Couple inattendu, inédit, surprenant, introuvable… Quand on aura aligné tous les qualificatifs appropriés, des plus anodins aux plus expressifs, il restera une formule plus vraie que tous les qualificatifs : les Béninois n’en ratent pas une ! L’on dirait qu’ils jouent à étonner leur entourage et à s’étonner eux-mêmes, un peu à la manière des Américains - peuple fort jeune - qui se lancent des défis pour avoir le plaisir de les relever, et qui se sont allègrement installés sur la lune, et qui s’en vont joyeusement porter le nègre Barack Obama au plus haut de leurs bulletins de vœu. Changement ici, changement là-bas. Rupture avec les scies, les rengaines et les cordes vieilles. Il faut aller où se trouve la vraie vie. Et les Béninois savent d’instinct que ”l’existence est ailleurs”. Ainsi, dans un Bénin bourré de vaudous, à ce qu’il paraît, vous débarquez à l’aéroport international, c’est-à-dire que vous entrez dans ledit pays du vaudou par la grande porte : que lisez-vous ? Cardinal ! grand prêtre de Jésus-Christ, et non pas Daagbo Hounon ! grand prêtre du vaudou. Il fallait le faire, et les Béninois l’ont fait.
Et voici qu’au détour d’une réunion de chefs d’Etat, réunion préparée longuement et attendue d’active attente, l’on découvre, comme dans un rêve à midi, ce que l’on croyait avoir compris depuis l’annonce de la tenue à Cotonou du dixième sommet de la CEN-SAD, savoir qu’il existe une profonde affinité entre le Colonel-Guide et le Banquier-Atypique devenu Président de la République. Profonde affinité ! Mais quelle affinité ? Tout ne sépare-t-il pas ces deux hommes ? La couleur et le cursus, la taille et la taille des cheveux, la mer et le désert, la Bible et le Coran… Tout ! Mais au-delà de ce tout qui les sépare, qu’est-ce qui, néanmoins, les unit, et qui leur a permis de franchir le fossé pour aller l’un vers l’autre, se donner la main et se passer la main de la présidence de la CEN-SAD ?
La réponse est ténue, passée inaperçue. Elle fut donnée sur le Stade de l’Amitié, lors du meeting géant - bref et concis cependant - quand le Colonel-Guide se tourna vers le Banquier-Atypique et parla de lui en terme de ”révolutionnaire d’Afrique”. Si le Banquier-Atypique est révolutionnaire, qu’est alors le Colonel-Guide, dont on connaît la réputation bouleversante ? En vérité, l’appréciation qu’il fit de son hôte implique que, si pour lui, la révolution continue de signifier changement, elle a toutefois changé de sens, elle s’est dépouillée de toute violence pour prendre sens d’échange, et de partage, lequel sens va comme un gant au Banquier-Atypique, grand manager du changement, du développement et de la Gouvernance concertée avec le peuple gouverné.
Par ailleurs, si le Colonel-Guide a passé la main, il a quand même beaucoup gardé la main par la force des choses et de la puissance économique de son pays. Il a gardé la main au sens où toute la manne promise tombera sur la CEN-SAD du ciel de Tripoli et non du ciel de Cotonou. Il est juste ainsi. Mais puisse le ciel ne pas nous tomber sur la tête en même temps que la manne. Cela suppose que le Banquier-Atypique s’emploie aussi, durant son mandat, à éviter à la CEN-SAD tout hégémonisme du principal donateur : aider et non dominer.
Intra muros, le Banquier-Atypique devra veiller à ce que la manne libyenne destinée au Bénin soit véritablement partagée et ne reste pas coincée entre les mains des réceptionnistes. Ainsi, la société civile béninoise, dans sa composante para-politique, appréciera que le Gouvernement se préoccupe du ”petit peuple” qui constitue encore l’essentiel de notre population. Ce petit peuple est triste réalité comme en témoigne la réaction de cette femme de Ouidah à qui l’on venait de remettre les désormais célèbres trente mille francs en coupures de cinq mille francs. supplique immédiate : ”Je ne connais pas ces billets-là. Je vais mal m’en sortir. S’il vous plaît, donnez-moi des billets de mille francs seulement.”
Petit peuple aux petits sous. Puisse le changement de son sort s’accélérer à l’ère de la CEN-SAD présidée par le Banquier-Atypique. Bon vent à lui et à son ami le Colonel-Guide. Bon vent à nous.
De Roger Gbégnonvi
