Nous pouvons – nous tous béninois – souhaiter affirmer ou réaffirmer la laïcité de notre République sans toutefois tomber dans le piège de l’intolérance et de la discrimination. Toutes choses que nous avons refusées dans notre constitution et au sein de nos institutions. Malheureusement, la gouaille rocailleuse d’un patron de presse, vient en rajouter à la cacophonie électoraliste et à l’hourvari politique qui secoue depuis peu le pays.
De quoi je parle en réalité ? Je parle des attaques personnelles sur la conviction religieuse du Chef de l’Etat, ses fréquentations et son goût immodéré – semble t’il – des milieux et ambiances évangélistes.
Un journal français, le pourtant sérieux magazine l’Express avait été le premier à taper d’un coup d’épée dans l’eau usée et nauséabonde de la calomnie et de la désinformation. En relayant dans une de ses pages : « l’Afrique aux premières loges », dans un dossier spécial intitulé : « Comment les francs-maçons tiennent l’Afrique ». Cette publication du17 au 23 avril 2008 – après une investigation très approximative – fait état de l’appartenance supposée du Chef de l’Etat béninois à la franc-maçonnerie, nonobstant les doutes et les contradictions des sources contactées par les journalistes de l’Express eux-mêmes.
Pourquoi parler, aujourd’hui, encore de ce qui n’était qu’un coup médiatique confus et scélérat de journalistes – pourtant spécialistes – négligemment en quête de scoop ? Parce que cela a suscité un vif émoi dans la population. Raison suffisante pour que certains esprits critiques se soient emparés, au plan national, du malencontreux sujet pour dire leur ras le bol. Et décrier eux aussi l’envahissante attention des évangélistes béninois envers le Chef de l’Etat le Dr. YAYI Boni, ses actions et ses intentions, dans tous ses cadres.
Une basse polémique enfle – tel un ballon de baudruche –, depuis que Charles Toko a cru bon, à son tour, de relayer l’affaire et lui conférer une dimension pamphlétaire. Du coup, c’est toute l’épineuse question de la laïcité de la République qui se retrouve ainsi relancer.
Et de toute façon, ce n’est pas le communiqué que M. Dako, DC du Président de la République s’est senti obligé de prendre – dit t’il, en tant que responsable évangéliste – pour éclairer et rassurer les béninois sur la foi chrétienne du Chef de l’Etat, qui va aider à dépassionner le débat ouvert.
Il y a certainement mieux que ça à faire, en ce moment où notre démocratie est à la croisée des chemins. Et nous tous, qui croyions bien faire à nous époumoner dans ce débat sur cette question de laïcité, nous devrions prendre conscience qu’elle est bien loin des problèmes de développement et des défis majeurs du pays et des populations en ces temps difficiles pour la nation toute entière. Quoique importante aussi.
Oui, elle est importante la question de la laïcité, mais nous devons la régler calmement avec la plus extrême des prudences, sans violence – même verbale – ni grande passion. Il y a un proverbe malien, en bambara, excusez et pardonnez-moi l’image, qui dit :»on ne chie pas là où on dort ». C’est presque impossible, c’est insensé même.
Ce faisant, notre sixième République, n’a t’elle pas aussi un parrainage typique – ou atypique – religieux? Monseigneur de Souza – paix à son âme – et le Haut Conseil, vous vous en souvenez? Et les pressions du prélat catholique sur le Président Kérékou – pendant la conférence nationale de 1990 -, les influences du clergé catholique sur le Président Soglo durant tout son mandat et au lendemain de sa défaite électorale. Tout ça, c’est déjà aux oubliettes, vraiment ? Si les chrétiens trouvaient tout ça providentiel ou logique. Nos compatriotes, musulmans et autres, en pensaient quoi vraiment – même s’ils appréciaient les résultats finaux? Notre histoire est là. Notre histoire, providentiellement religieuse et douloureusement démocratique nous tient et nous colle à la peau avec la même fougue ; nous transportant, à chaque quinquennat, d’aventure personnelle et autocratique d’un seul Président vers un même avenir collectif hasardeux et incertain.
Mais pourtant, la France – d’aujourd’hui – notre grand model, est-elle vraiment laïque, en dépit des nombreux textes qui ont consacré la séparation de l’Etat et de l’Eglise ou du culte, en général ?
Les mosquées et autres lieux de culte musulman n’y sont t’ils pas financés, subventionnés ou gracieusement misent à disposition par l’Etat et les collectivités publiques locales ?. Pour éviter, admet-on, qu’ils ne tombent sous l’influence d’islamisme radical étranger – refus du fanatisme religieux oblige. Et cela ne semble pas outre mesure gêné la laïcité de bien fonctionner, en France. Quoique, parfois, un tout petit signe ostentatoire ou ostensible religieux, afficher dans une école ou un lieu républicain, peut ébranler la conscience laïque de quelques-uns, à certains moments. Oui, au pays de Mitterrand, Chirac et Sarkozy, tout n’est pas aussi rose et évident, même si les textes sont – à peu près – un peu plus clairs. Mais la France est une grande démocratie, n’est-ce pas ? Et les fréquentations religieuses du Président de la République française sont discrètes, à tout point de vue. Tant il est rare ou invraisemblable de croiser un quidam avec une bible à la main dans les couloirs de l’Elysée.
Si demain nous avons au Bénin un Président musulman, animiste ou athée – et pourquoi pas ? – la même question de la laïcité se posera si nous ne luttons pas contre les modes sournois « propres ou importés » de discrimination et de l’inégalité des chances. Certainement, que ce soit au sommet de l’Etat, dans l’Administration de l’Etat, dans les écoles ou les espaces républicains, nous devons rester vigilants et faire très attention.
Par conséquent, insulter les évangélistes, les traiter de voyous, de bandits, de mendiants etc… Et traiter le Président de la République de marionnette aux mains des évangélistes comme l’a fait M. Toko Charles, dans son analyse « ivresque » de la situation ; je ne suis pas d’accord avec lui. Toutefois, je lui donne raison sur un certain nombre de points de sa dénonciation. Les phénomènes de croyance religieuse ou sectarisme : catholiques, islamistes, francs-maçons, évangélistes, célestes, etc…. sont très complexes. Ce sont des communautés tentaculaires institutionnalisées et mondialisées qui ne font pas toujours l’unanimité auprès de toutes les populations, même si elles se veulent de plus en plus prosélytes. Ce doit être une affaire de conviction. De conviction personnelle.
La diatribe de Charles Toko contre certains responsables évangélistes – et outre mesure contre le Chef de l’Etat -, je trouve que c’est juste une manière revancharde de pousser à l’enlisement des querelles. Ce pourrait être aussi une manière de conduire – les responsables évangélistes – à la résignation et au déterminisme. Ou, c’est peut-être un règlement de compte mal soldé ?
Certes, les voies et moyens existent pour régler efficacement et légalement la question de la laïcité et à une certaine proportion celle du trafic d’influence ou du lobbying confessionnel, régionaliste ou corporatiste dans notre pays, comme c’est déjà le cas dans beaucoup d’autres pour limiter l’influence.
Le législateur pourrait être mis à contribution. L’Assemblée nationale pourrait légiférer sur la question tenante à la transparence des procédures de recrutement, de promotion et de nomination dans certains postes d’encadrement dans l’Administration ; au sein des Institutions internationales et nationales ; ainsi que dans les Entreprises publiques ou semi-publiques. De façon à assurer l’égalité des chances pour tous. Et surtout éliminer les goulots d’étranglement, telles les connotations confessionnelles, tribales, communautaristes, népotiques et clientélistes dans le pourvoiement des emplois et postes publics. Toutefois, un quota de 10% pourrait être réservé au seul Président de la République, pour les nominations à convenance personnelle et à caractère politique. Et pour les ministres – lesquels ont souvent besoins d’être entouré de personnes de leur obédience politique, et de personnes de confiance – un quota pourrait être aussi étudié.
Et pour couronner le tout, un dispositif de filtrage et de sécurisation doit être instauré et déployer autour du Palais, au sein des grandes Institutions, des Ministères et des grandes Administrations publiques pour s’assurer que les commis de l’Etat ne soient pas dérangé dans l’exercice des fonctions et tâches à eux confiés. Car le phénomène ne concerne pas que la Présidence de la République.
Autrement, que ce soit un chrétien, un musulman, un animiste vodouisant ou un athée ou autre, à la tête de l’Exécutif, dans l’Administration ou les autres Institutions le problème du trafic d’influence, du lobbying et l’influence confessionnelle, religieuse, tribale ou régionale sera toujours le même. Et mille milliards de «tokonneries» ne suffiront pas à le résoudre et à mettre fin au prosélytisme



Franchement, je m’attendais à quelque du genre: réponse du berger à la bergere.
J’ai lu attentivement ce beau papier.
Je partage l’avis de M.TOHO. Je pense que la conviction religieuse des personnalités et aussi de tout le monde est une affaire personelle.
Il faut faire quelques choses au niveau de l’asssemblée sinon, ce sera toujours les mêmes problèmes d’injustice.
C’est devenu une très vieille habitude au bénin du renouveau démocratique, que les gens les plus méritant échouent aux concours administratifs alors que ce sont des enfants ou des cousins et neveux de telle ou telle autorité qui sont choisi.Cette question aurai du être reglé une fois pour toute avec la conférence nationale, et M.TOHO aurait du insister dessus.Il y a un vraie discrimination au bénin depuis toujours.C’est dommage car cela peut détruire notre unité nationale.