droits humains. Aujourd’hui au Zimbabwe, les opposants sont martyrisés, poursuivis et abattus comme des moutons livrés en pâture au rapaces et aux animaux sauvages de la jungle.
Le chef de l’opposition Morgan Tsvangirai ne peut plus circuler librement et a dû se réfugier à l’ambassade des Pays-Bas à Harare, la capitale zimbabwéenne. Le Conseil de sécurité de l’ONU déplore que la campagne de violence et les restrictions imposées à l’opposition aient rendu impossible la tenue d’une élection libre et équitable le 27 juin. Et pourtant Mugabe se bombe le torse et défie tout le monde sans aucun respect de l’article 3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui dit que ‘tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne’. De même malgré les mots du vieillard Nelson Mandela, sage et responsable, le vieux vicieux du Zimbabwe n’a pas cru devoir s’exécuter pour le bonheur de l’Afrique. Il a voté seul en lice et s’est envolé sur l’Egypte pour le sommet de l’UA. Or du point de vue économique et social, le Zimbabwe est en chute libre. L’inflation y bat des records mondiaux. Les affres de la faim sont comparables à des armes nucléaires qui neutralisent femmes, enfants, jeunes et vieux. Face à ce désastre, a-t-on le droit de se taire ? on a envie de dire basta, bougez, réagissez, faites quelque chose ne serait-ce qu’au nom de l’humanité commune que nous partageons avec ces milliers d’hommes et femmes qui souffrent et se meurent !
Eviter le ridicule
L’Union africaine nous a déçu à maintes reprises. C’est pourquoi tout le continent noir, les ligues des défenses des droits humains, ceux qui se battent nuit et jour pour garder allumer la flamme de l’espoir et de la liberté implorent la clairvoyance des Chefs d’Etat afin qu’ils cessent de ridiculiser l’Afrique. La Situation au Zimbabwe est critique et dans plusieurs autres coins d’Afrique, c’est le même théâtre de la violation impunie des droits humains. On ne saurait donc cautionner cet état de siège des libertés individuelles. La décision de l’Union Africaine doit être l’écho des voix qui s’affaissent au cachot du désespoir, le porte étendard des libertés qui s’éteignent dans les loges politiciennes. Eviter une ridicule caution de la bêtise au Zimbabwe, c’est donner une nouvelle chance à l’Afrique émergente. C’est montrer au monde qu’un nouvel ordre s’établit en Afrique et que les africains sont capables de se prendre en charge. Ils sont capables de régler leurs problèmes. Ils sont capables de construire leur développement.

