Honte et pitié. Telle est la conclusion qu’on peut tirer de l’événement qui a eu lieu hier à l’Assemblée nationale. Position de guerre, révolte et insultes, sont les actes infâmes qu’ont fait savourer les ‘‘honorables’’ députés lors de la plénière. C’était plus qu’un spectacle déshonorant. L’événement monstrueux qui a secoué la commune d’Avrankou mardi 10 juin dernier est la cause. Ainsi, dans sa déclaration faite à l’hémicycle devant la plénière, le 2ème questeur, Djibril Mama Débourou a dit que lors de la Conférence des présidents du mardi 10 juin dernier, le président du groupe parlementaire Prd/Prs, Augunstin Ahouanvoébla a injurié le chef de l’Etat d’ordure. Des propos confirmés par la deuxième secrétaire parlementaire, Amissétou Affo Djobo en ajoutant qu’elle a été menacée de mort par Ahouanvoébla qui voudrait lui infliger un châtiment corporel. Dans une conférence de presse organisée à cet effet après la plénière, l’accusé s’inscrit en faut contre les propos et a fait savoir qu’on lui a prêté d’intention. Ses frères et sœurs politiques en l’occurrence Ibatou Sanni Glèlè et Gbèdiga n’ont pas aussi manqué de l’appuyer et le soutenir. Pour l’honorable Ibatou Sanni Glèlè, la déclaration de Débourou est une honte. Ce sont ces déclarations et tiraillements qui ont remplacé dans l’après midi d’hier jeudi 12 juin 2008 ce pourquoi les députés sont convoqués. C’est vraiment dommage pour le pays.
Le Prd veut bloquer le parlement
A défaut d’un exercice de la violence sur l’Assemblée nationale, ce sera à son blocage qu’on assistera dans les tous prochains jours. C’est la décision et l’engagement que le parti du renouveau démocratique est en train de prendre. C’est publiquement lors de la conférence de presse donner hier par l’honorable Ahouanvoèbla que l’honorable Timothée Gbèdiga l’a fait savoir. « Les députés PRD-PRS sont prêts à empêcher toutes les activités parlementaires jusqu’aux moment où nos conseillers communaux seront installés » a-t-il déclaré. Bonjour donc à la destruction de la jeune démocratie béninoise qui n’est que dans sa 18ème année. L’on se pose à cet effet la question de savoir si c’est vraiment ces jeux désagréables que le peuple qu’ils représentent leur a demandés ? Ce n’est plus là une lutte pour l’épanouissement et l’aisance du peuple béninois mais, pour des intérêts personnels et politiques. Il va donc falloir que ces députés se recroquevillent.
Déclaration (article 51 du R I)
Monsieur le Président
Chers collèges,
Il n’est un secret pour personne que la représentation nationale traverse une crise politique depuis plusieurs mois. Les causes de cette crise sont multiples et multiformes. Chacun de nous dans son analyse peut trouver des raisons d’espérer ou de désespérer de la vie socio politique telle qu’on l’observe dans notre pays aujourd’hui. Cette divergence d’appréciation trouve son essence dans la vitalité de la démocratie béninoise malgré les tentatives de dénigrement dont font l’objet les membres de l’exécutif et en premier lieu le Chef de l’Etat.
Il n’est également un secret pour personne que dans cette divergence tous les hommes politiques s’accordent pour reconnaître que le Bénin, notre pays est un et indivisible et que de ce fait nous avons intérêt à œuvrer pour la paix et la concorde. Nous sommes donc tous d’accord qu’il urge de savoir raison garder. C’est dans cet esprit que la classe politique s’évertue depuis un moment à aborder les désaccords et les malentendus avec sérénité et tolérance mutuelles.
Dans un tel contexte, tout homme politique lucide, indulgent mais épris de justice, ne peut que regretter les violences qui s’observent depuis la proclamation, par la CENA , des résultats des élections communales, municipales et locales. Il doit aussi s’inscrire dans une démarche permanente de la recherche de la quiétude et de l’apaisement.
C’est au regard de toutes ces valeurs qui doivent fonder le combat de l’homme politique que je voudrais, du haut de cette tribune, regretter solennellement les événements survenus à Avrankou le mardi 10 juin 2008 lors de la tentative d’installation du conseil communal de cette localité. Mon regret se situe à deux niveaux. D’abord par rapport à la légèreté d’appréciation dont ont fait preuve les initiateurs de l’installation forcenée. Ensuite par rapport au manque de retenue qui a suscité les affrontements.
Monsieur le Président
Chers collèges,
Il me restera sur le cœur un gros poids si je ne dénonçais pas ici les conséquences des événements d’Avrankou au sein même de l’Assemblée Nationale. En effet lors de la réunion de la conférence des présidents nous avons été témoins de l’agression verbale, de la tentative d’agression physique et de la menace de mort dont a été victime la deuxième Secrétaire Parlementaire de la part de l’honorable AHOUANVOEBLA du simple fait que cette dernière ait déclaré n’avoir pas eu connaissance des évènements d’Avrankou.
La réaction hors propos de l’honorable AHOUANVOEBLA tendant à imputer la responsabilité des évènements d’Avrankou à madame AFFO DJOBO parce qu’elle aurait amené « une ordure comme chef de l’Etat » a jeté un froid et répandu une immense indignation sur les membres de la conférence des présidents présents à la réunion.
Le Président YAYI Boni est celui de tous les béninois, même ceux qui n’auraient pas voté pour lui. Il n’est pas acceptable qu’un citoyen, fut-il un honorable député traite le Chef de l’Etat « d’ordure ». Ces propos sont graves, excessifs, maladroits, irresponsables et par conséquent indignes d’un représentant de la nation.
Ce à quoi nous avons assisté est inédit dans les annales de l’histoire de notre parlement.
C’est pourquoi je tiens ici à saluer la clairvoyance, l’objectivité et la promptitude des autres membres de la conférence des présidents qui nous ont permis d’éviter le pire.
Il est heureux de constater que malgré nos divergences politiques, nous nous efforçons toujours de conserver le sens de la responsabilité, de la dignité et de l’honneur.
Il me plaît de réitérer mes remerciements à ceux d’entre nous qui ont encore le souci de la tolérance et de la cohésion.
J’invite les uns et les autres à proscrire de leurs actes la violence, l’intolérance et le va-t-en guerre. Je voudrais rassurer chacun de nous que la famille politique à laquelle j’appartiens s’est inscrite résolument dans la voie de l’apaisement, de la concorde et de la tolérance.
Je vous remercie.
Fait à Porto-Novo le 12 juin 2008
Djibril Mama DEBOUROU
Augustin Ahouanvoébla
