Et ce vau-l’eau ne recouvre point absolument cette eau qui submerge Cotonou par vagues périodiques laissant patauds gouvernants de tous ordres et laissant patauger populations bipèdes et quadrupèdes de la cité submergée que nul pourtant n’appelle lacustre. Un malentendu comme un autre. Car s’il fallait énumérer exhaustivement les choses qui submergent cycliquement Cotonou, il y en aurait aussi pour le sable et la poussière qui n’en démordent point, laissant pantois et bavant gouvernants de toutes sortes ; il y en aurait aussi pour toutes sortes de résidus et détritus ménagers que jettent dans les rues les bipèdes mal inspirés de faire dépotoir leur cité submergée, résidus et détritus qui surnagent à vau-l’eau quand tombent les eaux et qui s’en vont allègrement sous les ‘‘grandes dalles publiques’’ boucher la bouche des fossés pendant que les fosses soulevées enveloppent la cité submergée dans une senteur nauséabonde ; il y en aurait aussi pour…, etc., etc. Car il faut se résoudre à admettre que l’exhaustivité est inattingible en cette matière d’énumération des ordres faussés cycliquement dans Cotonou submergé et qui n’est pas cité lacustre. Foin d’ailleurs de ce coutumier de malentendus naturels manuellement entretenus et dont on ne veut ici rebattre les oreilles à personne. On veut parler d’autre chose.
Car Cotonou à vau-l’eau n’est pas qu’une histoire d’eau, c’est aussi et même surtout l’histoire de ces grandes tentes surgies hebdomadairement dans ses ruelles sombres appelées VONS sans raison connue et établie, grandes tentes dressées dans les VONS de jeudi après-midi à lundi matin. Sous ces grandes tentes l’on ne boit pas du thé car l’on n’est tout de même pas au désert les pieds dans le sable chaud, mais à Cotonou les pieds dans l’eau tiède et lugubre aux abords des rigoles entrebâillées quand elles ne sont pas carrément éventrées. Aujourd’hui, sous ces grandes tentes dressées en pleine ruelle, l’on célèbre, avec force vacarme et ripaille, les obsèques fraîches ou renouvelées d’un riverain ou d’une riveraine ou de quelqu’un des siens, ‘‘famille parente, alliée ou amie’’, selon la scie des faire-part longuement radio-télévisés en amont et en aval du ‘‘vingt-heure’’. Demain, sous ces grandes tentes au milieu des résidus et détritus, l’appétit venant en mangeant, et pour faire bonne mesure, l’on célèbrera également, avec force vacarme et ripaille, l’anniversaire, le mariage, le baptême ou quelque autre événement plus ou moins heureux touchant de près ou de loin un riverain ou une riveraine ou quelqu’un des siens, famille parente, alliée ou amie, selon la scie… Il paraît que c’est fait, et qu’à l’heure de cette réflexion, aux vacarmes des obsèques s’ajoute déjà, sous les grandes tentes, le vacarme de célébrations plus heureuses. L’on devra rester vigilant pour que les belles de nuit n’en rajoutent pas en jetant leur dévolu sur ces grandes tentes comme lieux de vacarmes orgiaques. Que leurs suffisent les lumières blafardes du Ministère des Affaires Etrangères et les bonnes veilleuses de la Place de l’Etoile. Car l’on a aussi fort à faire avec le vacarme religieux des églises pullulantes dans les mêmes ruelles livrées aux résidus et détritus en permanence et, hebdomadairement, aux grands tentes. Et le tout dérègle, à leur insu, le mental des bipèdes de Cotonou. En attendant de devenir fou pour de bon, vous sortez de chez vous pour vous rendre Dieu seul sait où. Si vous êtes en voiture, les grandes tentes vous obligent à des détours et contours infinis. Vous pestez, rouspétez et tempêtez tout seul au volant de votre quatre-roues alors même que vous n’êtes pas encore fou.
Cotonou à vau-l’eau. Cotonou-Cauchemar. Y a-t-il un préfet, un maire, un chef d’arrondissement pour montrer la loi, le décret ou l’arrêté autorisant l’occupation des voies publiques pour y faire fête, vacarme et bamboula, autorisant également les églises pullulantes à abrutir de jour et de nuit les riverains qui n’ont commis d’autre péché que celui de ne pas croire à la manière des églises pullulantes ? A moins de passe-droit odieux, le droit de rendre fous les habitants de Cotonou n’existe pas. Vivement donc que préfet, maire et chefs d’arrondissement conjuguent leurs efforts pour faire de Cotonou une ville humaine sans pouvoir peut-être la sortir des eaux. Mais on connaît des aquatiques heureux.
