Le Président de la République du Bénin a l’insomnie depuis quelque temps. Les leaders politiques, ligués contre lui, mettent tout en œuvre pour déstabiliser son pouvoir. Après les multiples déclarations du G4 et du G13, les vieux routiers de la politique nationale ont décidé de passer à une vitesse de croisière. En un premier temps, ils envisagent la destitution du Président de l’Assemblée Nationale et en un second temps, ils pensent s’en prendre directement au Chef de l’Etat lui-même.
Les députés dits de l’opposition avaient, en effet, saisi la commission des lois aux fins de mettre sur pied une commission d’enquête visant à contrôler la gestion du Président de l’Assemblée Nationale. Après de longues discussions la commission a émis le vœu de laisser la plénière décider en toute souveraineté. C’est ce qu’ils ont donc inscrit dans le rapport à soumettre aux honorables. Pour certains députés, c’est un satisfecit total puisque si le dossier est envoyé en plénière, cela n’arrange pas le président Mathurin Nago car, le décompte actuel donne beaucoup de députés favorables à sa destitution. En clair, la procédure de destitution risque de simplifier au grand bonheur des opposants. Lorsqu’on sait que des millions sont mis en jeu pour corrompre certains députés FCBE, le quorum des 2/3 requis pour la destitution de Nago sera atteint sans grand effort. Il ne s’agit en vérité pas de contrôler la gestion de NAGO mais de trouver des failles ou d’en créer pour nuire au Chef de l’Etat qui a placé en lui sa confiance. N’est-ce pas ce que signifient les propos de certains députés G13 qui ont ouvertement déclaré, lors de la session qui a consacré le rejet du rapport d’activité de Nago, qu’ils n’ont rien contre sa personne … mais qu’ils combattent les va-t-en-guerre qui le poussent et le soutiennent. Il n’est plus qu’une question de temps pour en finir avec Nago. Mais en réalité le Bénin n’a pas besoin d’un tel extrémisme fermé à toute négociation.
De l’autre côté, tout porte à croire que les députés de l’opposition veulent traduire le Chef de l’Etat devant la Haute Cour de Justice. Dans un document enregistré au secrétariat général de l’administration de l’Assemblée Nationale depuis le 02 juin 2008, le député Ismaïl Tidjani Serpos souhaite que le gouvernement précise un certain nombre de points liés à la gestion de la vie sociopolitique et économique du Bénin. (cf question d’actualité 02-06-08/ secrétariat du Parlement). Dans cette question adressée au gouvernement, l’honorable Ismaïl Tidjani Serpos du PRD laisse entendre entre autres que le volume des crédits mis en place pendant la période électorale a été utilisé à des fins électoralistes. Les questions qu’il a posées au gouvernement sont si étendues qu’on a l’impression que quelque chose se trame surtout lorsqu’ on se réfère à la conférence de presse qu’il a organisée en plein coeur des dernières campagnes électorales, pour dénoncer la distribution de ces micros crédits pendant cette période. Sa colère était si hystérique ce jour-là qu’il a laissé entendre que lorsqu’il en aura l’occasion, il traduirait le Président de la République en Justice. Récemment pendant la Cen Sad, un militant du même parti PRD Moukaram, a déclaré au Chant d’oiseau de Cotonou lors d’une conférence de presse dite du G4 et du G13 que le Président n’était pas au-dessus de la loi et qu’il ne fallait pas exclure la possibilité de le passer devant la Haute Cour de Justice. Cette question d’actualité visée, dit-on, par tous les états majors de l’opposition, mise au grand jour aujourd’hui vient corser le climat déjà vicié de la politique nationale secouée par la non installation des conseillers communaux et on se demande jusqu’où iront ces politiciens ?
Que disent les textes
On retient que la constitution du 11 Décembre stipule en son article 113 que le gouvernement est tenu de fournir à l’Assemblée Nationale toutes les explications qui lui seront demandées sur sa gestion et sur ses activités.
Les moyens d’information et de contrôle de l’Assemblée Nationale sur l’action gouvernementale sont :
* l’interpellation conformément à l’article 71 ;
* la question écrite ;
* la question orale avec ou sans débat, non suivie de vote ;
* la commission parlementaire d’enquête ;
Ces moyens s’exercent dans les conditions déterminées par le Règlement Intérieur de l’Assemblée Nationale. Plus loin dans Article 138 il est dit que
Le Président de la République et les membres du Gouvernement sont suspendus de leurs fonctions en cas de mise en accusation pour trahison, outrage à l’Assemblée Nationale et toute atteinte à l’honneur et à la probité. En cas de condamnation, ils sont déchus de leurs charges. Quant au règlement intérieur de l’Assemblée Nationale, il dit au TITRE VII Article 186. – Saisine de la Haute Cour de Justice que : 186.1 – La décision de poursuite du Président de la République et des membres du gouvernement est votée à la majorité des 2/3 des députés composant l’Assemblée nationale, au scrutin public et secret à la tribune.
186.2 – La décision de mise en accusation du Président de la République et des membres du
gouvernement est votée à la majorité des 2/3 des députés composant l’Assemblée nationale au
scrutin public et secret à la tribune.
186.3 – Si la mise en accusation est votée, le Président de l’Assemblée nationale la notifie
immédiatement au Procureur général près la Chambre d’Accusation.
186.4- Si la mise en accusation est rejetée, le Président de l’Assemblée nationale notifie
immédiatement la décision de rejet au Président de la République. En clair, si le gouvernement ne répond pas comme cela se doit, les opposants y compris les FCBE achetés pourraient trouver une brèche pour assouvir leur soif de vengeance et de revanche sur Boni Yayi.
Quel avenir pour la démocratie.
S’ils arrivent à se défaire de Nago et ensuite s’ils tentent de toucher au Chef de l’Etat comme cela semble être planifié, il y a lieu de s’inquiéter pour l’avenir du Bénin. Lorsqu’on considère la situation actuelle du Bénin où un bloc se refuse à tout dialogue et déroule les yeux fermés un plan savamment conçu, on se dit que la situation est plus grave et plus préoccupante qu’on ne l’imagine. Une poudrière est déjà formée et n’attend que la petite étincelle qui va la faire vibrionner et embraser le pays. Les puissances extérieures qui ont pour rôle la résolution des conflits devraient piper un mot aux dirigeants béninois pour qu’ils ne s’amusent pas avec le feu tel qu’on le voit. Cela pourrait mal se terminer. Et tous les béninois debout comme un seul homme disent non à la violence.
Vital Ahotondji


